Témoignage du jeune Belarbi Ramdane torturé par les gendarmes

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Les gendarmes ont voulu obliger le jeune Berlarbi, âgé de 22 ans à faire un faux témoignage devant les caméras.

Sauvé in-extremis, il nous raconte les conditions de son interrogatoire.

Que peut espérer un jeune algérien quand les institutions sensées le servir et le protéger vont jusqu’à le torturer pour l’obliger à mentir ?

Que ses parents aient eu à subir les interrogatoires musclés de l’armée coloniale, eux avaient cet avantage de savoir qu’ils avaient affaire à un colonisateur !

Peut-on imaginer un corps constitué de son propre pays, censé représenter la loi, la faire appliquer et protéger les citoyens et leurs biens, vouer de la haine et du mépris au point de tuer froidement ces mêmes citoyens ?

Deux cent morts et des milliers de blessés ne semblent pas convaincre le régime algérien et, malheureusement, l’opinion internationale que la gendarmerie nationale algérienne est la digne héritière de celle coloniale dont, par ailleurs, elle a occupé les locaux au lendemain de l’indépendance.

Faut-il rappeler que la gifle, le crachat, l’insulte et le passage à tabac systématique étaient le lot quotidien des citoyens algériens qui ont le malheur d’avoir affaire aux gendarmes avant le soulèvement de la population Kabyle qui exige le démantèlement des brigades de la région ?

Dans la commune d’Irdjen, une localité située à 15 km de Tizi Ouzou, un jeune villageois a eu la malchance de se retrouver dans les locaux de la brigade de gendarmerie le lundi 25 mars 2002. Le jeune Belarbi Ramdane est venu, à l’instar de ses camarades, demander le départ des gendarmes et défendre sa commune contre le renfort dépêché sur place et dont les éléments s’adonnent à la casse des magasins et les violations de domiciles de citoyens.

Pris par les gendarmes, il ressortira, une demi heure plus tard de leurs locaux, terrorisé, une blessure à la tête et des douleurs sur tout le corps. Six jours après sa torture, nous l’avons retrouvé et nous avons recueillis son témoignage :

“Nous étions, mes camarades et moi, en train de lancer des pierres sur les gendarmes pour les empêcher d’avancer et de rentrer dans le village et s’attaquer aux domicile quand ils sont arrivés sur moi. N’ayant pas pu leur échapper, deux gendarmes se sont emparé de moi et m’ont traîné devant leur brigade. Recroquevillé et protégeant mon visage, les gendarmes qui ont fait un cercle autour de moi commencent à frapper. Je recevais des coups de pieds de tous les cotés et partout sur mon corps, mais le plus douloureux reste celui reçu à la tête avec une barre de fer.

J’ai dû m’évanouir car je ne me souviens pas comment je suis arrivé à l’intérieur de la brigade. Un gendarme était en train de déchirer mon tricot plein de sang et demandait à ses collègues de lui laisser le temps de m’examiner car il y avait un risque que je meurs entre leurs mains.

Après le diagnostic, les gendarmes me proposent de répondre à leurs questions devant une caméra.

Je devais dire que ce sont les aârchs (mouvement des citoyens ayant élaboré la plate-forme de revendication d’El Kseur) qui me paient pour semer les troubles et détruire les biens publics ;

Que les gendarmes sont utiles à la société et doivent rester dans la commune mais aussi dans toute la Kabylie ; Que mon ami Belkacen, originaire du village de Adeni, possède des armes de guerre et des grenades chez lui.

Je devais aussi dénoncer les membres du mouvement des citoyens de mon village et dire qu’ils sont des manipulateurs?

Devant mon silence, la colère des gendarmes se déchaîne à nouveau et les coups commencent à pleuvoir sur moi. L’un des gendarmes me soulève de terre et commence à défaire ma ceinture en me disant qu’il allait « coucher » avec moi toute la nuit si je ne parlais pas.

Le gendarme-médecin revient à nouveau et, devant la caméra remise en marche, commence à nettoyer ma plaie en disant (à la caméra) que ce sont les manifestants qui m’ont mis dans cet état et que sans l’aide des gendarmes je risquais de mourir.”

Il poursuit qu’il était en train de me donner les premiers soins mais qu’il était impossible de me conduire à l’hôpital car les manifestants bloquaient la route.

“Après m’avoir obligé de signer un P.V, les gendarmes ont photocopié ma carte d’identité et m’ont délesté des 900 dinars que j’avais sur moi.

Je suis enfin conduis à la sortie de la brigade mais le capitaine qui conduisait le renfort dépêché de Tizi Ouzou n’était pas d’avis à me laisser m’en aller. Quand le brigadier lui explique que je risquais de mourir à l’intérieur de la brigade, le capitaine a rétorqué que je pouvais crêver car je n’étais qu’un fils de chienne de kabyle !

S’ensuivit alors une dispute verbal entre les deux gendarmes ; le brigadier n’approuvant pas la casse, les violations de domiciles et les sévices dont se rendait coupables les éléments venus en renfort !

Je suis enfin libéré et les manifestants que les gendarmes disaient m’avoir lynché sont venus me porter jusqu’à l’infirmerie où j’ai reçu des soins avant d’être évacué vers l’hôpital de Tizi Ouzou.

Sans l’appel lancé par mes camarades à l’ensemble des citoyens de la commune pour venir me libérer, appel qui a fait peur aux gendarmes, je ne sais pas si aujourd’hui vous ne seriez pas venus m’enterrer au lieu de m’interviewer !..”

Aussi invraisemblable que peut paraître ce récit, des centaines de jeunes ont eu à le vivre parfois en pire alors que d’autres ont payé de leurs vies la haine de ceux qui sont qualifiés par le porte-parole de la gendarmerie nationale d’hommes de lois honnêtes et respectueux des lois, provoqués par la population.

Mais pour le chargé à la communication de la gendarmerie nationale, ces jeunes gens qu’on a torturé et abattu froidement ne sont pas ses enfants et moins encore ses frères, ils sont des enfants du peuple !

Hamid Serbouh – Tizi Ouzou

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