LNI : Où sont donc vos frères ?

Voilà maintenant deux ans et demi que Larbâa Nath Irathen est ravagée par des incendies infernaux. Une multitude de citoyens de cette région est dès lors, suspectée d’avoir sciemment embrasé humains flore et faune et notamment d’avoir tué et brûlé djamel ben smail. D’ailleurs c’est en grande partie, à cause de ce dernier que le procès est organisé. Ce qui est étrange est que l’affaire instituée est appelée l’affaire « Larbâa Nath Irathen » en raison sans doute des éléments que nous venons brièvement de citer et éventuellement afin de ratisser large.

En effet, il semble que cette tragédie est l’occasion idéale pour cette justice, qui ne trouve mieux, que  de déclarer hautainement que les feux et le meurtre de la malheureuse victime sont l’œuvre du MAK soutenu par des puissances étrangères à savoir: Israel et le Maroc. On peut légitimement se demander comment cette « coalition » triangulaire est capable d’une telle « prouesse » dans ce pays qui prétend être une  « puissance régionale » ?! La réponse absurde nous est délivrée par le procès même.

Effectivement, les peines requises sont irraisonnées, déraisonnables et scélérates. Elles varient d’individus à d’autres, mais elles ont-pour le tiers d’entre eux – comme point de chute la mort brandie !!! Le comble est que leurs dossiers sont vides ! Le vide mène inéluctablement au néant. L’équité n’est point un socle sur lequel repose cette justice, mais un écueil qu’il faut absolument éviter. Par ailleurs, comment de telles peines peuvent-elles être assénées dans un temple censé rendre justice ? Comme dirait Feraoun dans « L’anniversaire » : Un jour tu t’es mis dans la tête que le bon sens était la chose la mieux partagée du monde. Et depuis, tu n’as jamais voulu te rendre à l’évidence »

Un aussi court laps de temps ne peut prétendre faire la lumière sur les faits aussi obscurs et complexes d’autant plus que dès le départ le MAK est décrété comme un mouvement terroriste. Par conséquent, ce procès est-il organisé que pour entériner cette accusation non fondée ? La lecture est tentante, or l’heure n’est point à l’analyse politique, ni juridique car cette question est désormais vitale pour nos jeunes. En nous fiant à ce théâtre improvisé, nous pouvons dire sans hyperbole, que c’est un procès de la Kabylie, car cette affaire est révélatrice d’un ostracisme sans équivoque. Comme à l’accoutumé, nous allons de mal en pis, en plus de l’injustice que subissent les Kabyles, il leur est interdit de manifester dans cette contrée afin d’exiger la libération des leurs. Autrement dit, subissez l’iniquité et buvez la honte jusqu’à la lie.

Aujourd’hui les citoyens et spécifiquement les femmes ayant bravé l’interdit en répandant leur ire dans les rues de Larbâa Nath Irathen sont arbitrairement arrêtés manu militari, en plus des menaces qui pleuvent. Leur seul tort est d’avoir crié haro sur l’absurdité, l’insanité de la situation qui a fait de leurs concitoyens des condamnés à mort. Il est décidé alors que la lutte continue puisque les habitants de cette région puis graduellement nombre de régions de Kabylie, observent chaque jeudi une grève. Cette méthode a, apparemment, apporté ses fruits, car récemment, certains des condamnés à mort ont bénéficié d’une « certaine clémence » et ont vu leur peine commuée.

Au risque de tomber dans une redondance inutile et sombrer dans un pathos déplacé, je préfère m’en tenir là. Toutefois, sachez qu’au moment où j’écris ces lignes, Mira Moknache est condamnée à 6 mois de prison ferme, le Pr Kamel Aissat est condamné à 3 ans ferme, même Yennayer n’a pas échappé à l’interdit puisque dans certaines communes on a brandi la menace du COVID…Vous comprenez ce que je veux dire par ratisser large ? Ceindre le maximum  possible la Kabylie. Comme en 2001 les regards des algériens est tourné vers des contrées lointaines où apparemment leur souci trouve ancrage ! Pendant que l’indifférence estampille ces derniers, nos crédules Kabytchoux sont grisés par le syndrome de « xawa xawa » au grand dam des souverainistes soucieux de leurs prochains !! Or comme l’a si bien explicité J.J Rousseau :

 « Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin de leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d’aimer ses voisins… »

On ne peut donc raisonnablement croire à cette chaleur enivrée du « xawawisme » .Elle est motivée par des circonstances qui ne servent aucunement les nôtres. En définitive, les Kabyles comme toujours, cautérisent leurs blessures seuls et vivent dans l’anonymat leur deuil. Où sont donc vos frères ?

Aksil MARA

Rédaction Kabyle.com
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