La Kabylie visée par l’acharnement judiciaire de l’État algérien

L’État algérien utilise son appareil judiciaire pour réprimer la Kabylie, qui résiste à son oppression. Depuis 2021, le régime algérien a multiplié les actes arbitraires contre les voix dissidentes, les humiliant et les privant de liberté.

Dans l’affaire dite de Larbâa nat Yiraten, le régime a condamné des dizaines de personnes à des peines de prison ferme, dans une démonstration de sa répression anti-amazigh.

Déclaration de Tamazgha

Le régime algérien, par le biais de son bras répressif le DRS, vient de clore en un temps record le dossier de l’assassinat du jeune Djamel Bensmaïl en condamnant à la peine capitale 38 personnes et en prononçant des peines allant de 3 à 20 ans de prison ferme pour 27 autres.

Ils sont accusés « d’actes terroristes et subversifs attentatoires à la sécurité de l’État, à l’unité nationale et à la stabilité des institutions« , de « délit de participation à un homicide volontaire avec préméditation « , de « délit de complot, de mise à feu volontaire des forêts ayant entraîné la mort de plusieurs personnes« , de « délit de torture et de discours de haine« . Ces chefs d’inculpation, aussi fantasmatiques les uns que les autres, poursuivent le processus de terrorisation, d’intimidation et s’inscrivent officiellement dans une démarche idéologique d’anéantissement de la Kabylie, peuple, langue, culture et civilisation. Sinon à qui veut-on faire croire que de jeunes citoyens, insérés socialement, sans maladies psychiatriques, auraient mis le feu de manière volontaire à des forêts entourant leurs propres villages causant ainsi la mort de citoyens dont leurs familles et voisins ?

C’est par ce que nous ne sommes pas dupes que Nous dénonçons cette parodie de « justice » outil de répression et d’oppression qui s’inscrit, une fois de plus, dans un programme de répression multiforme que connaît la Kabylie depuis 1962 : intervention militaire en 1963 (400 morts) ; le printemps berbère de 1980 ; les manifestations du printemps 1981 ; celles de juin 1998 suite à l’assassinat de Matoub Lounès, et surtout celles du « Printemps noir » de 2001-2002 qui seront sévèrement réprimées et se solderont par au moins 130 morts et des milliers de blessés.

La neutralisation de la Kabylie sur tous les plans et à tous les niveaux (politique et culturel) obéit à une feuille de route qui trouve ses racines dans un contentieux vieux de plus de 70 ans. Le refus de la Kabylie d’avaliser des décisions et des politiques d’une caste mue par l’entre-soi, le refus de la Kabylie de participer aux élections (0,20 % à la dernière élection présidentielle), la tenace défiance vis-à vis du régime algérien, telles sont, entre autres, les raisons de sa criminalisation. La Kabylie, de ce fait, représente pour le régime, ses suppôts (kabyles compris) et clans confondus, l’ennemi intérieur à abattre, à instrumenter. Après l’abandon au temps du Covid, des incendies de forêts qui se sont soldés par des centaines de morts et des milliers de blessés, s’en suit une répression judiciaire inédite aboutissant à des centaines d’arrestations et de condamnations allant jusqu’à la peine capitale.

Le complot fomenté par le DRS à Larbâa Nat Yiraten s’est soldé par l’orchestration de l’assassinat du jeune hirakiste Djamel Bensmaïl. Des documents divers : témoins oculaires, vidéos, audios et photos attestant de ce meurtre dans le fourgon de la police sont en circulation virale sur les réseaux sociaux, les individus impliqués étaient visibles et identifiables.

Le régime algérien, par le biais de son bras armé le DRS, avait décidé d’inculper plus d’une centaine de citoyens, certains n’étaient même pas présents sur les lieux au moment du drame. Des aveux ont été extorqués par des traitements inhumains, par la torture et les menaces de tout genre.

La machine répressive a usé de diverses manipulations : dérapages judiciaires, propagande, contrôles, recrutement massif d’informateurs, déshumanisation des inculpés, falsification des dépositions, probable influence exercée sur la personne du père du défunt à qui nous renouvelons nos condoléances, qui reviennent sur sa position initiale et qui se constitue partie civile. Ce rebondissement survient après que la famille ait accepté de recevoir une délégation de personnalités religieuses kabyles et reçu une somme importante d’argent en guise de compensation…

Tamazgha (ONG) dénonce cette tartuferie judiciaire. Nous considérons que le procès nauséabond intenté aux citoyens de Larbâa Nat Yiraten aurait dû, devrait être, celui des éléments du DRS identifiables et principaux responsables du drame qui a ôté la vie de Djamal Bensmaïl. Nous condamnons cette énième agression physique, psychologique et judiciaire mensongère envers la Kabylie. Nous considérons que par ce verdict, le régime algérien condamne la Kabylie tout entière pour ce qu’elle est. Nous considérons également que la justice est inexistante et elle est loin d’être celle qui doit être rendue au nom du peuple ; l’appareil judiciaire de l’État algérien est un outil instrumentalisé et mis au service d’une caste revancharde, cette même caste qui refuse, par exemple, de poursuivre l’enquête et juger les assassins de Lounès Matoub en 1998, celle qui refuse de juger les assassins et les commanditaires du massacre du Printemps noir 2001.

Nous déplorons le traitement de cette affaire par la presse notamment française qui n’a fait que reproduire les communiqués de l’APS, la voix de la dictature algérienne au détriment de la déontologie et de la pacification.

Nous appelons les instances internationales des droits de l’Homme à intervenir pour la libération immédiate et sans conditions de tous les détenus politiques et d’opinion de Kabylie et parmi eux ceux inculpés dans l’affaire dite de Larbâa Nat Yiraten.

Tamazgha (ONG),

Paris, le 27 octobre 2023.

Rédaction Kabyle.com
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