Souvenirs immortels : célébrons nos grands écrivains kabyles à travers l’histoire

Dans le mutisme monacal qui couve ce village légendaire, un cri lacérant les cœurs, mêlé de sanglots, éclipse ce silence monotone laissant deviner l’horreur. L’organisation tribale voudrait que les villageois accourent  au domicile d’où provenaient les lamentations. Il faut dire que la maison est d’une imposante stature, c’était La grande maison du village. On s’enquit auprès de la famille, on apprit que leur progéniture, la pupille Nedjma a disparu ! Dès lors, l’alerte est donnée, on forme des groupes et on organise immédiatement une battue. Les uns fouillaient  au milieu des arbres, remontaient et descendaient la rivière tarie en cet été torride, pendant que d’autres hurlaient littéralement le nom de la jeune fille dans l’espoir d’un écho apaisant et rassérénant. Certains allaient inspecter les villages avoisinants et propager ainsi la triste nouvelle.

Malgré la chaleur suffocante et le soleil dardant les fronts, les villageois étaient déterminés à retrouver la disparue. La solidarité est toujours exemplaire car ancrée dans l’habitus et la culture de ce peuple de montagnards aguerris. Retrouver l’une des leurs est un devoir qui annihile toute lâcheté et bénit tout sacrifice. De cette façon, l’organisation tribale est garante de l’honneur, ramener Nedjma est L’honneur de la tribu. On a tellement axé les recherches sur les endroits susceptibles de la retrouver ainsi que ceux proches des habitations qu’on a oublié d’explorer les hauteurs des lieux. On pensait que la fille était juste perdue et somnolait quelque part sous un olivier. C’est la marque de ces gens pétris d’innocence : positiver toute circonstance malencontreuse.

Après de vaines recherches dans les parages, et le soleil n’aidant pas, on se concentra, alors, sur les sommets. D’autant plus que les rangs des chercheurs grossissaient au fur et à mesure. Que mon lecteur soit  attentif, ce ne sont pas les célèbres chercheurs d’os. L’idée d’aller voir là-haut  est venue du jeune solitaire du village après qu’il eût cru apercevoir quelques silhouettes sur ce plateau rocheux. En effet, les habitants n’avaient pas l’habitude de s’aventurer à cet endroit, même leurs caprins ne se sont jamais risqués à cette altitude ! La raison semble être inconnue de tous, simplement la pic est tellement omis des ces âmes amènes qu’ils ont fini par le surnommer mystérieusement La colline oubliée ! Toutefois, qui sont ces silhouettes immobiles au milieu de ce soleil redoublant d’intensité ?

La famille, la mère surtout, emplie de bonheur à l’idée d’embrasser sa fille prochainement. Le solitaire réunit quelques jeunes, aidé de quatre adultes, et partent à l’ascension de la fameuse colline. La montée s’annonce dure et ardue vu que les sentiers tracés par les pas de vieilles générations ainsi que leurs mules sont serpentiformes et jonchés souvent  d’obstacles impromptus. D’un commun accord, on se sépara en deux groupes, l’un prend le flanc de gauche et l’autre le flanc de droite. De l’avis de tous aucun été n’a été aussi ardent l’étrangeté même du climat avait-elle quelque chose à avoir dans la disparition ? En tout cas, la chaleur est tellement forte que nos malheureux jeunes commencent à avoir des hallucinations et titubaient par moments. De la déshydratation ? Peut-être. Pourtant ces braves sont sur un terrain qui leur est si familier ! Un été bizarre, un été qui leur fait perdre la raison, serait-il leur dernier été de la raison ?

De toute parts, la géographie est la même : de la roche chaude et pointue qui provoque des meurtrissures en cas d’inattention, des sillons creusés par les abondantes pluies d’hiver et quelques herbes poussiéreuses qu’une simple étincelle suffirait à embraser tout ce massif imposant. Les moustiques et la sueur ruisselante ajoutent leur lot d’inconvénients à cette lourde ascension qui n’en finit pas. Ces rigoles dessinées par les torrents irriguent les habitants ainsi que les sources de la montagne qui les enceint en son sein. L’eau constitue le sang qui circule dans ces sillons veineux de la montagne sans quoi elle n’aurait jamais ses entrailles remplies. C’est la synthèse même de la vie, de l’écosystème ambiant et enfin c’est la rencontre de la terre et le sang. Les adultes, baroudeurs et expérimentés, encourageaient inlassablement les jeunes qui restaient dignes face à cette traversée « initiatique ». La vaillance de ces derniers n’a d’égal que le dard continu et incessant du soleil. L’auteur se doit de noter ce trait de bravoure, or, le devoir tribal n’est ici que descriptif et non pas un mérite, puisque le devoir est par définition une obligation à accomplir.

L’ascension devient étouffante, la respiration haletante, la sueur encore abondante et la visibilité déroutante. Ces tracés routiers sont tortueux engourdissent d’avantage les pieds surtout du côté où la pente est raide. Qu’on s’y méprenne  pas, de quel côté qu’on les prenne les chemins qui enserrent la montagne montent somptueusement. C’est donc cela les chemins qui montent !

Le sommet est quasiment atteint que les silhouettes ont disparu à leur tour, après avoir fait un dernier signe aux villageois. Le havre de paix s’approche et l’odeur de la délivrance embaume les cœurs braves des jeunes. Les deux groupes s’aperçoivent, avec les mêmes grimaces, le même entrain et surtout le même air de joie qui envahit leurs yeux devant ce soleil constamment défiant. Ils redoublent d’efforts avec la même hargne de vainqueurs sans se soucier de la soif qui les tenaille et les jambes de plus en plus lourdes. Il est étrange et drôle de voir comment la douleur et la fatigue disparaissent subitement quand on est sur le point de toucher à notre objectif. Quelle stupeur ! Et quelle abomination ! Qu’a-t-on trouvé à cette hauteur ? Un cadavre encerclé de cinq pierres ! Quelles étaient ces silhouettes ? Sont-ce là des êtres évanescents ? Les meurtriers ? Ou bien n’y avait-il point de silhouettes et que les apparences n’étaient dues qu’à une hallucination collective ? Difficile de croire à cette dernière hypothèse parce que le jeune solitaire est d’une lucidité sans faille. On ne  le saura jamais. Que faisaient Les Vigiles du village avant la disparition ? Et pourquoi personne n’avait rien remarqué ?

Voici quelques vers vers lesquels m’avait conduit mon verre :

Je viens de là où pousse le feuillu olivier,

De cette terre insoumise qu’on appelle Kabylie,

Qui a enfanté le fameux rebelle Matoub aqvayli,

Dont les chansons testamentaires est notre vivier.

Toi, peuple millénaire épris de liberté,

Manifeste ton courroux et ton identité avec fierté.

@le_recalcitrant

Rédaction Kabyle.com
Rédaction Kabyle.com
Articles: 578