Braham Bennadji dénonce la démolition de la statue d’Abderrahmane Awaghlis à Tinebdar
Tinebdar (Bgayet) – Dans une publication diffusée le 22 septembre sur les réseaux sociaux, Braham Bennadji, ancien maire et ancien député de l’opposition, militant des libertés, de la laïcité, de la démocratie et de l’identité amazighe, a dénoncé la démolition de la statue du jurisconsulte Abderrahmane Awaghlis à Tinebdar, dans la wilaya de Bgayet.
Originaire de la région de Sidi Aich et aujourd’hui basé à Toulouse, Braham Bennadji s’est fait connaître localement en présidant l’Assemblée populaire communale (APC) de Tinebdar. C’est à ce titre qu’il avait, en 2015, coorganisé avec le professeur Aissani et l’association GEHIMAB un festival consacré à la mémoire d’Abderrahmane Awaghlis, dans le cadre duquel la statue aujourd’hui démolie avait été érigée.
Selon Braham Bennadji, cette statue, qui avait déjà fait l’objet d’une opposition publique de la part d’un imam local lors de son installation en 2015 a été détruite sur décision du maire actuel, Mazouz Bouzid (FFS), quelques semaines après la démolition d’une stèle dédiée aux martyrs du combat amazigh. Il y voit un « acharnement contre les symboles » de l’histoire et du patrimoine des Aït Waghlis, et qualifie cette démolition de décision « politique », destinée selon lui à satisfaire « l’électorat islamiste » à l’approche des élections locales du 28 novembre. Des accusations qu’il formule sans apporter de preuve matérielle rendue publique à ce stade.
Braham Bennadji affirme également que des propriétaires d’engins de la région des Aït Waghlis auraient refusé de louer leur matériel pour l’opération, qui aurait finalement été menée par la STP (Société des transports publics) de Sidi Aich : un fait qu’il interprète comme une preuve de « complicité » des autorités locales, une qualification qui reste, à ce jour, une accusation et non un fait établi.
L’ancien édile conclut sa publication en appelant les habitants de Tinebdar à « faire la différence », lors du scrutin du 28 novembre, « entre ceux qui ont construit le patrimoine de la commune et ceux qui auront choisi de l’effacer ».
Qui était Abderrahmane Awaghlis ?
Également transcrit ʿAbd al-Raḥmān al-Waghlīsī, El Ouaghlissi ou al-Waghlisi, Abderrahmane Awaghlis est un grand jurisconsulte kabyle du XIVe siècle, originaire des Ath Waghlis, dans la région de Sidi Aïch (actuelle wilaya de Béjaïa). Mort en 786 de l’Hégire (1384), il est surtout connu pour avoir fait de Bgayet l’un des grands foyers kabyles de l’enseignement du droit malékite.
Un juriste, pas un « consul »
Awaghlis n’était pas un « consul » au sens diplomatique moderne, mais un faqīh, un juriste de droit musulman, rattaché à l’école malékite. Il est présenté comme mufti (il répondait aux questions de droit par des fatwas), shaykh al-jamāʿa (autorité savante et communautaire), enseignant et auteur de traités de jurisprudence, et comme une personnalité religieuse respectée de la société bougiote. La tradition locale rapporte qu’il aurait refusé une fonction de qāḍī (juge) proposée par le pouvoir hafside, signe d’une figure savante relativement indépendante du pouvoir princier, consacrée à l’enseignement et à l’écriture.
L’œuvre : al-Waghlīsiyya
Son ouvrage le plus célèbre, la Muqaddima al-fiqhiyya, dite al-Waghlīsiyya, est un manuel d’introduction au droit musulman conçu pour les débutants, traitant de la foi, de la prière, des règles cultuelles et de la conduite morale. Commenté et abrégé par des savants ultérieurs (Aḥmad Zarrūq al-Barnūsī, ʿAbd al-Raḥmān al-Sabbāgh, Abū ʿAbd Allāh al-Sanūsī), ses manuscrits ont circulé bien au-delà de la Kabylie, portant la pensée kabyle jusqu’en terres andalouses, sahariennes et subsahariennes.
Un mufti au contact de la société
Ses fatwas, conservées de façon dispersée, éclairent la vie quotidienne de Bgayet et de sa région : pratiques religieuses, mariage et divorce, héritage, ventes et contrats de travail, articulation entre norme religieuse et coutume locale (ʿurf). Le Miʿyār d’al-Wansharīsī en recenserait une trentaine.
Mémoire kabyle
Awaghlis reste étroitement associé à Tala Taguth / Tinebdar, au pays des Ath Waghlis, où sa mémoire est honorée par un mausolée et une stèle. Un colloque international sur sa vie et son œuvre s’est tenu à Béjaïa en novembre 2004 ; en 2015, un festival local a marqué le 630e anniversaire de sa mort, c’est dans ce cadre que la statue aujourd’hui démolie avait été érigée.
