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Exclusion de tamaziɣt des compétitions inter-lycées
En Algérie, le pouvoir teste la Génération Z kabyle.
L’exclusion de Tamaziɣt du programme des compétitions inter-lycées, décidée par le ministère de l’Éducation nationale, a provoqué une vague d’indignation et mis à nu un profond décalage entre le droit constitutionnel et la réalité institutionnelle.
Face à cette injustice, les lycéens kabyles refusent le silence : leur boycott devient un acte civique, identitaire et collectif. Car la dignité linguistique ne se négocie pas.
Le droit bafoué : tamaziɣt, langue officielle et nationale
Le fondement de la contestation repose sur le statut juridique incontestable de Tamaziɣt :
- Statut Constitutionnel : la langue Amazighe est clairement consacrée par la Constitution algérienne (révisée) comme langue nationale et officielle.
- Obligation de Promotion : l’Article 4 de la Constitution ne se contente pas d’un statut symbolique ; il impose à l’État l’obligation d’« œuvrer à sa promotion et à son développement » dans toutes ses variantes.
En écartant Tamaziɣt d’un événement éducatif national de cette envergure, le ministère de tutelle semble ignorer l’impératif de promotion qui lui est pourtant assigné par la loi fondamentale. L’absence de la langue dans ces épreuves est perçue non comme un simple oubli, mais comme une violation flagrante de l’esprit de la Constitution.
Le Boycott, réaction à l’injustice légale
Face à ce qui est perçu comme un manquement au droit, la réponse a été immédiate et symbolique. Des lycéens et des enseignants ont marqué le début des compétitions par une vague de boycotts, notamment dans des wilayas comme Tubiret (Bouira) en Kabylie.
La Génération Z Kabyle, qui a grandi avec l’essor du numérique et la conscience de sa kabylité et de son amazighité, se montre particulièrement active face aux reculs identitaires.
Ce geste n’est pas seulement une protestation culturelle, mais un acte de résistance civique qui rappelle aux institutions leur obligation de respecter la pluralité linguistique garantie par la loi. En refusant de participer à un concours qui exclut leur langue nationale, les élèves réaffirment leur volonté de défendre la dignité linguistique et l’application pleine et entière de la Constitution.
L’Appel à la cohérence institutionnelle
La controverse met en lumière les tensions persistantes entre l’affirmation politique et la mise en œuvre pratique de l’officialité de Tamaziɣt.
Les acteurs de la société civile et les défenseurs de la langue exigent désormais des autorités qu’elles fassent preuve de cohérence institutionnelle. Le rétablissement immédiat de Tamaziɣt dans ces compétitions est un impératif de justice qui permettrait de mettre en phase les actions du système éducatif avec les principes et les obligations gravés dans la loi suprême du pays.
Il est essentiel que les institutions éducatives, piliers de la construction citoyenne, cessent d’adopter des mesures qui contredisent ouvertement le statut de langue officielle et nationale de Tamaziɣt.
L’hégémonie de l’arabe
Cette exclusion est également vue comme le reflet de l’hégémonie persistante de la langue arabe dans l’espace éducatif national. Historiquement et réglementairement, le système éducatif algérien a fortement privilégié l’arabe classique.
Pour les critiques, la non-inclusion de Tamaziɣt dans ces épreuves, parallèlement à la place centrale de l’Arabe, illustre la prédominance d’une vision monolingue qui ne reflète pas la réalité sociolinguistique de l’Algérie. Cette marginalisation continue de Tamaziɣt est vécue comme une entrave à la pleine reconnaissance de son statut et une perpétuation de l’ancienne politique linguistique.
Il faut rappeler qu’aucune des langues issues de la matrice du tamaziɣt — ni le kabyle, ni le chaoui, ni les autres variantes — n’est véritablement reconnue aujourd’hui. Dans l’état actuel des choses, la “tamazight” institutionnelle n’est qu’une perte de temps, voire une impasse.
La langue kabyle volontairement ignorée
Le kabyle constitue une langue propre, dotée de sa grammaire, de sa phonétique et de son histoire. Elle n’est donc toujours pas reconnue à sa juste valeur, malgré sa richesse, son ancienneté et sa vitalité.
On ne peut pas apprendre le kabyle à travers les vieux Assimil arabisés, ni à travers les manuels produits par le Haut-Commissariat à l’amazighité en Algérie ou les éditions officielles marocaines : ces supports sont déconnectés de la langue vécue et de sa réalité parlée.
Aux enseignants et aux élèves qui se battent pour la reconnaissance de Tamaziɣt, le message est clair : puisque l’institution scolaire peine à embrasser votre langue, investissez le numérique pour faire votre propre révolution !
Le web, les réseaux sociaux et les plateformes de création sont des territoires de liberté où les enseignants peuvent devenir des promoteurs numériques et les élèves des créateurs de contenu.
- Création culturelle : utilisez TikTok, YouTube et les podcasts pour enseigner et diffuser Tamaziɣt dans ses variantes (Kabyle, Chaoui, etc.). Créez des lexiques en ligne, des quiz, des œuvres musicales et des vidéos.
- Mobilisation : les plateformes numériques permettent de fédérer la communauté, y compris la diaspora, et de donner une visibilité mondiale à une cause trop souvent marginalisée localement.
- Vitalité : en traduisant les traditions et la langue dans les codes modernes (cyber shabi, danse fusion, graphisme), la jeunesse prouve la vitalité et l’adaptabilité de la culture amazighe, bien au-delà des cadres rigides de l’école.
L’intégration de Taqvaylit et Tamaziɣt ne doit pas seulement attendre un changement réglementaire ; elle est déjà en marche par l’action et la créativité de cette nouvelle génération.
