Le Serment sacré, testament de Fadhma N’Soumer

Une parole prophétique prononcée en 1857

Fadhma N’Soumer, figure emblématique de la résistance kabyle à la colonisation française, a été capturée en juillet 1857 par les troupes du Maréchal Randon. À ce moment décisif de l’histoire, elle aurait prononcé ces paroles, rapportées dans ce que l’on appelle aujourd’hui « Le Testament de Fadhma N’Soumer » * :

« Vous m’avez vaincue. Sans honneurs, ajouta-t-elle.
Nous avons perdu la bataille. Mais je vais vous dire ceci :

Vous pouvez nous exterminer, prendre nos terres, occuper nos maisons. Tant qu’il restera un seul Kabyle d’entre nous, vous ne serez jamais en paix. S’il n’en restait aucun, c’est alors que les pierres même de ces montagnes vous chasseraient. Car, vous l’ignorez, nous sommes faits de cette terre, de cette roche. Nous sommes le Djurdjura. Demain, dans dix ans, dans cent ans, nous nous relèverons, et vous repartirez là d’où vous êtes venus. »

Ces mots sont bien plus qu’une lamentation : ils forment un serment de continuité, une promesse de résilience transmise aux générations futures. Le message est clair : l’identité kabyle ne peut être annihilée, car elle est enracinée dans les montagnes mêmes de Kabylie.

Une parole à la fois historique et légendaire

Le texte souvent cité comme « le testament » de Fadhma N’Soumer est devenu un symbole puissant, repris dans des affiches, discours, et supports militants. Toutefois, il n’existe pas de source écrite officielle ou archive d’époque attestant de manière rigoureuse l’exactitude de ces paroles. Il s’agit d’une reconstruction postérieure, fidèle à l’esprit de son engagement mais probablement enrichie oralement.

Fadhma N’Soumer est morte en 1863, emprisonnée, affaiblie physiquement mais devenue immortelle dans la mémoire du peuple kabyle. Ce serment, qu’il soit littéral ou symbolique, résume l’âme d’un combat contre l’effacement.

Ce serment est aujourd’hui encore récité, partagé, affiché. Il ne s’agit pas simplement d’une citation héroïque, mais d’une déclaration politique intemporelle : la promesse d’un peuple de demeurer vivant dans sa langue, son territoire et sa dignité.

* Il faut souligner que la mémoire orale, bien que non consignée dans les archives officielles, traduit souvent avec une grande fidélité la mémoire exacte des peuples anciens. En particulier chez les Kabyles – comme chez de nombreux peuples autochtones ou opprimés – le chant, la poésie et la parole transmise deviennent des archives vivantes.

Les paroles attribuées à Fadhma N’Soumer relèvent de cette tradition : elles ne sont peut-être pas archivées dans les documents coloniaux, mais elles vivent dans la bouche des anciens, les chants de l’Ahellil, les youyous des femmes et les vers scandés dans les villages du Djurdjura.

Fadhma N’Soumer (1830–1863) est morte avant la généralisation de la photographie en Algérie coloniale rurale. À cette époque :

  • La photographie existait en France, mais très peu diffusée en zones de guerre ou zones montagneuses isolées comme le Djurdjura.
  • Les femmes kabyles étaient peu, voire jamais photographiées dans des contextes publics.
  • Elle était prisonnière de 1857 à 1863 : aucune archive française ne rapporte qu’un portrait ait été pris.
  • Elle est déportée et assignée à résidence à El-Affroun, puis dans un couvent à Aïn Salah (ou à Béni Slimane selon certaines sources), sous surveillance constante.
Rédaction Kabyle.com
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