Yvan TETELBOM, poète Juif Kabyle invité au Festival de Poésie Internationale à Sète 

J’ai participé du 22 au 31 juillet 2022, à l’un des plus grands festivals de poésie en France. C’était à Sète, où plus de cent poètes issus de toutes la méditerranée, parmi lesquels Moncef Ghachem grand poète tunisien, étaient invités. Je représentais l’Algérie. Quelle fierté pour l’enfant juif d’Azeffoun ex-Port Gueydon, de porter les couleurs de son pays dont il a été séparé contre son gré, en 1962. Aucune trace dans les médias algériens, aucun remerciement venant des sphères du Pouvoir, comme s’il était honteux qu’un juif affiche son identité kabyle et le clame en tous lieux, en tous pays.

Voici un extrait de la préface que me consacre Tassadit Yacine, Anthropologue Algérienne, directeur d’études en sciences sociales, dans mon 2ère roman LES TEMPORALITÉS paru aux éditions Libre2lire :

Il a perdu l’Algérie et la Kabylie mais il les a enserrées pour l’éternité au fond de son cœur et au creux de sa mémoire. Il écrit des livres, il les remplit à craquer d’histoires, de légendes, de héros ; car il veut remplir un vide, celle de la perte, il trace et retrace les repères, dans l’espoir de retrouver le chemin du retour ; il clame son identité kabyle, il veut qu’on l’entende, qu’on le reconnaisse. Il est le frère de Djaout, de Mammeri, Féraoun, Pellégri, Jean Sénac et tous ceux (et celles) qui, comme lui, aiment cette terre amoureusement, sensuellement, qui sont morts pour elle. Sans elle, la vie n’a pas de saveur. Incompris des hommes d’ici-bas, Yvan, finit par s’adresser aux esprits de l’au-delà… Peut-être comprendrontils sa quête… son histoire, celle d’un homme sincère qui recherche sa terre ! Celle du juste qui fera fleurir « l’arbre de vérités ».

Lors de la soirée de clôture du festival, devant plus de six cent personnes, j’ai dit un poème de ma composition précédé de quelques mots de présentation, en hommage à Si M’hand U M’hand, auquel je m’identifie. Ce poème a reçu un accueil enthousiaste du public.

On vieillit mal en exil, Loin de s’adoucir, le mal du pays se fait plus violent, d’autant plus vif que l’avenir se rétrécit. Comment survivre à cette peine immense. COMMENT A SURVÉCU LE GRAND POÈTE SI MOHAND U M’HAND. Dans ce poème, ÉCRIT sur les lieux mêmes de son enfance, je lui rends hommage. Son destin bascula en 1871 lors de la première révolte des Algériens contre les Français. Son père fut exécuté, son oncle, déporté en Nouvelle Calédonie et sa famille fut dispersée. Déraciné et seul, Si Mohand devint un poète errant. Dès lors, il dira des poèmes de village en village sur les thèmes de l’exil, de l’Amour, de sa terre natale, et du destin.

Longtemps

Le ciel fut noir

Au-dessus d’Ichéraouen

C’était un ciel déraciné

Dans un monde immonde

Longtemps

Tes larmes, Oh Si M’hand U M’hand

Cachèrent le cri des ruines fumantes

Du sang, de la colère

De l’enfance mise à mort

Longtemps

Tu marchas tel un poète imam

Au fil des oueds

Dans l’antre des montagnes

Et le silence des martyrs

Pour répandre

Le verbe et la fierté kabyles

Yvan TETELBOM

Rédaction Kabyle.com
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