Interview – Auguste NGOMO : « Massinissa m’a fait découvrir une toute autre partie de l’Afrique »

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Auguste Ngomo

Partager, c'est prendre soin de notre culture !

Monsieur Auguste NGOMO, merci infiniment  de nous avoir accordé cette interview ! Pour commencer cette interview, une petite présentation pour nos chers lecteurs.

Auguste NGOMO : C’est un plaisir pour moi d’avoir cette interview dans votre journal “Kabyle.com” et donc d’avoir cette première opportunité de parler de ce roman historique. Je m’appelle Auguste Ngomo et j’aime à dire que je suis un Africain né au Gabon en 1970. J’ai fait toutes mes études au Gabon et j’ai finalisé mon cursus scolaire par l’obtention de diplômes supérieurs en gestion et management en France (Angers et Nantes). Je travaille actuellement pour le continent africain dans une organisation panafricaine.

Je suis passionné par deux choses : le passé et le futur. Cela peut paraître étrange d’aimer à la fois ce que l’on sait déjà ou que l’on croit savoir et aussi ce que l’on ne sait pas encore. Mais un vieil adage africaine dit « Qui ne sais pas d’où il vient, ne sais pas où il va ». D’une autre manière on peut dire que celui qui ne connait pas son passé, ne pourra jamais accomplir son futur car il sera toujours balloté par les croyances et les histoires des autres. Soyons plus spécifiques, je suis passionné par l’histoire méconnue de l’Afrique, surtout celle d’avant l’esclavage et la colonisation et par son futur. Pour assurer aux africains un futur plus digne et plus intéressant, je me suis dit qu’en lui restituant des parties de son passé véritable et glorieux je lui injecterais plus de fierté, de courage, de détermination et d’estime de soi. Nous devons écrire nous-mêmes notre passé, nous devons pour toujours le graver dans le marbre pour nous et les prochaines générations. Et en le faisant nous ne serons plus à la merci de certains conteurs de fausses histoires. Mais pour restituer notre histoire aux africains et au monde il faut quand même la rendre agréable à lire, j’ai choisi le roman historique comme genre littéraire car il permet aussi à l’imagination de s’exprimer.  

Vous venez de publier un roman historique “Massinissa, la légende “. Comment est-elle venue cette idée ?

Rappelez-vous, ma modeste ambition est, à travers des romans historiques, de restituer aux africains l’histoire de l’Afrique de manière intéressante, percutante et agréable à lire. Pour atteindre ces objectifs il me fallait donc des personnages réels, denses, complexes et intéressants. Des personnages qui nous donne envie de nous surpasser car ils ont des valeurs morales et spirituelles qui nous donnent envie de nous identifier à eux et donc à devenir nous-mêmes aussi des africains de légende. Il me fallait donc des personnages qui avaient vécu a l’époque pré-esclavage et précolonial, des personnages pas trop connu des africains, ce qui permettrait aux africains qui liraient ce roman d’enrichir leurs connaissances historiques et culturelles. Quand vous parlez de cette époque ancienne, deux grandes périodes viennent en tête : l’Égypte ancienne et l’époque romaine.

Je me suis progressivement intéressé aux guerres puniques entre l’empire carthaginois et l’empire romains. Sachant que l’empire Phenicien de Carthage se trouvait en Afrique je me suis demandé quel rôle avait pu jouer les africains dans ce combat titanesque dont l’issue finale, la défaite de Carthage, changea l’histoire de cette partie du monde ?

Et dans mes recherches un personnage unique, puissant, légendaire, incroyable émergea des cendres du passé, un homme venant de l’incroyable peuple des Amazigh se révéla à moi : Massinissa. Plus je lisais sur lui, plus je croyais le connaître et plus il devenait impossible de ne pas écrire sur lui. Écrire sur le légendaire Massinissa me semblait tout naturel. «Massinissa, la Légende» est mon premier roman historique. Cet homme unique, mort il y a plus de 2100 ans m’a fait découvrir toute une autre partie de l’Afrique, une culture, de la musique et un peuple formidable les Amazighs, celui de Massinissa, Jugurtha, Dihia. Comment un peuple peut-il produire autant de personnages uniques, légendaires et de belles histoires à raconter?

Avez-vous déjà eu l’opportunité de participer dans des salons de livres ou d’animer des conférences pour faire connaître votre roman et en parler ?

Mon livre a été publié le 1er septembre 2019 en France par les Editions Baudelaire, que je souhaite remercier ici pour leur confiance. En Septembre, nous étions déjà à la fin de l’année 2019 et après, le monde a basculé dans l’étrange année 2020 ou presque rien n’a été possible. Donc pour répondre à votre question, je dirais non je n’ai pas eu l’opportunité de participer à des salons de livres ou d’animer des conférences sur ce livre. L’avantage des romans historiques est qu’ils ne vieillissent jamais, ils sont toujours d’actualité, j’espère donc en faire en 2021 et après.

Pensez-vous que le moment est venu pour que les africains s’approprient leur propre Histoire et passent de l’orale à l’écrit ?

Oui absolument. Nous devons le faire courageusement, sans gêne et sans honte. Et si le faire par l’approche purement historique nécessite des règles strictes et une méthodologie académique incontestable, nous pouvons utiliser la voie plus libre et plus créatrice de la littérature. Trop longtemps nous avons été incapables de le faire ou nous avions eu peur de contredire les autres.

Nous avons alors laissé à d’autres le soin d’écrire notre histoire à leur convenance et parfois aussi à avilir la mémoire de nos héros et donc de nous avilir. Nous avons laisse salir la mémoire de nos ancêtres.

Pour certains la culture et l’histoire sont malheureusement devenus des outils de domination civilisationnelle, ce qu’ils n’auraient jamais dû devenir. Comme vous le savez, beaucoup de nos écrits ont été détruits par le temps et par les œuvres des hommes mais grâce à notre résilience culturelle, beaucoup a aussi été conservé à travers notre culture orale. Il est grand temps que nous nous réapproprions notre histoire et que nous la transmettions de manière agréable à nos enfants, aux générations futures et même au monde. Mais cette fois par écrits.

Avez-vous d’autres projets d’écriture ?

Oui beaucoup. J’écris en parallèle plusieurs romans historiques et une fiction africaine. Mes fils m’ont conseillé, après mes recherches historiques, d’écrire uniquement sous inspiration. Hors le propre de l’inspiration est qu’elle va et vient, indépendamment de notre volonté. Donc quand mon inspiration est bloquée sur un livre, elle s’ouvre sur un autre.

Je saute alors d’un livre à l’autre et bien sûr ça prend plus de temps d’écriture mais à l’arrivée écrire devient agréable pour moi car je voyage beaucoup dans le passé, le futur et dans de nombreuses cultures africaines.

En ce moment j’écris sur deux personnages historiques : Piankhy, le pharaon noir, fondateur de la 25e dynastie égyptienne ; Le Mansa Abu Bark II, empereur du Mali qui abdiqua en faveur du célèbre Kankan Mussa pour en 1312 traverser l’Atlantique et découvrir avant Christophe Colomb les Amériques. Et pour la fiction je regarde l’Afrique en 2150 après une tentative de recolonisation. Comme vous le voyez des projets d’écritures existent et le plaisir aussi.

Un dernier mot pour conclure ….

Gestionnaire de formation j’ai longtemps cru que le développement économique et financier était primordial pour l’avenir des hommes et des nations, mais avec l’âge et l’expérience j’ai compris qu’en fait c’est la culture qui est fondamentale. La culture vous définit en tant qu’être vivant. Les humains vivent toujours dans une culture, dans une histoire.

Si vous ne vivez pas votre culture alors vous vivez dans celle des autres et en conséquent vous aurez toujours du mal à vous définir car vous vous définissez par rapport aux autres. Comment un être qui ne sait pas qui il est, ce qu’il veut fondamentale peut penser sereinement à un modèle de développement économique et civilisationnel ? C’est impossible et vos modèles seront toujours celui de l’autre et vous attendrez toujours ses propres progrès pour l’imiter. Qui sommes-nous ? Que voulons-nous ? Où voulons nous aller ? Notre histoire, enfouie dans de tonnes de gravats, nous donne les clés de notre futur. A nous ne nous retrousser les manches et à nous reconstruire pour un meilleur futur.

Interview réalisée par Amar BENHAMOUCHE

auguste ngomo massinissa Kabyle.com
Massinissa – La Légende, Editions Baudelaire

7 Commentaires

  1. Massinissa était numide, un authentique berbère nord-africain, et je connais bien son histoire, petite précision qui a son importance. Et je n’ai pas l’intention de re-découvrir une autre version faussée de son histoire à travers un roman fiction dont l’auteur fantasmerait un Massinissa sub-saharien venu de je ne sais où. Les romains de l’antiquité l’ont représenté à l’identique sur des mosaïques romaines à la peau blanche, et la propagande du cinéma américain hollywoodien le représente à la peau noire, à vous de juger. Les romans ne sont pas des livres d’histoire, et les romanciers ne sont pas des historiens, mais tout au plus les auteurs de leur vision fantasmée et biaisée de ce qu’ils veulent faire croire.

  2. Massinissa n’est pas une légende, mais un personnage bien réel de l’histoire antique de la Numidie. Il a réellement existé, tout comme Jugurtha et Juba. Alors pourquoi chercher à réécrire son histoire, puisqu’elle a déjà été écrite au travers les récits antiques notamment des romains qui l’ont combattu? Quel lien y’ aurait-il selon vous entre ce peuple numide particulier d’Afrique du Nord avec les autres peuples d’Afrique, tenté si bien qu’il puisse y avoir un lien ?

  3. Quel est le rapport entre la Numidie et le Gabon ? Ces deux peuples se sont-ils jamais rencontrés ? Il n’y a pas une Afrique, mais des Afriques (Bernard Lugan). Pourquoi cherchez-vous à vous approprier l’histoire d’un autre peuple qui n’a jamais côtoyé le vôtre? Dans quel but réinventez-vous l’histoire de Massinissa à travers un roman fiction, n’est-ce pas là une forme de falsification de l’histoire ? Que cherchez-vous à nous faire croire ?

  4. En dehors des interventions d’Ablate et Arzaz les premiers commentaires donnent vraiment la nausée. Je remercie Amar et Auguste NGOMO pour leur échange, combien précieux pour faire rayonner nos cultures et rapprocher les peuples. Citer un auteur racialiste, Abziz, n’est guère glorieux. Le terme Légende est synonyme du mot fabuleux : Zinédine Zidane est une légende du foot par exemple… Nous devons aller de l’avant!

  5. Je doute fort que ceux qui critiquent de façon aussi grossière ce roman historique soient des Amazighs.
    Il s’agit probablement d’adeptes de la takya qui viennent ici vomir leur haine aussi bien des Amazighs que des Africains non Amazighs qui sont nos frères et avec qui nous avons tellement de points communs.
    N’en déplaise à certains, le roman historique fait partie d’un genre littéraire particulier. Il n’a pas la prétention d’être un récit historique, ou un roman, c’est un genre particulier qui a ses règles et ses lecteurs. Je ne vois donc l’utilité de critiquer sans genre littéraire qui s’affirme tel quel sans vouloir tromper personne.
    Je remercie M. Ngomo pour son initiative, pour l’intérêt qu’il porte à notre passé amazigh et pour sa volonté d’unir les peuples africains autour de valeurs d’humanisme et fraternité.
    Nous devons apprendre des autres et notamment ceux qui apprennent de nous sans rien nous demander, sauf le plaisir qu’ils ont a partager notre héritage commun.
    J”invite ceux qui passent temps leur a critiquer pour semer la zizanie, à faire de même que M. Ngomo et si eux considère que Massinissa mérite mieux ou autres chose, ils n’ont qu’à se retrousser les manche et à produire au lieu d’éructer comme cet animal qui vit dans une porcherie et qui tous jours se barbouille dans gadoue et dans son vomis
    Merci encore à l’initiative de M. Ngomo et c’est avec un grand plaisir que j’achèterais son livre.

  6. @azul fellawen : droit de réponse.
    Peut-on encore exprimer un point de vue sur KC sans se prendre une volée de bois vert, et quelques crachats?
    Êtes-vous réellement ouverts à la critique et à la polémique, j’en doute. Mon intention n’a jamais été d’offencer qui que ce soit, et j’adresse un grand merci à Mr Auguste NGOMO de l’intérêt qu’il porte à un personnage amazigh aussi illustre que Massinissa et à l’histoire antique de mes ancêtres, je souhaitais simplement mettre en garde de ne pas trop la déformer, car cela reviendrait à la falsifier. Et je pense que l’histoire des amazighs en général, et des kabyles en particulier, a déjà eu son lot d’histoire falsifiée. Vous connaissez beaucoup d’historiens contemporains qui se sont autant intéressés à l’histoire des berbères comme Bernard Lugan ? Il a au moins ce mérite, et ses livres ne sont pas inintéressants. Aujourd’hui beaucoup de romans sont écrits et auto-édités par des romanciers en herbe, et je souhaitais juste préciser qu’un roman est une fiction, avec des personnages fictifs et imaginaires, et en aucun cas une histoire vraie. Et il se trouve que Mr NGOMO a pris pour personnage principal dans son roman un personnage réel : Massinissa. Prendre un personnage réel de l’histoire antique et en faire le personnage principal d’un roman m’a paru étrange. Voilà merci d’avoir écouté mon opinion.

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