Les élections algériennes n'apporteront rien de nouveau au peuple kabyle

Les élections algériennes n'apporteront rien de nouveau au peuple kabyle

Drapeau amazigh Collectif

Appel au peuple kabyle

Le système algérien, englué tel qu'il est dans sa doctrine islamo-baathiste et sa gestion politique par la violence et la corruption, envisage d'organiser une élection présidentielle pour le 18 avril 2019 , or cette date correspond exactement au 18ème anniversaire de l'assassinat du lycéen kabyle Guermah Massinissa, assassinat suivi par 126 autres tout au long du Printemps noir et de trois années d'insurrection kabyle. La vérité n'est pas encore connue sur ce massacre commis par l'État algérien envers une population désarmée, les assassins ne sont pas encore jugés et les commanditaires courent toujours.

Les tragiques événements du Printemps noir se sont déroulés sous la présidence de Bouteflika qui entamait sa  2ème année de règne et d'Ahmed Ouyahia alors  ministre de la justice avant qu'il ne soit muté au poste de premier ministre afin de "négocier" avec les Archs de Kabylie et de casser, avec son machiavélisme légendaire, la dynamique citoyenne kabyle.

Si la mobilisation populaire kabyle n'a pas abouti à faire chuter la dictature d'Alger et ainsi à instaurer un État de droit, c'est parce que la Kabylie n'a pas eu de solidarité des "compatriotes" algériens et pourtant les revendications de l'époque étaient "nationales". Les mères kabyles ont pleuré seules leurs enfants tombés sous les balles explosives du régime algérien et les milliers de blessés de ces tragiques événements ont été pris en charge par la solidarité ancestrale propre aux kabyles et en dehors des structures étatiques algériennes. Les Kabyles ont définitivement compris que leurs aspirations ne seront pas partagées.

18 ans plus tard, les graines semées par la Kabylie ont éclos et ce sont tous les Algériens qui découvrent enfin que " le pouvoir [est] assassin" et que l'État de droit tant réclamé par la Kabylie n’est pas dans le système algérien d'essence putschiste et de nature despotique. Il a fallu presque 20 ans et une santé lamentable du président algérien pour que les Algériens sortent dans la rue et réclament du "changement". En face du régime qui veut se maintenir à tout prix, quitte à provoquer une autre guerre civile, l'opposition algérienne, elle, ne propose qu'un général retraité de l'armée algérienne ou des personnages issus du même système vomi depuis longtemps par la Kabylie. Les candidats algériens, les élus algériens et les partis algériens ne représentent pas le peuple kabyle.

Entre temps, la Kabylie a pansé ses blessures, a essuyé ses larmes et rassemblé ses forces. La Kabylie n'aspire plus à une pseudo constitutionnalisation de sa langue, à une indemnisation de ses enfants victimes de la barbarie algérienne ou à des strapontins dans des assemblées algériennes truquées et sans prérogatives. La Kabylie aspire à présent à vivre souverainement sur son territoire, la Kabylie milite aujourd'hui pour la mise sur pied d'institutions kabyles libres, indépendantes et représentatives, seul garant de la sécurité des enfants kabyles, de la promotion de la langue et de la culture kabyle et du progrès humain pour le peuple kabyle.

Tout en prenant acte des mobilisations actuelles des peuples d'Algérie pour leurs droits, nous, militants kabyles de divers horizons, appelons nos compatriotes kabyles à faire de la journée du 18 avril 2019, une journée de commémoration et de recueillement. Le 20 avril, journée nationale kabyle, comme c'est la tradition, marquera l’affirmation de notre aspiration à un État kabyle, elle sera une journée de mobilisation et de célébration du 39ème anniversaire du Printemps berbère.

D'ici là, les Kabyles doivent rester vigilants afin de barrer la route aux mercenaires politiques du régime algérien dans la région et de les empêcher de faire couler à nouveau du sang kabyle pour des considérations et des intérêts loin d'être ceux de la population. Les élections algériennes n'apporteront rien de nouveau au peuple kabyle. La volonté de bannir les drapeaux kabyles et amazighs des manifestations actuelles est symptomatique du rejet algérien de toute spécificité kabyle, ce qui nous met devant le dilemme historique proposé au Kabyle : Rester soi même ou se dissoudre encore une fois dans l'ensemble algérien pour prouver son "algerianité" !

Vive la Kabylie libre et souveraine.
Gloire aux martyrs kabyles d'hier et d'aujourd'hui.

Signataires :
Ahviv Mekdam, universitaire.
Achour Ben Salem, ingénieur.
Azru Loukad, homme de théâtre.
Bouaziz Ait Chebib, militant politique.
Samir Oukaci, étudiant en Anthropologie.
Nacer Yanat, artiste-peintre.
Abdu Zidouni, metteur en scène.

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