Kabylie, une indépendance confisquée
La Kabylie, de la résistance à la lutte pour l’autodétermination
Dès 1962-1963, au lendemain de l’indépendance, l’armée des frontières, ou plutôt l’armée des planqués de l’extérieur, est entrée en Algérie, soutenue notamment par l’Égypte et d’autres pays arabes, pour prendre et imposer son pouvoir avec la force des armes. La Kabylie, qui avait pourtant payé un lourd tribut et consenti d’immenses sacrifices pour libérer l’ensemble de l’Algérie après sept années d’une guerre dure et épuisante, s’est retrouvée confrontée à une nouvelle guerre. Elle a résisté, pratiquement seule, face à ceux qui voulaient confisquer les acquis de la Révolution.
Déjà à cette époque, l’instrumentalisation de la question palestinienne et les coups tordus étaient d’actualité. Hier comme aujourd’hui, le pouvoir algérien s’en est servi pour créer et renforcer sa légitimité et détourner l’attention des véritables problèmes
Le clan de Oujda finit par prendre le pouvoir. De nombreux véritables révolutionnaires furent assassinés, marginalisés ou contraints à l’exil. Les Kabyles furent écartés de la construction et de la direction du nouvel État. L’Algérie, qui aurait pu devenir un État réellement algérien, démocratique, pluraliste et profondément attaché à son identité amazighe, prit une tout autre voie : celle d’un régime autoritaire dominé par l’armée, marqué par la corruption, l’injustice, la confiscation de la souveraineté populaire, l’anti kabylisme, le mensonge et l’injustice.
Si les révolutionnaires kabyles avaient pris les destinées du pays en main, la démocratie, les libertés et une véritable justice indépendante auraient certainement pu être instaurées. L’Algérie aurait peut-être eu la chance de devenir un État moderne, prospère et émancipateur, permettant à ses populations de vivre libres et dignes. Quel gâchis !
La Kabylie ne participa donc pas aux destinées de ce nouvel État qu’elle subira encore aujourd’hui. Son acte de naissance politique fut pourtant signé par un révolutionnaire kabyle majeur, Krim Belkacem, figure historique de la guerre de Libération et signataire des accords d’Évian. Contraint à l’exil, il fut finalement assassiné en Allemagne en 1970 par les services criminels algériens.
Depuis l’indépendance, la Kabylie subit non pas la liberté qu’elle avait espérée, mais une nouvelle forme de domination, une véritable colonisation intérieure. La négation de son identité, de sa langue, de sa culture et de sa volonté politique a nourri, au fil des décennies, une résistance qui ne s’est jamais totalement éteinte.
Aujourd’hui, le MAK, Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, ainsi que l’Anavad, le gouvernement kabyle en exil, portent cette revendication politique. À leur tête, Ferhat Mehenni, fils de martyr et figure majeure du mouvement politique kabyle contemporain, ainsi que de nombreux militants engagés, poursuivent le combat pour la liberté, la dignité et l’autodétermination du peuple kabyle, avec tous les sacrifices et toutes les épreuves que ce combat implique.
L’histoire de la Kabylie reste ainsi celle d’un peuple qui, après avoir largement contribué à la libération de l’Algérie, continue de revendiquer et de se battre pour le droit de décider librement de son propre avenir.
Sab At Maksen ( Ammar Khodja )
