Le temps circulaire et cyclique en kabyle – Azemz

Le système verbal kabyle, comme celui des autres langues amazighes, est souvent décrit par les linguistes comme étant davantage basé sur l’aspect que sur le temps (Chronos).

C’est-à-dire qu’il est plus important de savoir si l’action est accomplie ou en cours/habituelle que de savoir si elle s’est déroulée hier ou demain (passé, présent, futur).

Le système repose principalement sur trois thèmes verbaux :

Thème VerbalDescription et ValeurConception Temporelle
1. Le Prétérit (Accompli)L’action est vue comme achevée, réalisée (l’équivalent du Passé Composé ou du Passé Simple en français).Le temps passé (action terminée, effective).
2. L’Aoriste Intensif (Inaccompli)L’action est vue comme en cours, habituelle, itérative ou durable.Le temps présent (actuel ou habituel) et l’imparfait (passé en cours).
3. L’Aoriste (Nu)Utilisé seul pour l’Impératif ou avec la particule ad/a pour exprimer ce qui est non encore réalisé.Le temps futur (ad + Aoriste) et l’expression de l’éventualité ou du souhait (potentiel/modal).

C’est l’achèvement ou l’inachèvement (l’aspect) qui organise la conjugaison, et non le moment précis sur la ligne du temps (la temporalité est souvent précisée par des adverbes comme dassa « aujourd’hui » ou azekka « demain »).

Le temps traditionnel (culturel : les cycles et les rythmes – Aîon)

Dans la culture traditionnelle kabyle (et amazigh), le temps n’est pas qu’une ligne droite ; il est aussi et surtout cyclique, lié aux rythmes de la nature et de l’agriculture. Cette conception se rapproche du concept grec d’Aiôn (temps cyclique, éternité) ou même d’une forme de Kairos (temps des saisons, des moments opportuns).

C’est une excellente question qui nécessite de distinguer la conception du temps à travers la structure de la langue (linguistique) et celle à travers la culture et la tradition (anthropologique/philosophique).

Le Temps Kairos – La mémoire et l’Éternel immuable

Dans la tradition amazighe, l’existence d’une lignée et la référence aux Ancêtres est primordiale. Les ancêtres ne sont pas simplement dans le passé révolu ; ils coexistent symboliquement et spirituellement avec le présent.

  • L’individu se situe dans une chaîne ininterrompue où le passé est un socle essentiel.
  • Le temps n’est pas une simple perte, mais un renouvellement permanent au sein d’un ordre cosmique.

En conclusion, la conception du temps en Kabylie est riche et duale :

  • Au niveau linguistique (la parole) : elle est principalement chronologique et aspectuelle (accompli/inaccompli) pour décrire les actions.
  • Au niveau culturel (la tradition) :elle est cyclique et rythmée (Aiôn/Kairos), s’inscrivant dans la continuité de la nature et de la lignée.

Le kabyle/amazigh est une langue qui exprime une conception du temps plus vaste et moins linéaire que le temps chronométrique occidental (le Chronos pur), intégrant des dimensions cycliques et qualitatives (Kairos/Aion).

Le mot azemz en kabyle signifie le temps au sens général : le temps qui passe, la notion de durée, la dimension temporelle.

Mutation du vivant temporel

MotSensIdée associée
azemzle tempsmouvement continu, cycle
azemzumla vibrationrésonance, rythme interne du vivant, fréquence
azremle serpenténergie vitale, cycle, régénération

Par Yufitran (Tifin)

Un commentaire

  1. Merci pour ce très bon travail. Très instructif. Bonne continuation pour la suite de votre projet. Tanemmirt !

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