58e anniversaire de la mort de Amar Imache

58e anniversaire de la mort de Amar Imache

Retour sur le parcours «occulté» d’un primo-nationaliste algérien

Un hommage a été rendu à Imache Amar, l’un des nationalistes de la première heure et membre fondateur de l’Etoile nord-africaine (ENA), à l’occasion du 58e anniversaire de sa disparition.
Au programme de cette commémoration initiée depuis 2013 par la direction de la culture de Tizi Ouzou et l’association culturelle «Imache Amar» de son village natal, Aït Mesbah, dans la commune d’Ath Douala, à une trentaine de kilomètres de Tizi Ouzou, des expositions d’articles de journaux, de brochures et livres d’histoire dans le hall de la maison de la culture racontant le long parcours de ce grand militant nationaliste, des conférences-débats d’universitaires, notamment Karim Salhi, enseignant à l’Université Hasnaoua, et le fils du vieux militant, Mohamed Imache, auteur d’un livre intitulé «Amar Imache : le pionnier occulté». Des exposés retraçant le parcours du défunt militant nationaliste ont été donnés au profit des élèves des lycées et collèges, notamment ceux du CEM Mouloud-Feraoun de la ville des Genêts qui ont pris part, dans l’après-midi, à la conférence-débat animée au Petit Théâtre de la MCMTO, suivie par un nombreux public et d’anciens maquisards de la wilaya III historique.
les conférenciers Karim Salhi et Mohamed Imache se sont attelés à reconstituer la trajectoire de celui qui a jeté avec d’autres militants syndicalistes issus, pour la plupart, de la Haute Kabylie, les fondements du Mouvement nationaliste algérien, au début du 20e siècle. L’auteur, Mohamed Imache, revisitera le parcours trépidant de son défunt père. Une rétrospective biographique développée dans un opuscule de 110 pages richement documenté et où il dit tout son dépit sur le silence et les occultations des historiens quant à l’apport immense de l’intellectuel militant et engagé que fut Amar Imache. Parti très tôt de sa Kabylie natale (il est né le 7 juillet 1895, pour fuir la misère et la faim, l’ouvrier qu’il deviendra dans les mines de charbon du Pas-de-Calais, dans les manufactures des pneumatiques Michelin, à Clermont-Ferrand, les Etablissements des constructions et armes navales dans la Charente et enfin à Paris comme chef d’équipe à l’usine des savons et parfums «Roger & Gallet», s’est forgé une âme de battant et de syndicaliste aguerri dans le mouvement ouvrier français de l’époque.
Dans le maelstrom politique d’un monde en butte à de grands bouleversements tragiques au début du 20e siècle, l’engagement pour la cause des ouvriers nord-africains d’Amar Imache ne tardera pas à prendre le contour politique alliant réflexion et action au service de l’émancipation du peuple nord-africain, et ceux de l’Afrique en général qui croupissent sous le joug colonial.
De 1926 à 1934, date à laquelle il sera viré et emprisonné à cause de ses activités politiques. Tout en travaillant dans la métropole française, Amar Imache consacrera l’essentiel de sa vie professionnelle à la sensibilisation des ouvriers algériens, avant de réussir l’organisation d’un rassemblement, le 7 décembre 1924 à Paris, de près de 100 000 travailleurs et créer ainsi la première organisation sociopolitique, dénommée Congrès des ouvriers nord-africains (Cona).
En 1926, cette organisation deviendra Etoile nord-africaine (ENA) pour revendiquer l’indépendance de l’Algérie, narrent encore les conférenciers, qui rapportent qu’en 1929, l’ENA est dissoute à cause des obstacles qu’elle constituait à la France qui se préparait à fêter le centenaire de la colonisation de l’Algérie. Selon les mêmes orateurs, le combat de l’ENA ne s’est pas arrêté là, puisque Amar Imache initie en 1930 le lancement du journal qui défendra El Ouma.

Le combat indépendantiste
En 1933, l’ENA, dissoute, deviendra «Glorieuse Etoile nord-africaine» (Gena), à la tête de laquelle l’AG des militants, le 28 mai 1933, élira Imache Amar comme SG et rédacteur en chef d’El Ouma. Nouvelle dissolution du parti avec l’arrestation et l’emprisonnement des principaux animateurs : Belkacem Radjef, Messali Hadj et Amar Imache. Leur libération n’interviendra qu’après 6 mois (en 1935). Le 28 août de la même année, Amar Imache réagit contre l’occupation de l’Ethiopie par l’Italie en écrivant : «Tous les Africains, sans distinction de religion, doivent manifester contre le fascisme italien en Afrique», une déclaration qui lui vaudra une nouvelle incarcération en compagnie de Belkacem Radjef et Mohand Saïd Si Djilani, tandis que Hadj Messali avait trouvé, à sa première libération, un refuge à Genève chez Chakib Arslan, un nationaliste arabo-islamiste libanais. Dans l’immense parcours militant de Imache Amar, qu’il consacra entièrement à la cause nationale pour laquelle il aura tout sacrifié, l’on découvre que l’enfant d’Ath Mesbah n’a décidé de se marier qu’à l’âge de 53 ans (en 1948), une année après son retour au bercail en février 1947. La prison l’ayant durement marqué, complètement malade et boiteux, il écrira alors une «Lettre d’adieu aux Algériens résidant en France» : «Quand vous lirez ces lignes, je serai déjà loin de vous…» Aveu prémonitoire… De ce parcours trépidant et entièrement dévoué à l’éveil de son peuple algérien pour son indépendance, ne restent que des pages éparses que tentent patiemment ses enfants et d’autres militants de reconstituer. Un travail de mémoire pour réparer le parti-pris et l’oubli manifeste des manuels et livres de l’histoire officielle qui ont tissé des lauriers et des parcours glorieux à certains acteurs au détriment d’autres militants pionniers du mouvement national.

Un point chaud du débat de jeudi dernier
Beaucoup parmi les présents à la maison de la culture de Tizi Ouzou n’ont pas manqué d’évoquer le clash mémorable qui opposa Messali Hadj et ses partisans à Amar Imache et qui a conduit celui-ci à prendre ses distances de manière tonitruante avec le «zaïmisme» de celui qui érigea le culte de la personnalité en mode de gestion politique du parti nationaliste naissant l’ENA.
Echanges vifs et animés, d’autres intervenants, quand il s’agit d’évoquer le délitement idéologique du mouvement nationaliste naissant sous l’impulsion de Messali Hadj. De retour de son voyage d’Orient, et fortement imprégné par les idées des pères fondateurs et théoriciens de l’arabo-nationalisme émergent, Messali optera pour un projet identitaire et une vision du monde totalement transformée. De l’universalisme de ses débuts, il adoptera une attitude étroite franchement exclusive. Ce que d’aucuns ont dénoncée dans le débat comme étant à l’origine des querelles politiques d’aujourd’hui, opposant des segments importants de la société algérienne qui se déchirent sur la profondeur historique et civilisationnelle de l’Algérie.
S. A. M.

Source
Le Soir d'Algérie
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