Hassan Bouras, journaliste algérien emprisonné, « en danger de mort »

Hassan Bouras, journaliste et défenseur des droits humains algérien détenu depuis avril 2026, affirme être menacé et agressé par des codétenus condamnés pour des faits liés à Daech, en raison de son métier de journaliste. Après une grève de la faim de 26 jours et une première lettre alarmante envoyée depuis sa cellule, sa sœur Zohra Awrass Bouras lance un deuxième appel à l’opinion publique, dénonçant l’inaction de l’administration pénitentiaire malgré des signalements répétés. Des experts indépendants de l’ONU avaient déjà exprimé leur « profonde inquiétude » pour sa vie.

Qui est Hassan Bouras ?

Hassan Bouras est un journaliste et défenseur des droits humains algérien, connu pour son travail d’information indépendante et son engagement pacifique en faveur de la démocratie et des droits de l’homme. Il est actuellement détenu à la maison d’arrêt d’El Abiodh Sidi Cheikh, dans la wilaya d’El Bayadh, dans l’ouest de l’Algérie.

Pourquoi Hassan Bouras a-t-il été arrêté ?

Le 12 avril 2026, des agents de sécurité en civil ont interpellé Hassan Bouras devant son domicile à El Bayadh, apparemment sans mandat ni explication. Dès le lendemain, le tribunal d’El Bayadh a ordonné son placement en détention provisoire pour plusieurs chefs d’accusation, notamment l’appartenance à une organisation terroriste et la diffusion de publications considérées comme portant atteinte à l’intérêt national.

Des experts indépendants des droits de l’homme de l’ONU ont pourtant estimé que cette arrestation et cette détention semblaient liées à l’exercice pacifique de ses droits à la liberté d’expression et à son activité de journaliste et de défenseur des droits humains. Ils ont qualifié cette affaire de nouvel épisode d’un « schéma récurrent de harcèlement judiciaire » visant Hassan Bouras.

Une grève de la faim de 26 jours, sans soins adaptés

Le 2 mai 2026, Hassan Bouras a été placé à l’isolement après avoir entamé une grève de la faim pour protester contre sa détention et les violations de ses droits. Selon les informations recueillies par sa famille, il avait pourtant informé l’administration pénitentiaire par écrit de sa décision dès le 3 mai, un écrit que l’administration aurait refusé de réceptionner, alors même qu’elle était informée de la situation.

Pendant les 26 jours qu’a duré cette grève de la faim, Hassan Bouras s’est effondré à deux reprises et a développé de graves complications de santé, sans recevoir de soins médicaux adéquats. Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’il souffre de troubles cardiaques et respiratoires préexistants.

Le 22 juin 2026, son dossier a été renvoyé devant le tribunal criminel compétent, où il demeure en attente de jugement.

Premier appel : « otage de deux réalités opposées »

Dans une première lettre adressée à l’opinion publique depuis sa cellule, Hassan Bouras décrit une double persécution. Accusé de terrorisme pour avoir exercé, selon lui, son droit à la liberté d’expression pacifique, il a ensuite été placé dans une cellule avec des détenus se réclamant de l’idéologie djihadiste takfiriste. Là, il s’est retrouvé accusé une seconde fois d’apostasie et de mécréance, cette fois parce qu’il croit en la démocratie, aux droits humains et à l’action politique pacifique.

Il écrit être devenu « l’otage de deux réalités opposées » : d’un côté ceux qui l’accusent de terrorisme, de l’autre l’extrémisme de l’idéologie takfiriste qui l’accuse d’apostasie. Il indique vivre dans un état proche de l’effondrement nerveux et craindre pour sa vie et sa sécurité au sein de sa cellule. Selon lui, ces détenus ne se sont pas contentés de le harceler : ils l’auraient également empêché de regarder la télévision et d’écouter de la musique, dans une tentative de lui imposer leurs convictions par la contrainte.

Le communiqué en intégralité

Depuis ma cellule, j’adresse cette lettre à toutes les personnes de bonne conscience.

J’ai été accusé de terrorisme uniquement pour avoir exercé mon droit à la liberté d’expression pacifique. J’ai ensuite été placé dans une cellule avec des détenus se réclamant de l’idéologie djihadiste takfiriste. Là, je me suis retrouvé accusé une seconde fois, cette fois d’apostasie et de mécréance, parce que je crois en la démocratie, aux droits humains et à l’action politique pacifique.

Je suis devenu l’otage de deux réalités opposées : d’un côté, ceux qui m’ont accusé de terrorisme, et de l’autre, l’extrémisme de l’idéologie takfiriste. Je suis ainsi accusé de terrorisme d’un côté, et d’apostasie et de mécréance par les détenus djihadistes de l’autre.

Cette situation a eu de graves répercussions sur mon état psychologique. Je vis aujourd’hui dans un état proche de l’effondrement nerveux et je crains pour ma vie et pour ma sécurité au sein de cette cellule.

Ces détenus ne se sont pas contentés de me harceler et de faire pression sur moi ; ils m’ont également empêché de regarder la télévision et d’écouter de la musique, dans une tentative de m’imposer leurs idées et leurs convictions par la contrainte.

Par cette lettre, je m’adresse à l’opinion publique, dans l’espoir que mon appel parvienne à toutes celles et tous ceux qui croient en la justice, en la dignité humaine et dans le respect des droits fondamentaux, afin que cette situation reçoive toute l’attention qu’elle mérite et que ma sécurité ainsi que mes droits soient pleinement garantis.

Hassan Bouras

Maison d’arrêt de El Abiodh Sidi Cheikh
06 août 2026

Deuxième appel : « Mon frère est en danger de mort »

Le 20 août 2026, Zohra Awrass Bouras, sœur et porte-parole de Hassan Bouras, a publié un second appel, plus alarmant encore. Elle y révèle que son frère a été placé dans une cellule avec des personnes condamnées pour des faits liés à l’organisation terroriste Daech.

Selon le témoignage rapporté par sa sœur, ces codétenus le provoqueraient à chaque instant en raison de son activité de journaliste et de défenseur des droits humains, lui lançant notamment :

« Tu es journaliste et défenseur des droits humains, donc tu es un mécréant et un athée. »

La situation aurait fini par dégénérer en bagarre, Hassan Bouras se retrouvant seul face à ces détenus et devant se défendre pour protéger sa propre personne, malgré son état de santé déjà fragilisé par la grève de la faim.

Il affirme avoir informé à plusieurs reprises l’administration pénitentiaire de ces provocations et agressions, y compris le directeur de l’établissement, sans qu’aucune mesure concrète n’ait été prise pour assurer sa protection.

Zohra Awrass Bouras rapporte les propos de son frère :

« Je suis en danger. » « Je suis au bord de l’effondrement face à leurs comportements. »

Le communiqué de Zohra Awrass Bouras en intégralité

Mon frère Hassan Bouras , journaliste et défenseur des droits humains, m’a rapporté qu’au moment où il a décidé d’entamer sa grève de la faim, le 3 mai 2026, il avait informé l’administration pénitentiaire par écrit de sa décision. Pourtant, l’administration aurait refusé de réceptionner son écrit, alors même qu’elle était au courant de sa grève de la faim.

Aujourd’hui, une situation encore plus grave me préoccupe.

Hassan est placé dans une cellule avec des personnes condamnées pour des faits liés à l’organisation terroriste Daech.

Selon son témoignage, ces personnes le provoquent à chaque instant, notamment en raison de son activité de journaliste et de défenseur des droits humains. Elles lui auraient notamment lancé :

« Tu es journaliste et défenseur des droits humains, donc tu es un mécréant et un athée. »

La situation a fini par dégénérer. Une bagarre a éclaté avec ces personnes. Mon frère s’est retrouvé seul face à elles et a dû se défendre pour protéger sa propre personne, malgré son état de santé.

Le plus grave est qu’il affirme avoir informé à plusieurs reprises l’administration pénitentiaire de ces provocations et de ces agressions, y compris le directeur de l’établissement.

Pourtant, selon Hassan, aucune mesure concrète n’aurait été prise pour assurer sa protection.

Hassan m’a dit :

« Je suis en danger. »

Il m’a également confié :

« Je suis au bord de l’effondrement face à leurs comportements. »

Que signifie le silence de l’administration pénitentiaire face aux agissements de ces personnes condamnées pour des faits liés à Daech et aux agressions dont est victime mon frère Hassan Bouras, journaliste et défenseur des droits humains ?

Il est particulièrement inquiétant que l’administration ait, selon Hassan, été informée de la situation, y compris le directeur de l’établissement, sans qu’une protection effective ne soit mise en place.

Il faut rappeler que l’organisation État islamique (Daech) a systématiquement pris pour cible des journalistes, des correspondants locaux et des défenseurs des droits humains, notamment par des enlèvements, des actes de torture et des exécutions publiques, afin d’imposer son contrôle et de faire taire toute information indépendante.

Dès lors, comment ne pas être profondément inquiète lorsqu’un journaliste et défenseur des droits humains se retrouve dans un environnement où il affirme être constamment provoqué, insulté et agressé ?

Selon Hassan, certaines de ces personnes rejettent les droits humains et considèrent les journalistes comme des ennemis. Elles invoqueraient notamment le « Qisas » (القصاص), présenté comme un châtiment de rétribution, pouvant aller jusqu’à la mise à mort selon leur interprétation.

Je pose donc publiquement la question :

Pourquoi maintenir Hassan dans cet environnement alors que l’administration pénitentiaire, et même son directeur, auraient été informés de la situation ?

Pourquoi aucune mesure effective n’est-elle prise pour garantir sa sécurité alors qu’il affirme être constamment provoqué et avoir déjà dû se défendre physiquement ?

Mon frère est en danger de mort.

Mon frère est en danger de mort.

Mon frère est en danger de mort.

J’en appelle une nouvelle fois à l’opinion publique, aux avocats, aux organisations de défense des droits humains, aux journalistes et à toutes les personnes attachées à la dignité humaine.

Il faut agir immédiatement.

La sécurité, l’intégrité physique et psychologique de Hassan Bouras doivent être garanties sans délai.

Ne laissez pas attendre qu’un drame se produise pour réagir.

Zohral Awrass Bouras

Sœur et porte-parole du journaliste et défenseur des droits humains Hassan Bouras

Maison d’arrêt de El Abiodh Sidi Cheikh l2

20 août 2026

Pourquoi la présence de détenus liés à Daech inquiète particulièrement

Dans son appel, Zohra Awrass Bouras rappelle que l’organisation État islamique (Daech) a systématiquement pris pour cible des journalistes, des correspondants locaux et des défenseurs des droits humains par des enlèvements, des actes de torture et des exécutions publiques afin d’imposer son contrôle et de faire taire toute information indépendante.

Elle indique que certains des codétenus de son frère rejetteraient les droits humains et considéreraient les journalistes comme des ennemis, invoquant notamment le « Qisas » (القصاص), présenté comme un châtiment de rétribution pouvant aller, selon leur interprétation, jusqu’à la mise à mort.

Les questions posées publiquement par la famille

Zohra Awrass Bouras interpelle directement les autorités pénitentiaires :

  • Pourquoi maintenir Hassan Bouras dans cet environnement alors que l’administration pénitentiaire, et même son directeur, en auraient été informés ?
  • Pourquoi aucune mesure effective n’a-t-elle été prise pour garantir sa sécurité, alors qu’il affirme être constamment provoqué et avoir déjà dû se défendre physiquement ?

Ce que dit le droit international

Les experts de l’ONU ont rappelé que la privation de liberté pour l’exercice légitime de la liberté d’expression est incompatible avec le droit international des droits de l’homme, et que toute personne privée de liberté doit être traitée avec humanité, dans le respect de sa dignité et de son intégrité physique. Ils ont exhorté les autorités algériennes à agir sans délai pour protéger la liberté d’expression, la santé et la vie de Hassan Bouras, et ont demandé sa libération immédiate, ainsi que la fin du « schéma plus large de harcèlement et de poursuites » visant les journalistes et défenseurs des droits humains en Algérie. Les experts précisent être en communication avec le gouvernement algérien au sujet de ces allégations.

L’appel de la famille

Zohra Awrass Bouras conclut son appel par une alerte répétée trois fois :

« Mon frère est en danger de mort. Mon frère est en danger de mort. Mon frère est en danger de mort. »

Elle en appelle à l’opinion publique, aux avocats, aux organisations de défense des droits humains, aux journalistes et à toutes les personnes attachées à la dignité humaine, demandant que la sécurité et l’intégrité physique et psychologique de Hassan Bouras soient garanties sans délai, « sans attendre qu’un drame se produise pour réagir ».

Chronologie de l’affaire Hassan Bouras

DateÉvénement
12 avril 2026Arrestation de Hassan Bouras à son domicile d’El Bayadh, sans mandat
13 avril 2026Placement en détention provisoire par le tribunal d’El Bayadh
2 mai 2026Début de la grève de la faim ; placement à l’isolement
3 mai 2026Notification écrite à l’administration pénitentiaire, refusée selon la famille
27 mai 2026 (env.)Fin de la grève de la faim après 26 jours, deux effondrements
22 juin 2026Renvoi du dossier devant le tribunal criminel compétent
10 juillet 2026Communiqué des experts de l’ONU exprimant leur « profonde inquiétude »
Août 2026Première lettre de Hassan Bouras depuis sa cellule
20 août 2026Deuxième appel public de sa sœur, Zohra Awrass Bouras

Où est détenu Hassan Bouras ? Il est détenu à la maison d’arrêt d’El Abiodh Sidi Cheikh, dans la wilaya d’El Bayadh, en Algérie.

De quoi est accusé Hassan Bouras ? Il est notamment accusé d’appartenance à une organisation terroriste et de diffusion de publications considérées comme portant atteinte à l’intérêt national, des chefs d’accusation que des experts de l’ONU jugent liés à son travail pacifique de journaliste et de défenseur des droits humains.

Pourquoi Hassan Bouras est-il en danger dans sa cellule ? Selon sa famille, il partage sa cellule avec des détenus condamnés pour des faits liés à Daech, qui le provoqueraient et l’agresseraient en raison de son métier de journaliste, malgré des signalements répétés à l’administration pénitentiaire.

Qui alerte sur la situation de Hassan Bouras ? Sa sœur et porte-parole Zohra Awrass Bouras, ainsi que des experts indépendants des droits de l’homme des Nations unies, qui ont appelé à sa libération immédiate.

Que demande la famille de Hassan Bouras ? Une protection immédiate et effective au sein de la prison, un accès à des soins médicaux adéquats, et la mobilisation de l’opinion publique, des avocats, des journalistes et des organisations de défense des droits humains.

Rédaction Kabyle.com
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