La Françalgérie ou la politique néocoloniale de la France

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François Lecointre

A la stupéfaction générale, la police française a convoqué le 18 mai 2021 dans un commissariat de police de Paris, Monsieur Ferhat Mehenni, Président du Gouvernement Provisoire Kabyle (GPK) en exil et du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK). Après quelques heures passées dans les locaux de la police parisienne, Monsieur Mehenni est sorti libre et sans qu’aucune poursuite ne soit engagée contre lui. Le lendemain, devant la presse, Ferhat Mehenni a déclaré « ignorer tout de cette affaire » et son avocat a précisé que la police a entendu son client au sujet de sa carte bancaire qui aurait été utilisée de manière frauduleuse par « une bande organisée » et que Monsieur Mehenni était victime d’un acte malveillant.

Ferhat Mehenni est un homme politique kabyle réfugié en France depuis une quinzaine d’années où il poursuit son combat politique pour le droit à l’autodétermination de la Kabylie dans un cadre légal. Monsieur Mehenni jouit d’une solide réputation d’honorabilité et d’humanisme qui font de lui un homme très respecté même par celles et ceux qui ne partagent pas ses idées et son projet politiques. Jusqu’à preuve du contraire, il ne peut être soupçonné du moindre manquement, ni à la morale, ni au droit.

Les autorités françaises savent tout cela et ont cependant convoqué M. Mehenni mais sans avoir rien trouvé à lui reprocher. Aussi, sommes-nous en droit de nous interroger sur la légitimité de cette convocation et sur ses réels motifs ?

Pour de nombreux observateurs avisés, ces motifs sont très certainement liés aux relations franco-algériennes et notamment au fait que les autorités algériennes ne cessent de presser le gouvernement français de faire taire Ferhat Mehenni et de mettre fin aux activités du Gouvernement Provisoire Kabyle et du Mouvement pour le droit à l’Autodétermination de la Kabylie en France.

De fait, la convocation de M. Mehenni par la police parisienne a été précédée par un certain nombre d’évènements très récents qui ont tous un lien direct ou indirect avec cette affaire.

Le 22 mars 2021, Emmanuel Macron, président de la république française promulgue la convention d’extradition entre la France et l’Algérie. Cependant, Ferhat Mehenni n’est pas extradable car il bénéficie de la protection de la convention de Genève qui prévoit qu’un réfugié ne peut pas être renvoyé dans un pays où sa vie ou sa liberté seraient gravement menacées.

Le 8 avril, François Lecointre, chef d’Etat-major des Armées françaises, effectue une visite en Algérie où il a eu des entretiens notamment avec son homologue algérien. Pour les généraux algériens honnis par le peuple, cette visite vaut reconnaissance et au moins un soutien moral.

Le 25 avril, le ministère algérien de la défense publie un communiqué dans lequel il accuse le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie d’être « impliqué dans la planification d’attentats et d’actes criminels » en Algérie mais sans apporter le moindre élément de preuve pour étayer ces graves accusations. Ferhat Mehenni, Président du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie a immédiatement réagi en qualifiant les allégations du ministère algérien de la défense de « mensonge » et en réaffirmant le caractère pacifique de son mouvement.

Le 11 mai, la presse algérienne rapporte que « le président algérien Tebboune a reçu un appel téléphonique de son homologue français Emmanuel Macron. Ce n’est pas la première fois que les deux chefs d’Etats s’entretiennent par téléphone. Le président français s’est d’ailleurs engagé depuis un certain temps déjà, à « faire tout son possible pour aider le président Tebboune », alors que celui-ci est arrivé au pouvoir malgré une abstention de 60% en Algérie et un historique zéro vote en Kabylie. De plus, M. Tebboune ne représente que la façade civile d’un régime toujours fermement tenu par une junte militaire. Les généraux algériens ne se cachent d’ailleurs pas d’être les seuls et vrais décideurs dans tous les domaines, y compris dans la mise en œuvre de la
répression permanente exercée contre des manifestants pacifiques et dans la stratégie de destruction de la Kabylie.

Le 18 mai, soit le jour même de l’audition de Ferhat Mehenni au commissariat de police de Paris, le Haut conseil de sécurité algérien, composé essentiellement de militaires mais présidé par le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune, a décidé de classer le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK) comme « organisation terroriste ». Pour les Kabyles, partisans du MAK ou pas, cette décision insensée est nulle et non avenue car il est de notoriété publique que ce mouvement agit depuis sa création suite au printemps noir de l’année 2001 en Kabylie, de manière démocratique et pacifique. En réalité, les généraux algériens visent tous les Kabyles et la Kabylie en tant que territoire et peuple distincts.

En conclusion il apparaît clairement que la France appuie le régime militaire algérien et semble même se soumettre à tous ses desiderata. Ce faisant, la France partage la responsabilité de toutes les actions répressives et les menaces non voilées des généraux algériens contre la Kabylie.

Cela inquiète beaucoup la communauté franco-amazighe forte de deux millions de membres dont un million de Franco-Kabyles. Cette communauté souhaite et soutient la coopération et l’amitié entre les peuples mais n’acceptera jamais que la France soit l’amie d’une dictature militaire comme celle qui sévit en Algérie depuis soixante ans et qui ne laisse d’autre alternative aux citoyens que la répression, la mort ou l’exil.

Aux côtés de la communauté franco-amazighe, le Congrès Mondial Amazigh (CMA), organisation internationale non gouvernementale de protection et de promotion des droits des Amazighs, demande instamment au chef de l’Etat français et au gouvernement français de cesser sans délai leur soutien au régime militaire algérien. La France que nous voulons est celle qui doit instaurer des relations équitables avec les pays tiers et rester fidèle et respectueuse des principes démocratiques et des droits de l’homme et des peuples, quoi qu’il lui en coûte.

Le CMA qui suit de très près la situation préoccupante en Algérie et particulièrement en Kabylie, ne manquera pas d’alerter à chaque fois que nécessaire la communauté franco-amazighe qui sera appelée, notamment lors des scrutins électoraux, à sanctionner positivement ou négativement le gouvernement français.

Paris, le 24/05/2021
Le Bureau du CMA.

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