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Libérer les prisonniers d'opinion Kabyles
« Un Kabyle ne peut être qu’Algérien » : récit d’un choc à Madagascar
À Madagascar, c’est par l’intermédiaire de la famille chinoise de mon épouse qu’une rencontre a été organisée. En apprenant que j’étais kabyle, mon cousin par alliance s’est réjoui et a voulu me présenter une commerçante kabyle de son réseau à Toamasina (Tamatave). L’intention était noble, fraternelle. Mais l’échange, commencé cordialement dans un bureau majestueux, a vite basculé. « Vous êtes musulman ? Non ? Vous n’êtes pas juif, au moins ? » Puis, lorsque j’ai dit que l’Algérie ne nous reconnaît pas dans sa Constitution et qu’elle est une création de la France, elle a explosé : « Mais pourquoi tu nous as ramené un juif ? Il parle comme Zemmour ! »
Une rencontre rendue possible par l’hospitalité
Tout a commencé par un geste simple et généreux. La famille chinoise de mon épouse, avec qui je partageais un moment à Madagascar, a réagi avec enthousiasme en apprenant mon identité : « Tu es kabyle ? »
Fier et respectueux de mes origines, mon cousin par alliance a aussitôt tenu à me présenter une Kabyle de son réseau.
C’est ainsi qu’a été organisée la rencontre avec cette commerçante kabyle de Tamatave, connue localement pour son sérieux et la qualité de son service.
Un décor imposant, des mots brutaux
La rencontre se fit dans son bureau, vaste et solennel : trois grands bureaux, une large table, des maquettes de propriétés exposées comme symboles de réussite. L’accueil semblait cordial, mais les premiers mots, avant même le café, brisèrent l’harmonie :
— « Vous êtes musulman ? »
— « Non ? Vous n’êtes pas juif, au moins ? »
Et plus tard encore :
— « Ah, vous n’avez pas le nez juif… »
Derrière l’hospitalité, l’identité était d’emblée réduite à un filtre religieux et à une suspicion.
L’échange et la rupture
Nous avons longuement discuté de nos parcours : son enfance à Alger, ses deux années à Feraoun (près d’Amizour la ville de mes aïeux à Bgayet), ses études universitaires à Paris, son mariage avec un homme d’affaires indien rencontré en France, et son installation à Madagascar.
La rupture survint lorsque je dis :
— « L’Algérie ne nous reconnaît pas dans sa Constitution. »
Puis j’ajoutai :
— « L’Algérie est une création de la France. »
Aussitôt, son visage se ferma. Elle se tourna vers mon accompagnateur, membre de ma famille, et hurla :
— « Mais pourquoi tu nous as ramené un juif ? Il parle comme Zemmour ! »
Son credo figé : un Kabyle est avant tout algérien et musulman
Après ce cri, elle martela son credo :
— « Un Kabyle est avant tout algérien et musulman. »
Pour elle, il n’y a pas de contradiction : la kabylité se vit exclusivement dans le cadre algérien et religieux. La Constitution n’efface rien, et toute critique est suspecte, “fabriquée par la France”.
Elle m’avoua qu’un cousin lui avait tenu le même discours que moi. Mais elle l’avait rejeté du même geste : « Intoxiqué par la France. »
En sortant : l’Algérie intouchable
Alors que je parlais des prisonniers kabyles du régime et du journaliste français incarcéré, elle me coupa net :
— « On ne touche pas à l’Algérie. Ce sont les juifs qui sont derrière nos malheurs, même dans les années 90. »
Quand j’évoquai encore tafsut taverkant (le Printemps noir de 2001) et les témoignages de mes cousins, elle sembla n’en rien savoir. Comme si cette mémoire douloureuse, pourtant gravée dans la chair de la Kabylie, n’existait pas pour elle.
Le miroir douloureux de ma propre famille
Ce qui me blesse le plus, c’est que ce réflexe ne s’arrête pas là. Dans ma propre famille kabyle, je vois les mêmes attitudes : vidéos à la gloire de l’Algérie sur Facebook, slogans nationalistes creux, jusqu’à souhaiter la mort de Boualem Sansal en prison. Le même déni, la même fidélité aveugle à un État qui nie la Kabylie.
Je suis triste pour ma Kabylie, retrouvée de loin après tant d’années de mensonges. Au lieu d’une reconnaissance, j’y vois trop souvent consentement et alignement.
Une autre écoute : respect venu d’ailleurs
À l’inverse, ce qui m’a touché, c’est la réaction de ma belle-famille chinoise, de Dano. Quand j’ai dit avec simplicité « Je suis kabyle, pas algérien », ils y ont vu une affirmation identitaire claire et digne. Ils ont respecté, ils ont compris.
Un contraste frappant : l’extérieur reconnaît ce que l’intérieur nie.
Résister, encore
Avant de me quitter, la dame kabyle répéta encore :
— « Un Kabyle est avant tout algérien et musulman. »
Elle y voyait une évidence. Moi, j’y entendais le poids d’un déni.
Affirmer « Je suis kabyle, pas algérien » n’est pas une provocation, mais un acte de fidélité à mes ancêtres et une parole de résistance.
Même à Madagascar, au milieu de l’océan Indien, la fracture identitaire surgit, violente. Mais la kabylité survit, dans chaque voix qui ose la dire, et dans chaque regard étranger qui la reconnaît avec respect.
Je dis Je suis kabyle comme on dit une vérité simple. C’est la voix de mes ancêtres les plus anciens, plus vieille que l’Algérie, plus vaste que la Méditerranée, qui continue de résonner en moi.
Stéphane MÉRABET ARRAMI
Repères factuels
Premier fait : « L’Algérie ne nous reconnaît pas dans sa Constitution » → c’est vérifiable. Aucune mention des Kabyles comme peuple n’y figure, seulement une reconnaissance formelle du tamazight comme langue nationale et officielle. Mais ni peuple ni nation kabyle n’existent juridiquement.
Deuxième fait : « L’Algérie est une création de la France » → historiquement exact. Avant 1830, l’« Algérie » en tant qu’État n’existait pas : la France a créé un territoire administratif, qui a ensuite été revendiqué par le mouvement indépendantiste. C’est une construction coloniale.
Dans le discours dominant algérien, ces faits sont perçus comme des blasphèmes. Parce qu’ils fissurent le récit officiel : celui d’une Algérie éternelle, une et musulmane, où la Kabylie doit se fondre.


Vuos rigolez vous? J’ai pris une Natinalite’ Pacifique(dans l’ocean du pacifique) et j’ai RENONCE’ a la Nationalite’ Algerienne mais pas a maKabylite’ ! C’est faute de reconnaissance de la Kabylie comme pays, par mon nveau pays(actuel) que je n’ai pas eut une double Natonalite’. Ce qui est enervant est que les Kabyles ne la reclament pas assez, cette Nationalite’ Kabyle.