Pascal Perrot : « la poésie est pour moi une sorte d’évidence »

Il est poète, romancier, performeur et grapheur français, Pascal Perrot nous parle de sa poésie et de sa participation à la troisième édition du festival de poésie « La Tour Poétique ».

Bonjour Monsieur Pascal Perrot, nous sommes ravis de vous interviewer sur Kabyle.com ! Qui êtes-vous Monsieur Pascal Perrot?

Il n’est pas toujours aisé de se définir soi-même, sinon à travers ses actes. Donc disons que je suis poète, romancier, performeur et grapheur, puisque j’improvise également à la craie de courts poèmes sur les murs de la capitale et d’ailleurs (Boulogne sur Mer, Lille, Beyrouth …). Même si la scène et le graff sont des choses qui sont venues plus tard, elles font désormais totalement partie de mon A.D.N.

Comment en êtes-vous arrivé à écrire de la poésie ?

La poésie est pour moi une sorte d’évidence. C’est une forme vers laquelle je suis toujours revenu. C’est un mode d’expression en usage chez les jeunes enfants, quelquefois chez les ados, parce que dans un espace court, on peut dire beaucoup sur le monde et sur soi, se dévoiler sans pour autant se mettre en danger. C’est en revanche moins courant de continuer à en écrire, de conserver ce regard-là, cet angle de vision si particulier que permet la poésie tout en poursuivant sa vie adulte.

Comment pourriez-vous définir la poésie ?

C’est un genre littéraire qui s’exprime essentiellement à travers les métaphores (images et comparaisons) et les rythmes, qui se caractérise par sa densité (un seul vers peut exprimer ou contenir plusieurs idées par exemple, voire posséder plusieurs interprétations possibles). La définition pourrait presque être technique, ce qui serait aussi ennuyeux qu’un musicien tentant d’expliquer ce qu’est le jazz ou le rock. Même si un certain nombre de choses ont pu changer (les poètes d’aujourd’hui par exemple écrivent peu de vers rimés), certaines bases demeurent constantes. Beaucoup de personnes confondent « un regard poétique » avec la poésie en elle-même. S’il me semble évident que trouver un angle de vision sous lequel ce qui nous est familier devient quelque chose de neuf, d’inédit, d’étrange, d’inquiétant parfois est essentiel, cela ne suffit que rarement à ce qu’on puisse parler de « poésie ».

Ce qui a attiré mon attention dans vos déclamations, vous lisez à voix haute et sans notes, ce qui est plutôt rare parmi les poètes. Quelle est votre méthode pour y parvenir ?

Mes premières lectures publiques, la plupart du temps collectives, s’effectuaient papier en main. C’est en réécoutant une émission de radio où je venais souvent lire des textes en avant-première que j’ai pris conscience que « la lecture » ne me suffisait pas. J’étais à la fois trop dedans et pas assez. Trop, parce que totalement immergé dans le texte, je ne prenais pas assez en compte les personnes sensées l’entendre. Pas assez, parce que cet état de « transe » ne me permettait pas de dégager le sens du texte. Je me suis aperçu qu’apprendre par cœur mes poèmes me permettait de jouer avec, de les interpréter de manière plus fluide et ludique, en incluant le public dans l’espace. Quand on m’a proposé de faire des duos scéniques, la mémorisation s’est révélée indispensable. C’est un travail bis, mais qui en vaut réellement la peine. Parce qu’il permet d’incarner son texte tout en (paradoxalement) prenant de la distance. Du duo, je suis passé au seul en scène (toujours avec mes propres textes). Un grand saut. Les poètes-performeurs (euses) qui m’ont précédé dans ce type d’aventure m’ont convaincu de sa pertinence. Ce n’est qu’ensuite que j’ai pris des cours de théâtre adulte, qui m’ont apporté beaucoup d’outils complémentaires (gestion de l’espace, du souffle, du silence, entre autres). Chacun a ses propres techniques pour stimuler la mémoire. En ce qui me concerne, j’apprends d’abord quatre ou cinq lignes par cœur. Lorsque je pense les maîtriser, je passe aux quatre lignes suivantes. Puis je prends l’ensemble de ces huit ou dix premières lignes. Si j’ai le moindre oubli, je recommence tout et ainsi de suite, par cercles de plus en plus larges, jusqu’à la fin du poème. Le premier test, c’est ce qu’il en reste le lendemain. Généralement, il y a des lacunes, mais une relecture rapide permet de les combler, car le cerveau a tout de même enregistré le poème. Quand on pense bien maîtriser un texte, on peut tenter ce qu’on appelle une italienne, autrement dit, dire le poème sans interruption ni respiration et voir s’il y a des endroits où « ça coince » et qui sont à retravailler. Le second test, c’est le métro. Si l’on parvient à réciter, mentalement, de manière fluide dans un environnement sonore hostile on peut être certain de n’être déconcerté par rien.

Quels sont les poètes qui ont influencé votre écriture poétique?

Je ne sais pas si l’on peut réellement parler d’influence, plutôt d’admiration et de chocs successifs. L’influence, c’est quelque chose que l’on vit souvent très jeune, quand on admire tellement le style d’un auteur ou d’une autrice qu’on se prend à l’imiter, quelquefois jusqu’au pastiche. Ça a dû m’arriver, entre 12 et 15 ans, et pas seulement en poésie, avec des auteurs aussi divers que Jean Cocteau, Ronsard, Paul Eluard, Victor Hugo, Lautréamont ou Lovecraft. Il est important de lire des choses très variées, voire aux antipodes les unes des autres, afin d’éviter une telle « reproduction » souvent inconsciente. Et d’avoir une palette très large de couleurs à sa disposition, que l’on pourra mélanger tout en les passant à travers le filtre de sa propre sensibilité. Dans les poètes dont les textes m’ont frappé de plein fouet, en me faisant prendre conscience d’une autre direction d’écriture possible (une en tous cas que j’avais envie d’explorer), il y en a deux du XIXème siècle, Baudelaire et Lautréamont. Tous les autres sont du XXème ou du XXIème siècle : St John Perse, Pablo Neruda, Jules Supervielle, Guillaume Apollinaire, Claude Pélieu, André Laude ou Tristan Cabral et Werner Lambersy, immenses plumes récemment décédés que j’ai eu la chance de rencontrer.

Quel est pour vous le moment idéal pour écrire?

J’ignore s’il existe un moment idéal. Disons plutôt le soir, voire tard dans la nuit. Mais il n’y a pas de règle absolue. Un texte peut mûrir longtemps dans ma tête avant de mériter d’être écrit et jaillir d’un coup, fluide, au moment le plus inapproprié. À un moment de ma vie, j’écrivais souvent dans le métro, par exemple.

Vous allez participer en juin à la troisième édition du festival de poésie « La Tour Poétique » organisé par l’association « Apulivre ». Que pensez-vous de ce festival et de cette association ?

Les deux premières éditions ont connu quelques hiatus en termes d’organisation et de gestion du temps. Mais votre courage, votre ténacité, l’ambiance conviviale et chaleureuse que vous avez su créer se doivent d’être salués. Ils ne peuvent qu’être le fait d’amoureux de la poésie. Ayant moi-même organisé un certain nombre d’événements poétiques avec des participants multiples, je sais combien tout cela peut être complexe à gérer et je pense que ces aspects ne peuvent que s’améliorer au fur et à mesure des éditions, raison pour lesquelles je vous remercie de m’avoir invité de nouveau, vous renouvelle la confiance et vous souhaite tout le succès que votre belle énergie mérite.

Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions ! Un dernier mot pour conclure ?

J’espère que ce festival prendra de plus en plus d’envergure dans les temps qui viennent. Un tel événement étant plutôt rare dans Paris intra-muros.

Entretien réalisé par Amar BENHAMOUCHE.

Amar Benhamouche
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