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Le village kabyle, un territoire en quête de reconnaissance

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Le village kabyle, un territoire en quête de reconnaissance
Peinture Lyazid Chikdene

Partager, c'est prendre soin de notre culture !

A l’heure où la Kabylie brûle, il est important de se pencher sur la problématique relative à sa gestion en tant que espace, les causes de ces incendies ne s’expliquent pas par des raisons simplistes qui souvent culpabilisent le citoyen, mais en réalité, le problème est plus complexe que ça !

Le village Kabyle, un territoire en quête de reconnaissance

La politique algérienne en matière d’aménagement du territoire a volontairement confondu dans le discours et dans les faits le concept du développement régional et régionalisme, sceptique à tous ce qui fait allusion à la région, le pouvoir a opté depuis l’indépendance pour une ligne stratégique de développement uniformisé sans pour autant réussir à réduire les disparités régionales et encore moins assurer un développement harmonieux du territoire.

Les conséquences de ce choix de développement qui ne tient pas compte des spécificités régionales sont assez visibles et nul ne peut les contester.

En théorie, la stratégie de développement de tout territoire sert à mettre en valeur et exploiter au mieux ses potentialités d’une part et limiter les inconvénients de ses contraintes d’une autre part, les stratégies et les orientations suivies en Algérie pour le cas de la Kabylie en particulier, objet de cette contribution, semblent déroger à cette règle.

Le retard visible de développement dont souffre la région aujourd’hui , peut s’expliquer entre autres, par l’inadéquation des stratégies suivies depuis l’indépendance par rapport à ses caractéristiques et spécificités géographiques, physiques, historiques et sociologiques qui font d’elle un espace homogène avec ses atouts et ses contraintes.

Les spécialistes ont peut-être remis en cause ou critiqué globalement les choix ou les politiques de développement affectées sans pour autant se pencher sur un une question essentielle, la place qu’occupe le village en tant que espace dans les politiques d’aménagement du territoire en Algérie.

Il est opportun de rappeler que la Kabylie compte plus de 2000 villages et c’est la majorité de la population Kabyle y vit, ce qui fait qu’on ne peut pas parler de la Kabylie sans évoquer le village qui constitue une cellule de base dans l’armature territoriale de la région or, cette spécificité, qui n’est pas la moindre, n’est pas prise en compte dans sa totale dimension.

Comment ?

Les politiques d’aménagement s’appuient sur des outils que l’on appelle instruments d’aménagement, des schémas ou des plans directeurs qui dessinent les orientations avec des recommandations d’aménagement à cours, à moyen et à long terme, en Algérie nous avons essentiellement , les PAW à l’échelle de Wilaya ( Plan d’Aménagement de Wilaya) au niveau des communes on trouve les PDAU (Plan Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme) et le POS (Plan d’Occupation du Sol) qui se définit comme un plan de détail, document juridique réglementaire qui fixe les règles et les modalités d’urbanisation ou d’occupation du sol à l’échelle d’une localité.

Ces derniers sont censés être les plus concernés par la problématique mais en réalité, ils sont destinés au chef-lieu de commune, quant aux villages, ils ne sont pris en considération que dans une dimension démographique et statistique, le nombre d’habitant, le nombre de ménage et autres données utiles pour l’estimation des besoins de la commune en matière des équipements de base (établissements scolaires, salle de soins de la commune.)

Le développement ou l’aménagement du village dépend donc essentiellement de la volonté de ses habitants organisés autour de la structure traditionnelle Tajma3t, un organe de décision participative censé régler entre autres, les problèmes liés à l’aménagement du village.
De ce fait, les villageois kabyles sont livrés à eux même, à l’exception des équipements ou infrastructure de base, comme l’école, routes, réseau d’électricité, gaz tout récemment pour certains villages réalisés par les autorités, tout le reste est à la charge des habitants qui, non seulement ils financent les travaux par leurs contributions obligatoires mais aussi par leur participation directe à la réalisation des travaux organisés généralement dans le cadre des compagnes de travaux obligatoires (Ticemliyin).

Bien que les kabyles sont volontaires et très attachés à leurs villages en tant qu’espace et lieu de leur vie mais, mais la prise en charge de toutes les problématiques liées à l’espace villageois, s’effectue jusque-là d’une manière aléatoire et spontanée et parfois naïve qui consiste à répondre à l’urgence par des actions correctives ou réparatrices, on répare les routes abimées, on rénove des ruelles et les fontaines on nettoie, on improvise des décharges…etc.

Les structures traditionnelles villageoises impuissantes devant les enjeux environnementaux

Il faut le rappeler que la Kabylie avec ses 2000 villages ,représente l’une des zones montagneuses les plus denses au monde en matière de l’occupation humaine, donc un écosystème fragile et à la proie des contraintes naturelles d’une part et d’un développement anarchique et sauvage de l’autre part.

L’organisation traditionnelle n’a plus les moyens aujourd’hui pour faire face aux problèmes environnementaux aussi colossaux comme la prolifération des dépotoirs sauvages, les pollutions diverses du sol, de l’air et de l’eau, ainsi que les menaces qui pèsent sur l’écosystème (Faune et flore) que ravagent les incendies en chaque période estivale.

Quelques questions s’imposent à l’heure où les conséquences d’une évolution démographique et de toutes les mutations générées par une économie de consommation commencent à atteindre leurs limites :

Le village restera-t-il éternellement géré de cette manière aléatoire ?

Les politiques d’aménagement continueront toujours à ignorer le village en tant qu’espace en le privant d’un plan directeur d’aménagement spécifique ?

Aujourd’hui il y a des villages en Kabylie avec une taille ou un nombre d’habitant supérieur à celui de certaines villes ou chefs lieux de communes, est-il normal qu’ils ne soient pas dotés d’un instrument ou d’un plan d’aménagement ?

Un plan d’aménagement spécifique pour un village, une nécessité absolue

Si le village ne connait pas une dynamique comparable à celle d’une ville, cela ne justifiera pas le fait de le sous- estimer ou de l’ignorer, car c’est un territoire soumis aussi à une évolution dans le temps et dans l’espace, un cadre de vie qui n’est pas à l’abri des mutations, sa reconnaissance en tant qu’espace est primordiale et cela passe par sa dotation d’un instrument ou un plan d’aménagement officiel et adapté pour en finir avec la gestion aléatoire qui ne peut plus faire face aux nouveaux défis.

Un plan d’aménagement villageois inspiré de la méthodologie suivie dans les PDAU basée sur des études techniques multidisciplinaires et réalisé en concertation étroite avec les habitants, constituera un support de développement local et participatif par excellence,

En effet,

Il permettra de recenser les potentialités et les ressources de chaque village afin de mieux les exploiter, de mieux connaître ses contraintes afin limiter voire éviter leurs impacts et leurs inconvénients ;

-Assurera un aménagement réfléchi avec une projection des actions à court, à moyen et à long terme ;

– Il envisagera des actions concrètes pour faire face aux enjeux environnementaux et aux catastrophes naturelles ainsi que les dégâts causés par l’activité humaine.

-Il fixera les règles d’occupation du sol et limitera par conséquence certains litiges qui sont souvent à l’origine des tensions et des conflits entre les villageois ;

Enfin, il obligera les autorités à assumer et assurer la réalisation des actions planifiées comme elles le font à l’échelle des villes ou des centres urbains depuis la nuit des temps pour que la justice soit rendue aux ruraux.

Lyazid Chikdene

Diplômé en Aménagement du territoire et protection de l’environnement USTHB, Alger 2001,

Master II Géographie et Environnement Université Paris VII& Paris VIII 2005.

8 Commentaires

  1. Depuis quand un pseudo et néfaste état de constitution arabique se préoccupe d’un quelconque aménagement de territoire hein?!. Dans l’adn bédouin, le mot aménagement n’avait jamais existé, ils n’ont jamais entendu parlé!. Ils excellent plutôt dans la destruction tout azimut, oui, dans le pillage des ressources, de ma culture, des monuments historiques amazighs, de la flore et des hommes bien entendu. Sachez que l’hydre âne a tout détruit!.. Le beau pays kabyle et son beau environnement n’avaient jamais été, aussi dévasté, que depuis l’avènement du célérat et imposteur pays poste 62?…. Que pouvez-vous attendre ds pilleurs de tombes n’est-ce pas????

  2. Vous dites n’importe quoi! Depuis quand un pseudo et néfaste état de constitution arabique se préoccupe d’un quelconque aménagement de territoire hein?!. Dans l’adn bédouin, le mot aménagement n’avait jamais existé, ils n’ont jamais entendu parlé!. Ils excėllent plutôt dans la destruction tout azimut, oui, dans le pillage des ressources, de ma culture, des monuments historiques amazighs, de la flore et des hommes bien entendu. Sachez que votre hydre âne a tout détruit!.. Le beau pays kabyle et son beau environnement n’avaient jamais été, aussi dévasté, que depuis l’avènement de vôtre célérat et imposteur pays poste 62?…. Que pouviez-vous attendre ds pilleurs de tombes n’est-ce pas????…

  3. Tuer le village pour en faire une ville! quelle solution pour sauvegarder l’âme kabyle en voie d’extinction. Le problème de « l’élite » kabyle(souvent autoproclamée comme telle) c’est qu’elle se complait toujours de noyer le problème de la survie de la kabylité, dans toutes ses dimensions, dans des spéculations, des idéologies et des fantasmes socio-politico-économistes stériles. Le village est l’âme de la Kabylie. Depuis la nuit des temps, Il a toujours su résister à l’adversité et mettre en place des stratégies et des moyens pour sa survie sans s’autodétruire. Le salut du village, et donc de « tamurt leqvayel », est dans la réhabilitation de la souveraineté kabyle…Mendier ces « plans d’aménagement », par exemple, dans un milieu hostile, voire anti-kabyle, ne fait que précipiter l’extinction de l’espèce kabyle. Un Kabyle sans son Assemblée de village n’est plus un kabyle. Une stratégie de survie d’abord, puis des stratégies économico-socio-politico…etc après. La pensée française dominent toujours dans ces « possessions françaises dans le Nord de l’Afrique », devenue définitivement « Algérie » depuis octobre 1839. Elle porte toujours le nom choisi par la France jusqu’à nos jours. A la pseudo-independance, les panarabistes qui la gouvernent depuis 62 ont fait du copier/coller du modèle organisationnel de la France (État « jacobin négateur », formes des institutions…). Le Hirak négationniste 2019 scande « la 2e république » (en imitant vilement la France qui en est à sa 5e) et notre frère dans cet article ouvre le bal vers la forme de village à la Française. Les milliers de républiques villageoises kabyles de nature souveraine vont devenir de vulgaires communes subordonnées au despotisme d’Alger. Notre intelligentsia kabyle est tellement égocentrique, autocratique et complexée d’être kabyle qu’elle désavoue même nos valeureux ancêtres qui ont tout sacrifié pour sauvegarder la spécificité, l’honneur et la souveraineté kabyle. Dommage que peu de Kabyles optent pour la noble stratégie salvatrice de nos ancêtres pour perpétuer l’existence de notre pays et peuple kabyles. Si le village ne retrouve pas son mode organisationnel dont son Assemblée souveraine, tamurt leqvayel sera pour le Kabyle algerienniste ce que les pyramides sont pour l’Égyptien arabe. Qu’est-ce qu’un fleuve sans source? Qu’est-ce qu’un peuple sans passé? V. Hugo.

  4. L’idée que la situation d’aujourd’hui et qui est devenu visible depuis bien des années en Kabylie, à moins de vouloir se voiler la face, à savoir le peu d’industrie, d’infrastructures, de créations de poste de travail, de mise en oeuvre d’un plan digne de ce nom de développement dans cette région, relève d’une volonté délibérée des autorités de mettre à genoux la Kabylie, de disperser sa population, de l’arabiser et l’islamiser, et in fine de faire disparaitre cette « specificité » kabyle de l’oumma arabo-musulmane, cette idée ne vous effleure point…. êtes-vous aveugle à ce point ? A moins que vous ne participiez à ce jeu trouble et complice, trop éculé, néanmoins…
    Nous ne sommes point dupes, monsieur.

  5. Chacun d’entre nous doit se mêler sérieusement , c’est une question de survie , loin des yeux loin du coeur, la Kabylie appelle ses enfants qui sont depuis toujours éparpillés dans le monde.

  6. Tanemmirt a mass Lyazid, c’est un excellent article. Celui qui n’avance pas recule. Continuez s’il vous plaît a proposer des plans afin de moderniser nos structures. N’en déplaise aux ataviques. Les résultats parlent d’eux même.

  7. Tous les villages Kabyles avaient été construit à la hâte sous l’invasion des bnou-Hillals génocidaires du XI e siècle dont chacun à son histoire et son origine d’où il vient ?
    Je me souviens de nôtre premier village fortifier construit sur une colline dont la vue à 380 degré pour éviter l’intrusion de l’ennemis à l’époque bnou-Hillals . Celui-ci brulait au XV e siècle sous l’occupation ottomanes, puis reconstruit environ deux km plus bas mais la peste noire du XVII e siècle avait fait fuir les villageois mais en reconstruisant un autre village encore plus bas mais en restant dans la même région qui était pas très accessible aux ennemis de l’époque en l’occurrence les Turcs.
    Aujourd’hui la Kabylie la protestante est toujours dans la mire des arabisants pour nous imposés la façon d’être et la façon de penser comme les bédouins d’Arabie!
    Aujourd’hui la plupart des Kabyles « maîtres à penser » se sont tous sauvés à l’étranger avec une nouvelle vie (loin des yeux loin du cœur) dont la plupart ne se contente pas seulement de s’intégré mais plutôt assimiler en devenant plus Français que les français ou plus Anglais que les anglais etc…

  8. Très content d’être un expatrié et un exilé. Nos ancêtres nous ont trahi avec les turcs-ottoman qui les ont islamisés au 17ème siècle, nos parents nous ont trahi en 1962 en acceptant de nous mettre sous la tutelle d’arabo-islamistes venus du Maroc et même d’Égypte. Nos élites nous trahiront encore en acceptant encore des compromis avec les mêmes imposteurs et usurpateurs, sans parler de sa majesté le sultan M6 qui rêve d’étendre son royaume loin vers l’Est, et qui y parviendra bientôt si vous voulez mon avis, avec l’aide des ricains. Fuyez malheureux !!

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