Les Iflissen N’Melli, une tribu méconnue de la Kabylie

Selon Ammien Marcellin, un des témoins et historien de son époque qui cite dans le chapitre 5 de son livre XXIX dédié aux soulèvements de Frimus, qu’un certain nombre de Tribus Kabyles au nombre de cinq (5), se sont portées volontaires à la défense de celui-ci.

Réunies en confédération sur la base d’un patronyme propre à chacune d’elles, les Romains les désignant par le vocable de « Quinquegentiennes », signifiant les gens des 5 Tribus.

Firmus, un prince numide romanisé, qui, dans son combat livré au général Théodose l’Ancien était dirigé non pas pour se départir de l’emprise romaine sur cette partie du territoire, mais plutôt pour dénoncer le niveau de corruption répandu dans tout le pays de la Maurétanie Césarienne -ainsi devenu après le règne de Bocchus et des autres rois vassaux-, qu’il prétendit circonscrire.

Et parmi les tribus qu’il réussit à rallier à sa cause, figure celle des Isaflenses, que le collège des historiens en a conclue de désigner plus tard par l’ethnonyme d’Iflissen.

Cette appellation est reprise ensuite par Jean-Pierre Laporte dans son récit « La guerre dans l’Afrique romaine sous le Haut-Empire » consacré aux « révoltés dans la guerre de Firmus (370-375) ».

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En effet, cette tribu montagnarde des Iflissen devenue Iflissen N’Melli ou Oumlil ou Nelvar, une manière probablement inexpliquée de marquer une différence avec Iflissen Levhar, est parvenue à contrôler la Kabylie occidentale jusqu’à la vallée de l’oued Isser.

Par ailleurs, outre sa proximité d’avec la Régence turque d’Alger, sous l’occupation ottomane et l’étendue de son territoire qui se répandit essentiellement tout au long du pourtour du Mont de Sidi-Ali Bounab culminant à un peu plus de 800 m d’altitude, lui vaudra également le surnom de « la gardienne de la porte d’entrée vers la Kabylie ».

Cette position hautement stratégique lui a permis en tout temps de scruter à l’horizon, les plaines et les collines irriguées par l’Oued Sébaou et l’Oued Isser.

Tout au long de son histoire et même jusqu’à la Guerre de Libération Nationale, la Tribu des Iflissen N’melli se distingua par un engagement volontaire sans équivoque et inconditionnel à la défense du territoire, ce dont Ammien Marcellin qualifia de belliqueuse et agressive envers et contre tous.

S’en est suivi la défaite cinglante de Frimus par le général de l’empire romain sous Valentinien 1er, le Compte de Thédose.

Nous pouvons retenir parmi les raisons ayant abouti à la défaite de Frimus, la défection des Isaflenses qui se sont retournés contre lui.

Plusieurs versions peuvent être apportées pour expliciter le revirement de situation, là n’est pas notre propos.

Il est à souligner par ailleurs, qu’il existe une autre Tribu appelée « Iflissen Lavhar » par opposition aux « Iflissen Nelvar » dans cette partie de la Kabylie maritime située entre les Ath Jennad et les Ath Ouaguenoun.

Pour le moment, il n’existe aucune information de nature historique permettant d’étayer la thèse selon laquelle la tribu des Iflissen Lavhar serait le prolongement ou non de la grande Tribu des Isaflenses qui occupa la partie occidentale de la Kabylie située entre le Mont de Sidi-Ali Bounab à l’ouest et Ath Khelfoun à l’Est.

Il est un fait, que la Tribu des Iflissen Levhar occupa cet espace géographique de la Kabylie maritime situé entre Tigzirt et Azzefoun sans que l’on parvienne néanmoins à savoir comment et à partir de quelle période celle-ci décida de migrer pour prendre possession de son nouveau territoire où les Ath Djennad d’un côté et les Ath Ouaguenoun de l’autre, ne lui laissèrent aucune forme de répit.

Une chose est certaine, cette tribu, de par sa proximité de la mer Méditerranée et la toponymie de la zone qu’elle occupa parvient au fil des temps à exceller dans la confection de certains produits ferreux tels que l’épée et le couteau.

Le sabre ou Axudmi Guifliss ou « Flissa » demeure le seul spécimen d’une arme blanche que l’on garde de nos jours, jalousement préservée au Musée national des antiquités et des arts islamiques d’Alger.

Dans ma présente contribution, je voulais avant tout attirer l’attention de nos compatriotes sur la prolifération d’avis personnels le plus souvent biaisés n’ayant aucune légitimité historique en rapport avec la Tribu des Iflissen N’melli.

Vous remarquerez que chaque partie tente de s’approprier son appartenance à cette Tribu dont le fief et la limite de son territoire faut-il le rappeler concerne le Mont de Sidi-Ali Bounab.

Par ailleurs, nous constatons et avec beaucoup de regret, l’ambiguïté avec laquelle certains écrits tentent de nous faire revisiter l’histoire des Iflissen N’melli.

En effet, passer sous silence cette partie Sud de Sidi-Ali Bounab (derrière la montagne), qui représente quand même l’élément essentiel de la composante des Iflissen N’melli, se retrouve être complètement occultée, pour ne pas dire effacée, relève à mon avis du déni de l’histoire.

J’espère parvenir à rétablir le tort qui en est causé à l’endroit notamment des Ath Ouarzzedine, Ait Saada, Ikharbouchen, Iaagounen, Ihidoussen, Tsletha, I3ouyedh, Ait Ahmed, Ait Yighil, Ait Kaci-Ou3ali, Ait-Tala Malek, Ait Sidi-Smail, Ait-Ma3mar entre autres, et par-delà à réconforter la mémoire de ceux qui, en silence réprouvent cette forme d’occultation de l’histoire, car au demeurant, ce ne sont pas ces villageois qui auront à en pâtir, mais beaucoup plus la renommée des Iflissen N’melli.

Rezki Djerroudi

Rédaction Kabyle.com
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