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Kabylie : le compte à rebours de l’indépendance
Entre espoir, prudence et débat interne — le MAK prépare son congrès décisif
À soixante-dix jours de la date annoncée pour la Déclaration unilatérale d’indépendance de la Kabylie, fixée au 14 décembre 2025, un compte à rebours s’affiche déjà sur les réseaux du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK). L’annonce a ravivé espoirs, interrogations et critiques — tant au sein du peuple kabyle que dans la diaspora.
Le président du Bureau Exécutif Général (BEG) du MAK, Mass Reza At Sɛid, affirme que les préparatifs du congrès extraordinaire du 19 octobre avancent « bon train et en toute sérénité ». Ce rendez-vous sera crucial : les sections et coordinations du mouvement devront s’y prononcer pour ou contre la proclamation d’indépendance.
Mobilisation et document interne
Le président du BEG s’est dit « très satisfait de la mobilisation » observée au sein des différentes structures. Un document interne de 32 pages, transmis à l’ensemble des coordinations, répond aux interrogations des militants. Il s’agirait d’un texte structuré en format questions/réponses, présentant la stratégie juridique et diplomatique du MAK et de l’Anavad (Gouvernement provisoire kabyle).
Ce document, appelé à être enrichi, vise à préparer les bases politiques et symboliques de la future déclaration.
Une démarche qui n’engage que le MAK
Si l’initiative suscite un engouement certain dans les réseaux militants, il convient de rappeler qu’elle n’engage que le MAK et son gouvernement provisoire, et ne fait pas consensus au sein de la société kabyle.
Certains acteurs politiques, intellectuels et associatifs kabyles appellent à plus de concertation avant tout acte unilatéral, craignant une récupération politique ou une réaction brutale du pouvoir algérien.
D’autres, au contraire, estiment que l’attente a trop duré et que le MAK, après deux décennies d’existence, a légitimité à franchir ce pas symbolique — ne serait-ce que pour poser un acte fondateur dans l’histoire contemporaine du peuple kabyle.
Quant au lieu de la proclamation, le porte-parole de l’Anavad, Mulud At Azdin,a refusé de le dévoiler, tout en rappelant que les précédents jalons du mouvement se sont déroulés à des lieux symboliques : la Kabylie en 2001 (création du MAK), Paris en 2010 (fondation de l’Anavad), et les États-Unis en 2021 (déclaration de renaissance de l’État kabyle).
Un moment historique… ou symbolique ?
À mesure que le compte à rebours défile, la Kabylie entre dans une phase décisive.
Pour certains, le 14 décembre 2025 pourrait devenir une date historique, marquant l’affirmation d’un peuple en quête de reconnaissance et de dignité.
Pour d’autres, ce pourrait n’être qu’un geste symbolique sans portée juridique immédiate, tant que la communauté internationale ne reconnaît pas le droit à l’autodétermination kabyle.
Quoi qu’il en soit, l’initiative révèle une volonté de formaliser politiquement une revendication ancienne, dans un contexte régional marqué par les tensions, la répression, et les débats identitaires au Maghreb.
Analyse critique
Le MAK joue ici une carte à double tranchant :
- Internement, il cherche à consolider son leadership sur la scène kabyle et à remobiliser une diaspora parfois fragmentée.
- Externement, il espère susciter l’attention des instances internationales, à la veille du 75e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Mais sans consensus élargi ni appuis diplomatiques solides, la Déclaration unilatérale risque d’être perçue comme un acte politique davantage symbolique que souverain, au mieux un jalon dans la construction d’une conscience nationale kabyle.
D’ici là, le compte à rebours continue.
Le 19 octobre sera le premier test : le congrès du MAK décidera si la Kabylie franchit — ou non — le seuil de l’Histoire.
