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Amachaou, il était une fois Idir

Amachaou, il était une fois Idir

Ce matin, je n’ai pas osé ouvrir mon Facebook, je connaissais déjà la nouvelle, elle était terrible, IDIR n’est plus. Le poète, le chasseur de lumière s’en est allé vers d’autres lumières ! 
Idir et moi, une vieille histoire, celle de ses débuts est celle de mes débuts au théâtre. 

Amachaou… Notre première rencontre, c’était à la Maison de la Culture du Havre en 1978 où nous étions tous deux programmés.

Pendant son tour de chant, je fus subjugué par la simplicité, la douceur désarmante de sa voix, quelque chose non pas de Tennessee mais de Kabylie, cette force très tranquille qu’il gardera toujours.

Moi, à cette époque, j’avais le rêve français. Je rêvais en toutes lettres capitales, respirais toute la littérature d’un Victor Hugo, d’un Baudelaire loin de mon spleen kabyle. Son tour de chant en un tour de magie a réveillé mon âme d’un titi kabyle. Et me voilà sur le chemin de mes origines d’un Si Mohand u Mohand.

Dans cette maison axxam de la Culture, Havre de paix, naissait notre amitié.

Nos chemins d’artistes se sont croisés, recroisés à maintes fois lors de représentations dans les foyers Sonacotra, la Maison du Peuple de Montreuil, la Péniche des Quais de l’Ourq, la Maison des Jeunes de Ris Orangis.… 
Et si nos yeux se perdaient de vue parfois, nos cœurs se retrouvaient toujours. 

Je lui demandais assez souvent de venir faire une à deux chansons lors de mes spectacles. Et par amitié, il répondait toujours avec sa douceur, sa gentillesse et cet accent à rouler les rrrr comme personne « bien sûrrr Moussa »

Puis vint l’Année de l’Algérie en 2003 en France. Pour ne pas honorer cette Algérie officielle qui a assassiné toute une jeunesse dans un « Printemps noir », j’ai organisé avec Saliha Bachiri danseuse chorégraphe « L’Année OFF de l’Algérie » au Café de la Danse à Paris. Idir bien sûr « Akhla gha rwanne assa ddu zkka » (on est avec vous aujourd’hui comme demain) et il a parrainé l’événement. 

Nous nous retrouvions aussi dans mes soirées intimistes à refaire notre Kabylie.

C’était chez moi du coté de la rue Popincourt, improvisant un kanoun autour de la cheminée. Dans le bois qui craquait, s’allumaient les contes d’autrefois comme s’allumaient les prunelles malicieuses de nos Djédda qui raconteront demain l’histoire, celle d’amachou il était une fois Idir.

Moussa Lebkiri
04/05.2020