Nos détenus et nos morts ont besoin de justice

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La Kabylie en otage
Photographie Tassadit Ould Hamouda

Nos détenus et nos morts de la Covid-19 ont besoin de justice et non pas du paradis.

Actuellement en Algérie, la population est prise entre deux feux : le pouvoir qui emprisonne arbitrairement et la Covid-19 qui tue. Cette dernière est devenue l’alliée tant attendue du premier. Des dizaines voire des centaines de personnes, de 25 à 95 ans, meurent chaque jour étouffées faute d’oxygène. Les responsables politiques vantant souvent sur les plateaux de télévision les performances de notre système sanitaire, ne se gênent pas, eux et leurs familles, de se rendre dans les hôpitaux européens pour recevoir des soins.

Une information circulant sur les réseaux sociaux indique que l’un des ministres du gouvernement actuel aurait envoyé des membres de sa famille en France pour être soignés après avoir contracté la Covid-19. Rappelons que le premier magistrat du pays est lui-même, toute honte bue, suivi dans un hôpital allemand tandis que ses administrés mendiaient dans les carrefours des villes pour alimenter des cagnottes afin d’envoyer un proche se soigner à l’étranger puisque nos hôpitaux ne sont que des mouroirs.

En Kabylie et un peu partout en Algérie, devant cette hécatombe, les citoyens s’organisent dans le but d’équiper les hôpitaux de générateurs d’oxygène et d’autres matériels nécessaires pour maintenir les victimes de cette pandémie en vie, en faisant appel à la générosité de chacun et aux âmes charitables. Où sont passées les richesses issues du pétrole et du gaz ? Qu’en avait-on fait ? L’état, le responsable de ce massacre, est aux abonnés absents, et lorsqu’il se manifeste, c’est souvent pour rendre la tâche difficile à tous ces bienfaiteurs.

C’est important que le monde entier sache qu’en Algérie, non seulement les autorités emprisonnent des innocents à tour de bras et assassinent d’autres à cause de leur irresponsabilité et incompétence, mais, elles veulent également mettre la main, sans scrupules, sur les dons récupérés par des particuliers pour réparer leur désastre auquel elles seront amenées à répondre tôt ou tard devant les tribunaux. C’est vraiment gravissime et scandaleux d’empêcher une personne d’envoyer de l’aide à un membre de sa famille en danger de mort, en détournant celle-ci pour servir un pouvoir clientéliste, corrompu et népotique.

Mon ami Sédik vient d’être fauché par cette saloperie de maladie. La veille de son décès, je l’ai eu au téléphone et m’a fait savoir qu’il souffrait juste d’une petite grippette et m’a promis de me rappeler dès le lendemain. Mais, finalement, c’était notre dernier échange téléphonique, il est mort asphyxié à la fleur de l’âge avec des projets plein la tête, car chez-nous, nous n’avons pas d’équipes médicales qui se chargeraient de secourir les personnes en détresse respiratoire au mois de juillet de l’an 2021.

Cette nouvelle m’a terrassé et lorsque je lis des posts sur les réseaux sociaux concernant son décès, cela ne faisait qu’accentuer mon désarroi. Toutes ces formules morbides apprises par cœur dans une école sinistrée ou auprès des médias sclérosés : Ina lilah oua ilayhi radji3un….,  Inchallah au paradis…. Des phrases qui me rendent malade et assombrissent l’avenir du pays. Vivons-nous dans une immense confrérie noyée dans le fatalisme ?

Désolé ! mais, mon ami ne désire pas rejoindre un paradis quelconque. Il voulait seulement vivre le plus longtemps possible avec sa famille et parcourir un bout de chemin avec ses trois enfants avant d’accéder au repos éternel. Cette fin brutale est un crime commis par nos autorités, il est de notre devoir de lutter jusqu’à ce que justice soit faite. C’est le meilleur hommage qu’on pourrait lui rendre.

Aujourd’hui, je pleure la disparition de mon ami, mais je pleure aussi ces médecins voilés ou s’exprimant comme des imams. Lorsqu’ils finissent leurs phrases par des « In-challah » ou par des « La haoula oua lakoua… », leurs attitudes ne me rassurent guère.

Je pleure en voyant des imams se prenant pour des savants en donnant des leçons (des Ddars) à des universitaires. Un bac plus 10 écoutant docilement un bac moins 5 lui expliquant que le virus en question serait un cavalier envoyé par Allah pour punir les kouffars.

Je pleure un pays croyant recouvrer sa liberté et son indépendance, mais se retrouve dans le giron d’une tyrannie. Il travestit sa culture et renie son histoire, transforme l’école en une arme de destruction massive entre les mains d’un frère musulman.

Je pleure un pays où l’on construit deux fois plus de mosquées que d’hôpitaux et d’écoles, car les détenteurs du pouvoir et leurs suppôts étaient persuadés de pouvoir acheter la paix de l’âme de la même manière que la paix sociale.

Je pleure un pays où l’on décrit la mort comme une seconde vie pour faire accepter au citoyen de vivre l’enfer sur terre et les conséquences d’une dictature.

Je pleure un pays où la haine et l’échec font des champions sportifs ; la reddition produit des héros révolutionnaires. L’élite et ses meilleurs enfants se retrouvent derrière les barreaux, les incultes ainsi que les escrocs deviennent des députés prenant leur auditoire pour des animaux de cirque à qui l’on jette des bonbons.

La junte militaire algérienne a eu une occasion en or pour céder d’une manière sereine le pouvoir au peuple avec toutes ses composantes et en tenant compte des aspirations de chacune de celles-ci, mais, son inconscience, son avidité et son manque de discernement l’ont propulsée vers la voie de la discorde et du grand malheur.

Je pleure la pauvreté de mon vocabulaire ne me permettant pas de mettre les mots les plus subtils sur tous ces maux qui me rongent de l’intérieur. Mais, mes larmes alimentent également une espérance, elles rejoindront certainement celles de millions de mes semblables. Elles donneront naissance au fleuve de la colère qui balayera sur son passage ce pouvoir injuste et perfide en l’envoyant au fin fond des abysses de la poubelle de l’histoire : « Akken tafƔuḍ Ɣazzifḍ ayiḍ du laqṛaṛ adyali wass ».

M. AMAGHNAS

Le 07/08/2021

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