Kabylie, nation interdite : 1857–2024, chronique d’un peuple en lutte pour l’indépendance

De la bataille d’Icheriden à la proclamation de l’indépendance à New York, retour sur les grandes étapes de la résistance kabyle.

Cartes des tribus confédérations de Kabylie
Cartes des tribus confédérations de Kabylie

La Kabylie était une nation indépendance jusqu’en 1857

L’histoire de la lutte kabyle pour retrouver l’indépendance est riche et marquée par des moments de résistance héroïque. La bataille d’Icheriden le 24 juin 1857, où les Kabyles ont affronté les forces colonisatrices françaises, symbolise cette lutte pour la liberté. Fadhma Nsoumer, une figure emblématique de cette époque, a dirigé la résistance avec détermination jusqu’à sa déportation dans le désert en 1857.

En 1871, l’insurrection de Mokrani a été un autre moment clé de cette lutte. Les Kabyles ont continué à défier l’occupation française malgré les répressions brutales et les déportations des principaux chefs kabyles. Les Kabyles ont été forcés de quitter leur terre et ont été dispersés à travers le monde, certains envoyés dans les bagnes de Cayenne en Guyane française.

L’intention des colonisateurs français de déporter massivement les Kabyles à Madagascar témoigne de leur volonté de briser la résistance kabyle en les éloignant de leur terre et de leur culture. Cependant, malgré ces tentatives de suppression, l’esprit de résistance kabyle a perduré à travers les générations, nourri par la volonté de préserver l’identité et la liberté.

En 1963, le FLN colonise la Kabylie

En 1963, l’État algérien, influencé par l’idéologie du Parti Baas Syrien fondé en 1948, a envahi la Kabylie. Cette invasion a été menée par l’appareil militaro-politique du FLN, parti au pouvoir en Algérie, dans le but de renforcer son contrôle sur la Kabylie.

Au sein de cet État nouvellement créé, les Kabyles ont occupé de nombreux postes de responsabilité. Cependant, au fil du temps, le FLN a éliminé progressivement les Kabyles de ses rangs, craignant leur opposition à la ligne politique socialiste et arabiste du parti. Cette méfiance envers les Kabyles a conduit à une série de purges au sein du FLN, visant à éliminer toute influence kabyle au sein du parti.

Le 20 avril 1980, une conférence portant sur les Poèmes Anciens Kabyles, animée par Mouloud Mammeri à l’Université de Tizi-Ouzou, a été violemment réprimée, entraînant l’arrestation de 24 militants durant le « Printemps Berbère« . Par la suite, Mouloud Mammeri, éminent universitaire kabyle, a mystérieusement disparu dans des circonstances douteuses le 26 février 1989.

Le chanteur et militant Lounès Matoub est assassiné le 25 juin 1998 sur la route d’Ath Doula. Son assassinat ne sera jamais élucidé.

En 2001, trois jours avant les commémorations du Printemps Kabyle, un drame bouleversant s’est produit : Massinissa Guermah, un jeune lycéen de 18 ans originaire d’Amizour, a été tragiquement abattu par une rafale d’arme automatique, tirée par un gendarme, dans les enceintes de la gendarmerie, au sein d’un commissariat à Ath Doula. Ce terrible événement a été l’un des déclencheurs du soulèvement de la population lors du Printemps Noir de Kabylie, connu également sous le nom de Tafsut Taverkant. Les conséquences de ce soulèvement furent dévastatrices, avec des milliers de blessés et mutilés, et un bilan tragique dépassant les 300 morts.

En 2019, des néo-baasistes algériens ont organisé une réunion à Mostaganem, une région réputée pour son arabisme prononcé. Cette réunion, baptisée « 0KP » ou Kabyl Project, était composée exclusivement de promoteurs économiques arabistes proches des dirigeants du FLN, connus pour leur hostilité envers les Kabyles. L’armée a assuré la protection de cette réunion, mettant en lumière le soutien du régime en place à cette initiative anti-kabyle.

En 2021, Djamel Bensmaïl, un jeune homme venu apporter son aide à la population kabyle pour lutter contre les incendies de forêt criminels, a été tragiquement tué à l’intérieur d’une fourgonnette de police, poignardé à mort et lynché par des agents de l’État algérien. Ce terrible incident a entraîné la condamnation à mort de 38 personnes innocentes à l’issue d’un procès injuste et partial.

Le 20 avril 2024, la Kabylie déclare son indépendance

L’indépendance de la Kabylie a été proclamée le samedi 20 avril 2024 à New York, par Ferhat Mehenni, président du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) et du Gouvernement provisoire kabyle (Anavad). Il s’agit d’une première étape vers une indépendance effective.