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Libérer les prisonniers d'opinion Kabyles
Législatives : le peuple a voté par son silence
Avec un taux de participation officiel de seulement 20 % au niveau national et de 15 % en Kabylie selon l’ANIE , des chiffres que beaucoup jugent déjà largement surestimés, ces élections législatives resteront comme celles du rejet massif à une échelle nationale.
Ce boycott est inédit. Contrairement aux précédents scrutins, il ne traduit pas uniquement le refus du pouvoir, mais aussi le désaveu d’une classe politique qui, aux yeux d’une large partie de la population, ne représente plus aucune alternative crédible.
Pendant des décennies, le pouvoir a tenté de faire de la Kabylie un repoussoir politique afin de souder le reste du pays autour du prétendu « danger kabyle ».
Cette stratégie a aujourd’hui échoué. Le peuple algérien ne s’est plus laissé diviser. Par son boycott massif, il a rejoint la Kabylie dans son refus d’accorder une quelconque légitimité à un processus électoral auquel il ne croit plus.
Ce scrutin constitue, en réalité, l’expression silencieuse d’un Hirak qui continue de vivre dans les consciences. Désormais, le pouvoir fait face à une contestation nationale et non plus seulement kabyle.
En Kabylie, le message est encore plus sévère. Les citoyens n’ont pas seulement sanctionné le pouvoir ; ils ont également rejeté la classe politique et la société civile qui avaient appelé à participer au scrutin. La confiance est rompue.
Ces élections ont également révélé l’effondrement du mythe de l’implantation populaire du FFS en Kabylie.
Son influence semble désormais se limiter essentiellement aux réseaux construits autour de la clientèle des communes qu’il dirige.
En renonçant à afficher l’emblème amazigh, en gardant le silence sur les détenus politiques et en assumant un positionnement de plus en plus conciliant envers le pouvoir, le FFS a accentué sa rupture avec son électorat historique.
Le RCD, quant à lui, est resté fidèle à ses principes démocratiques et à la défense de la cause amazighe. Cette cohérence lui a valu une réelle sympathie populaire. Mais une sympathie ne suffit pas à construire une victoire politique. Faute d’une organisation solide, d’une stratégie ambitieuse et d’une direction capable de transformer cette dynamique en force électorale, le parti est resté incapable de s’imposer comme la véritable alternative. Cette faiblesse a contribué à renforcer le boycott.
À Bgayet (Béjaïa), cette incapacité est apparue avec encore plus d’évidence. Les intérêts personnels ont trop souvent pris le dessus sur l’intérêt du parti, privant le RCD d’une opportunité historique de faire le plein .
Ces législatives ont démontré une réalité implacable : le vote politique a pratiquement disparu. Les logiques de clientèle, les réseaux locaux , le lieu de naissance et les intérêts particuliers ont davantage pesé que les projets politiques.
Une page se tourne. Les élections locales obéiront à une logique différente. Elles offriront peut-être aux militants authentiques une dernière occasion de renouer avec les citoyens.
Les militants sincères doivent s’organiser dès maintenant pour s’imposer dans les prochaines élections locales.
Braham Bennadji
