Accueil Blog

Une rue Bugeaud à Lyon ravive les débats

0
Grottes Dahra

Une pétition « Plus de nom de rue Bugeaud à Lyon, qui est une infâmie ! » lancée par Malika BENARAB ATTOU une femme politique française ancienne député européenne, a déjà recueilli plus de 899 signatures.

Le but de cette action est de sensibiliser la ville de Lyon dirigée par Grégory Doucet (EELV Europe Ecologie Les Verts) pour faire retirer une rue au nom du maréchal Bugeaud (1784-1849) dans le 6ème arrondissement. Cet officier de la conquête de l’Algérie des années 1840 est le tortionnaire et commanditaire des premières enfumades en Kabylie et en Algérie, des massacres perpétrés en enfermant les populations dans des grottes et en y mettant le feu. Les colonnes infernales de la République Française se sont rendus coupables des mêmes crimes lors des guerres de Vendée (1793-1800).

Rappelons que dans son article  » La guerre des montagnes », paru en avril 1851 dans la Revue des deux mondes, François Ducuing décrivait les campagnes militaires du maréchal Bugeaud et parlait des Kabyles en ces termes : « Tous les Kabyles sont fiers de leur indépendance, qui a résisté jusqu’ici à toutes les invasions. Ce sont eux aussi que nous avons trouvé à tous les pas de notre conquête pour nous disputer la possession de toutes les vallées et tous les passages de montagnes« . Bugeaud avait aussi déclaré dans un discours à la Chambre, le 24 janvier 1845 : « J’entrerai dans vos montagnes ; je brûlerai vos villages et vos moissons ; je couperai vos arbres fruitiers, et alors ne vous en prenez qu’à vous seuls. » Comment les Kabyles de France peuvent-ils ne pas se sentir concernés par ce qui touche de près à leur histoire ?

Pour autant bien que sincère, ce discours, en éludant les autochtones, en l’occurrence le peuple Kabyle, perd une nouvelle fois en force et en crédibilité. Écartés du dialogue franco-algérien, d’une certaine théâtralité complice entre États-Nations, les Kabyles de France sont très éloignés de cet état d’esprit de repentance. Les Kabyles n’ont pas oublié les nombreux déportés. Ils continuent d’honorer la mémoire d’Ahmed Cherchari guillotiné à Lyon. Faut-il néanmoins s’inscrire dans un discours qui constitue le terreau du FLN, adopter une posture indigéniste la question reste ouverte et mérite débat.

Pétition Débaptisons la rue Bugeaud à Lyon

« Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, fumez-les à outrance comme des renards » le 11 juin 1845, à la suite de la première enfumade, le général Bugeaud, commandant en chef, conseillait cela à ses subordonnés pour réduire les partisans de l’émir Abdelkader peuplant la région du Chélif.

Bugeaud fut l’étendard de la politique de terre brûlée en Algérie.

Des milliers d’Algériens, y compris des femmes et des enfants, furent enfumés ou emmurés dans les grottes d’Algérie : les populations civiles se réfugiaient souvent dans des grottes pour échapper aux combats. Des centaines d’entre eux y perdirent la vie dans ces conditions atroces.

Interpellé sur ces horreurs, à la Chambre des Pairs, le général Bugeaud en assuma la responsabilité.

Comment peut-on continuer à honorer ce funeste personnage en affichant son nom sur une rue du 6è arrondissement de Lyon ?

Cette année 2022, après la visite de coopération du Président français Macron en Algérie et alors que les Algériens, et leurs amis, fêtent le 60è anniversaire de l’indépendance de leur pays chèrement acquise, il est temps de refonder les relations entre nos 2 peuples sur les valeurs communes de fraternité et d’anticolonialisme.

Honorons les personnalités qui peuvent contribuer à cela :

Gisèle Halimi (avocate des militantes et militants du FLN durant la guerre d’indépendance)

Germaine Tillion (résistante, universitaire, médiatrice entre le FLN et le gouvernement français)

Jacques Pâris de Bollardière (seul officier supérieur en fonction à avoir condamné ouvertement l’usage de la torture pendant la guerre d’Algérie)

Albert Carteron (prêtre lyonnais à la tête du réseau de soutien du FLN à Lyon)…

Monsieur le Maire de Lyon, Mesdames et Messieurs les Conseillères et Conseillers municipaux lyonnais,

Il existe de nombreuses personnalités qui font honneur à nos valeurs et méritent d’avoir leurs noms sur les lieux publics de notre ville, en hommage à leur courage et leur humanisme.

Il ne s’agit pas de nier l’histoire (Pétain a-t-il une rue à son nom ?) mais de choisir qui honorer et ce dans la volonté de bâtir une coopération fraternelle entre la France et l’Algérie.

Nos jeunesses ont besoin de connaître ces personnalités et de savoir qu’elles ont porté des valeurs qui nous sont communes.

Plus de nom de rue Bugeaud à Lyon, ce qui est une infâmie !

Malika BENARAB ATTOU

Ex-Eurodéputée

Présidente de l’association GAME

Lyon, le 5 octobre 2022

Source de la pétition

Le régime fasciste algérien condamne Ferhat Mehenni à la perpétuité

0
Ferhat Mehenni Bellabaci Aksel

La peine d’emprisonnement à perpétuité a été prononcée à l’encontre de Ferhat Mehenni ce lundi 14 novembre par un tribunal d’Alger. Selon l’agence de presse d’Etat, Algérie Presse Service (APS), le tribunal de Dar El Beïda a condamné par contumace le président du gouvernement provisoire kabyle en exil « pour création d’une organisation terroriste et atteinte à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale».

En mai 2021, le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie est été classé « organisation terroriste » par le régime totalitaire algérien.

Tous les militants et sympathisants du MAK encourent la réclusion à perpétuité en vertu de l’article 87 bis 6 code pénal qui punit «tout Algérien qui s’active ou qui s’enrôle à l’étranger dans une association, groupe ou organisation terroriste ou subversif » ou dont les activités nuisent aux intérêts de l’Etat algérien qui tient à se définir dans l’idéologie arabo-islamique.

Des centaines de militants du mouvement culturel kabyle se trouvent emprisonnés et condamnés dans des procès « expéditifs et des condamnations surréalistes » pour « délit de kabylité » et pour « avoir porté atteinte à la sécurité de l’Etat, l’unité nationale, la stabilité et le fonctionnement normal des institutions ».

Dans une inversion accusatoire, la junte au pouvoir prétend même que Ferhat a commandité les feux de forêts qui ont ravagé la Kabylie durant l’été 2021.

Présent au Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU à Genève, le 11 novembre dernier, Ferhat Mehenni a dressé un réquisitoire contre l’Etat Algérien l’accusant de mener un «génocide du peuple kabyle», de «coloniser la Kabylie».

Ce régime fasciste algérien est le même qui a assassiné les pères de la révolution du 1er novembre 1954 Krim Belkacem à Franckfort, Mohamed Khider en 1967 à Madrid et les opposants démocrates Ali Mécili en 1987 à Paris et plus récemment Kameleddine Fekhar à Blida en 2019.

Le régime algérien se prend la gifle par les vrais Arabes

0
Kateb Yacine - Djaffar Ben

“Comme je me suis insurgé contre l’Algérie française, je m’insurge contre l’Algérie arabo islamique. On ligote un peuple à travers une langue et une religion, je ne suis ni arabe ni musulman, je suis algérien » Kateb Yacine.

Loin d’être un postulatum, cette énonciation est une vérité que tout algérien digne de son algérianité ne saurait mettre en doute. Mohammed Ben Salmane, puissant maitre de l’Arabie, la confirme à sa manière pendant que se prépare à Alger, la tartuferie d’un sommet de la ligue arabe.

Dans leurs incursions armées avec occupation de territoires, les arabes parlaient d’al-futûhâte al-islâmiyya, littéralement : les ouvertures islamiques, comme si les pays des peuples non-arabes étaient fermés et qu’il fallait les ouvrir par la force à la seule religion vraie qui devait être connue et adoptée partout dans le monde. Ce mélange conquête-illumination avait écarté subrepticement le concept de colonisation, tendancieusement traduit en bénédiction. La lecture de l’histoire des pays Nord-Africains devint alors ordonnancée à leur conquête par les arabes qui se déduisait par la volonté de modifier leur histoire commune et par embranchement politique, le replacement du mécanisme de leur soumission absolue à une langue et une religion par le mythe d’un « Maghreb » conquis, par la grâce de Dieu, dans une optique de renaissance. Comme si nos aïeux étaient nés sous X.

L’identité détermine un peuple, elle ne se construit pas. Elle ne se modifie pas. Elle ne se choisit pas. Sur le plan biologique, elle est un héritage génétique que chaque peuple reçoit comme un patrimoine particulier à conserver et à protéger avec le devoir de le transmettre à son tour. Les critères à partir desquels les tenants du pouvoir en Afrique du Nord définissent l’identité occultent des centaines de générations qui s’étaient succédé à travers le temps pour faire de nous ce que nous sommes : des Amazighs. Et aujourd‘hui, des couches sociales dans le « Maghreb » vivent dans l’ignorance de la partie la plus importante de leur identité. Heureusement, la revanche de l’histoire se lit, paradoxalement, dans le mépris envers l’Algérie que cultivent les plus hauts descendants des anciens conquérants arabes, Mohammed Ben Salmane et ses associés, pourtant, tout aussi criminels et sanguinaires que leur ancêtre Oqba Ibn Nafi envers lequel les Algériens rendent constamment hommage à la manière d’une postulation vers Dieu.

Un sommet de la Ligue arabe sans les vrais Arabes dans une terre non arabe truffée de contre-vérités supposées historiques, c’est le mensonge qui se moque du mythe. Le Moyen-Orient coupe enfin son prolongement en Afrique du Nord, un appendice qui ne lui sert plus à rien. Un accessoire qui lui est plus gênant que profitable.

Dépourvu de tous les concepts de dignité et de valeurs intrinsèques, le régime algérien, méchant et sénescent, prend la gifle sans rougir. Il joue à son peuple une mise en scène dont il tire l’usufruit qui lui permet de disposer encore des dupes avec toutes les formes d’imposture à sa disposition. Le pire que l’on constate c’est l’hystérie burlesque des charlatans, journaux aussi faux que suspects, naufragés dramatiquement dans le domaine de l’information. Ils trouvent les alibis nécessaires à leur passion de larbins par des excès morbides dans la justification funambulesque de l’humiliation que vient de subir leur président. Charmés de l’effet de libations pour certains, d’autres se mettent volontiers en goguettes qu’ils se font partie fine craignant d’être maladroits vis-à-vis de l’organisme distributeur de pub. De dynamisme, d’enthousiasme et d’énergie à merci, ils se font racoleurs à leur insu au point de laisser pisser le mérinos. Quand ça sent le fagot, les consciences se ferment, les chiens dansent.

Tant que le régime algérien n’est pas hué par des intelligences, son peuple portera encore et encore les souffrances du cheval maltraité de Nietzche

Djaffar Ben.

Peinture: Kateb Yacine.

Huile sur toile réalisée au lendemain du décès du poète.

La Kabylie dérange la France et l’Algérie

0
Ferhat Mehenni

Le régime algérien a essayé de faire taire la voix de la Kabylie en faisant pression sur Paris. La chaîne de télévision CNEWS a décidé d’annuler une interview du Président du Gouvernement Kabyle en Exil l’Anavad, programmée le 2 octobre juste quelques minutes avant son passage. C’est du jamais vu dans un pays occidental.

On sait et on a compris maintenant que la Kabylie dérange. La France d’Emmanuel Macron et l’Algérie de Abdelmadjid Tebboune travaillent la main dans la main à étouffer la cause et la lutte pacifique de libération de la Kabylie.

Un pays qui se dit garant de la liberté d’expression et la presse libre, en est finalement arrivé à censurer un homme de paix reconnu pour son combat en faveur des droits de l’Homme. Une vidéo montre les coulisses de l’émission, où le journaliste Yvan Rioufol se dit sidéré qu’on est ordonné d’annuler le passage du président du Mak Anavad sur le plateau.

La Kabylie vaincra ce n’est juste qu’une question de temps !  Ces deux pays qui font le sale boulot pensent qu’ils étoufferont la cause de la Kabylie. Ils se trompent lourdement. Au contraire, ils ont donné un très grand coup de pouce à la cause, car tout le monde a réagi en condamnant l’annulation de passage de M. Ferhat Mehenni. Le monde entier a entendu parler de la lutte pacifique de peuple kabyle et s’est étonné de l’attitude de la chaîne de télévision françaises Cnews.

A l’heure actuelle, avec tous les moyens nécessaires pour s’exprimer en toute liberté, l’information finit par passer, alors que représente cette chaîne Cnews?  Presque rien, devant tous les moyens qui existent dans le monde ! Si cette chaîne de télévision française CNews avait laissé le Président kabyle s’exprimer, respectant la pluralité d’expression, elle s’en serait sorti grandie et remerciée. Là, non seulement, cette chaîne a déçu le peuple kabyle, mais elle porte désormais le sceau de la honte. Tout le monde est au courant de cette censure au moment où « des centaines de militants Kabyles sont kidnappés, torturés, emprisonnés le plus souvent sans procès ». Cette censure de CNews restera gravée dans l’histoire de l’audiovisuel international.

Contribution de Muhand Neɣ

Hocine Kaïs : « Ma mère est ma première source d’inspiration »

0
Hocine Kaïs

Après l’article biographique consacré à l’artiste Hocine Kaïs paru le 24 septembre 2022 dans nos colonnes, nous publions ici l’intégralité de l’interview accordée à Kabyle.com.
Par Lyazid Chikdene

Kabyle.com : Pourriez -vous nous parler un peu, en tant que peintre et chanteur compositeur interprète, comment a commencé votre aventure ou votre histoire avec le domaine de l’art, la chanson et la peinture en même temps ?

Hocine KAIS : Ma première source d’inspiration, ne pouvait être que ma mère par rapport à la chanson. Sa voix envoûtante me berçait, et ses paroles, relatant les évènements de la guerre d’indépendance, me faisaient pleurer. Une fois, mon frère aîné a emprunté une guitare à un ami à lui, pour s’initier à la guitare. Une aubaine inattendue pour moi. Une guitare chez nous !!!!! Nous qui n’avions que des Ikoufane* pour orner les murs de notre pièce si exiguë. Je me suis acharné sur cette guitare, ne lui laissant aucun répit. J’ai senti des progrès inespérés en quelques jours, ce qui m’a encouragé à persévérer et à pouvoir jouer maladroitement quelques notes au bout de 15 jours de la chanson de « ooh ooh acimi . Anebdu yuɣal d ccetwa », c’est à partir de là que j’ai composé ma première musique aux paroles de mon frère, « leqraya urɛad fukaɣ, ezwaǧ ad zewǧeɣ ḥeṭmniyi l waldin-iw … » Ma première chanson (parole et musique), était « lɣerba d ajgu ẓẓayen …« . Alors que j’avais 17 ans et étudiais au CEM Zaidat Ahmed d’azazga. Parallèlement à la chanson, je me suis retrouvé doué dans le dessin sans savoir d’où ça venait. J’aimais tout ce qui est coloré, à l’exemple de Ticṛaḍ (décoration murale kabyle), ou la robe kabyle, etc. J’ai continué à développer les deux arts parallèlement en m’inspirant des artistes connus et en profitant des moyens mis à ma disposition en tant que président du club dessin au lycée Chihani Bachir à Azazga.

K.C. : Contrairement à la chanson qui est déjà bien répandue en Kabylie pendant votre jeunesse, se pencher, en revanche, vers la peinture et les arts plastiques semble quelque chose de rare ou d’inhabituelle à cette époque pour un enfant né et vivant dans un village, peut-on savoir un peu plus ?

H. KAIS : Tout à fait. Au CEM comme au lycée, je n’ai pas rencontré de personnes de ma génération, qui avaient ce don, en arts plastiques. Donc les rares occasions pour exposer, je me retrouvais quasiment seul à avoir des œuvres à exposer. L’inexistence d’une école des beaux-arts dans les environs et le manque de vulgarisation de cet art, serait à l’origine du manque d’intérêt des jeunes à s’y investir. C’est seulement à Mostaganem durant mon cursus universitaire que j’ai commencé à m’épanouir, en occurrence après ma rencontre avec mon ami et camarade l’artiste peintre Rachid TIGHILT, lui aussi élève ingénieur en agronomie à l’L’I.T.A de Mostaganem . Nous avons réalisé
quelques travaux et expositions ensemble, dont la première au lycée filles OULD KABLIA et ce, en 1981, quelques mois seulement après le printemps amazigh (berbère). Chose qui n’était pas aisée, et qui a valu la visite des services de sécurité à la directrice du lycée de l’époque, la brave femme Mme BENDERDOUCHE.

K.C. : Comment vous avez réussi à combiner entre vos études et votre passion pour les arts à une époque où les arts manquaient de vulgarisation ?

H. KAIS : En étudiant, je n’avais aucun problème à joindre les deux (l’art et les études). L’art coulait dans mon sang depuis mon enfance. J’aimais tellement ce que je faisais que l’exercice de création devenait un plaisir pour moi. Je me repose en peignant un tableau ou en composant une chanson. Donc, ça a été un plaisir de chanter et de peindre et de composer. Entre la peinture et la chanson, il y a complémentarité, l’un n’empêche l’autre. Le problème se fait sentir dans la vie active, lorsque le besoin de survie phagocyte le besoin d’expression. J’étais au lycée 1979 lorsque je suis passé à l’émission iḥefaḏ̣en animée par Mohand Errachid . J’étais à l’ITA de Mostaganem lorsque je suis passé à l’émission animée par Si Smail en 1981 toujours à la chaine II. C’est en étant étudiant que j’ai enregistré deux albums 82 et 84 qui n’ont pas vu le jour sur le marché. C’est en étant lycéen et étudiant que j’ai composé la majorité de mes chansons. J’ai réalisé quelques expositions de peinture à l’enceinte de l’ITA, à l’université de Mostaganem et d’Oran, ainsi qu’au palais de la culture d’Oran
tout en étant étudiant.

K.C. : Votre technique en peinture est originale et particulière, comment vous pouvez la décrire en quelques mots pour les amateurs de cet art ?

H. KAIS : J’ai ce défaut d’être l’éternel insatisfait. Je me trouve des imperfections dans tout ce que je crée et je m’en sers pour créer davantage. La particularité de ma peinture, réside même dans sa philosophie. Que je me serve d’un pinceau ou d’un cutter, je fais apparaître l’intime symbiose entre l’être humain et son environnement naturel en insistant sur la transparence de l’un par rapport à
l’autre. L’un dépend de l’autre et vice versa. La femme est omniprésente dans mes peintures, et en premier plan, et faisant tout à la place de l’homme. Certainement pour mettre en évidence l’absence du père dans ma vie.

K.C. : On remarque un certain nombre d’artistes Kabyles de talents qui sont aujourd’hui en retrait de la scène artistique, est- ce dû au manque de motivation ?

H. KAIS : Arrivé à l’âge où la responsabilité familiale vous met au pied du mur, et que ce que vous aimiez ne vous nourrit pas, le temps finira par éroder votre passion, et vous pousser à la reléguer au second rôle de vos priorités, en occurrence, en Kabylie où la dureté du quotidien ne fait pas de cadeau. Pour mon cas, après mes études, j’ai continué à m’investir dans l’art contre vents et marées.

Pour la chanson j’ai sorti mon premier album en 1989 à Tizi Ouzou. Après quelques centaines de cassettes sur le marché, la maison d’édition cesse son activité et dépose le bilan. J’ai récupéré donc ma bande et l’ai transférée à Djurdjura musique de Iferhounene pour la produire à compte d’auteur.

J’ai répondu à l’invitation de Samira animatrice à la chaîne 2 (Paix à son âme) pour faire la promotion de mon album. Avec le système de compte d’auteur, les choses se corsaient pour moi, je me retrouve dans une solitude asphyxiante, avec un manque de moyens handicapant, je ne pouvais que baisser les bras. Étant Marié, à ma charge une responsabilité familiale et vivant à Mostaganem, loin
de mon public, le choix ne pouvait être autre que courir pour subvenir à mes besoins de subsistance.

En Algérie, particulièrement l’artiste kabyle, ne peut trop compter sur son art pour subvenir à ses besoins.

K.C : Beaucoup d’artistes qui ne sont pas visibles sur la scène, mais ils continuent de pratiquer leur art dans la sphère privée, est-ce bien votre cas ?

H. KAIS : Durant la période post-universitaire, je me suis beaucoup investi dans la création en réalisant beaucoup d’œuvres de peinture et expositions, où j’ai eu droit à plusieurs articles de presse et passages à la télévision dans les deux disciplines. Malgré tout, le temps a fini par avoir le dessus en nous réduisant au silence, pour se recroqueviller sur soi et continuer à créer essentiellement pour
le plaisir de la passion.

K.C : Quel regard portez-vous sur la production artistique actuelle et les artistes de la nouvelle génération ?

H. KAIS : L’art en général est victime de la facilité, due à la modernisation, beaucoup font la confusion entre la facilité et la simplicité. Le prêt-à-porter (les reprises, copier-coller…) dans l’art, tue la création, et l’art sans la création, devient stérile.

K.C : Un commentaire pour clôturer notre interview.

H. KAIS : Le parcours de l’artiste est toujours parsemé d’embûches. On sait comment il commence, mais on ne sait pas comment il termine. Un grand merci pour votre intérêt à mon parcours, et pour Kabyle .com qui me donnent l’occasion de m’exprimer à cœur ouvert. Tanmirt.

Propos recueillis par Lyazid Chikdene

L’ONU réclame la libération immédiate de Kamira Nait Sid

0
Kamira Nait Sid

Par le biais de son groupe de Travail sur la détention arbitraire, l’ONU a jugé le 1/04/2022 que l’enlèvement, la séquestration et la détention de Kamira Nait Sid, coprésidente du CMA, n’ont aucun fondement légal et en conséquence, a exigé sa libération immédiate et la réparation des préjudices qu’elle a subis.

Le Groupe de Travail de l’ONU sur la détention arbitraire (GTDA-ONU), après avoir examiné les plaintes pour enlèvement, séquestration et détention arbitraire de Kamira Nait Sid le 24 août 2021 en Algérie, déposées par le CMA et Riposte Internationale et suite aux réponses aux questions posées par le GTDA- ONU au gouvernement algérien, le GTDA-ONU a jugé le 1/04/2022 (A/HRC/WGAD/2022/15) que :

  1. Mme Nait Sid a été enlevée et séquestrée par des agents de l’Etat algérien, ce qui constitue «une forme particulièrement grave de détention arbitraire»,
  2. les activités de défense des droits des Amazighs menées par Mme Nait Sid, sont protégées par le droit à la liberté d’expression garanti par l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) et par l’article 19 du Pacte international sur les droits civils et politiques, et que l’intéressée a été placée en détention pour avoir pacifiquement exercé ce droit,
  3. en sa qualité de coprésidente du CMA, Mme Nait Sid exerçait pacifiquement le droit à la liberté d’association garanti à l’article 20 de la DUDH et l’article 22 du Pacte international sur les droits civils et politiques, et elle a été arrêtée pour cette raison. Et notamment pour s’être pacifiquement employée à défendre son droit et celui des autres membres de la communauté amazighe d’avoir leur propre culture, de
    professer et de pratiquer leur propre religion et d’employer leur propre langue, garanti à l’article 27 du Pacte,
  4. le Gouvernement algérien ne fait état d’aucune activité menée par Mme Nait Sid pouvant être considérée comme constitutive d’un acte de terrorisme. En l’absence d’informations démontrant son implication dans des actes de violence, aucun motif légitime ne justifie que l’exercice de ses libertés soit restreint,
  5. le Gouvernement n’explique pas en quoi il était nécessaire de poursuivre Mme Nait Sid en justice pour protéger un intérêt légitime ou en quoi l’accuser de graves crimes terroristes passibles de longues peines d’emprisonnement était une réaction proportionnée aux activités reprochées. En outre, rien ne prouve que le comportement ou les activités de Mme Nait Sid pouvaient être considérés comme une
    menace pour la sécurité nationale, l’ordre public, la santé ou la moralité publiques, ou les droits ou la réputation d’autrui. Le Gouvernement ne mentionne expressément aucun acte de terrorisme commis par Mme Nait Sid. Le Groupe de travail en déduit que l’intéressée a été arrêtée et placée en détention parce qu’elle est membre de la communauté amazighe et qu’elle défend les droits de celle-ci,
  6. Mme Nait Sid est détenue pour avoir exercé les droits consacrés aux articles 19 et 20 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et aux articles 19, 22 et 27 du Pacte international sur les droits civils et politiques et que sa privation de liberté est contraire aux dispositions de l’article 7 de la DUDH et de l’article 26 du Pacte. L’arrestation et la détention de Mme Nait Sid sont dénuées de fondement juridique et sont donc arbitraires,
  7. Mme Nait Sid est privée de liberté pour des motifs discriminatoires, à savoir son origine nationale, ethnique ou sociale et sa qualité de défenseuse des droits humains, en violation des articles 2 et 7 de la DUDH et des articles 2 et 26 du Pacte sur les droits civils et politiques. En conséquence, aucun procès concernant Mme Nait Sid ne devrait avoir lieu,
  8. le Gouvernement algérien doit procéder immédiatement et sans condition à la libération de Mme Nait Sid, arbitrairement privée de liberté depuis le 24 août 2021, et veiller à ce qu’elle reçoive les soins médicaux nécessaires. Le Gouvernement doit également lui accorder le droit d’obtenir réparation, notamment sous la forme d’une indemnisation, conformément au droit international,
  9. le Gouvernement algérien doit veiller à ce qu’une enquête approfondie et indépendante soit menée sur les circonstances de la privation arbitraire de liberté de Mme Nait Sid, et de prendre les mesures qui s’imposent contre les responsables de la violation de ses droits,
  10. le Groupe de travail demande au Gouvernement algérien d’user de tous les moyens à sa disposition pour diffuser le présent avis aussi largement que possible.
    Résumé de la décision du Groupe de Travail de l’ONU sur la détention arbitraire concernant le cas de Kamira Nait Sid, réalisé par le
    CMA, 1.09.2022.

Hocine Kaïs, l’artiste aux dons multiples

0
Hocine Kais

Hocine Kais, fait partie de la génération qui a contribué à montrer la voie vers les arts pour une jeunesse kabyle douée en quête de référence et d’inspiration. Artiste peintre, chanteur compositeur et interprète, titulaire aussi d’un diplôme d’ingénieur agronome obtenu en 1984. Hocine Kaïs a pu montrer à travers son propre exemple, notamment à une époque où l’art et les artistes se battaient contre le vent et marrés pour s’effrayer une place dans une société pas très portée sur le domaine de la culture, que la réussite dans les études ne peut être compromise par les conditions non avantageuses pour un enfant orphelin de l’après-guerre et encore moins  par l’intérêt et le penchant  que pourrait avoir un jeune pour l’art, il a su brillamment  conjuguer ses passions et les études.

Né en 1959 dans les hauteurs de la Kabylie, au village Mezeguene précisément dans la commune Illoula Oumalou, orphelin de père décédé au champ d’honneur en avril 1961, il effectue ses études primaires au village Agoussime avant de se rendre à Azazga pour poursuivre ses études moyennes et secondaires. Après avoir décroché son baccalauréat, il intègre l’Institut de Technologie Agronomique de Mostaganem dans le ouest algérien où il obtient son ingéniorat en 1984.

 Dès son jeune âge, l’artiste en herbe qu’il était, essayait de trouver un équilibre harmonieux entre les études qui lui tiennent à cœur pour assurer son avenir et améliorer les conditions sociales de sa famille et une passion pour le dessin et la chanson qui nourrit son âme.

Comme tout jeune artiste, Hocine Kaïs puisait de son environnement immédiat et de son vécu pour composer ses œuvres, dans une de ses peintures, il représentait un jeune homme dans sa chambre assis sur son lit avec une lettre à la main et une guitare posée juste à ses côtés comme si elle attendait son tour de se retrouver dans les mains de ce jeune concentré sur la lecture, n’est- ce pas là une belle manière de raconter sa propre histoire sans faire appel aux mots mais  en usant seulement du langage muet comme la peinture ?

L’omniprésence de la femme dans ses dessins et peintures est sans doute un hommage à la femme Kabyle en générale et à sa mère en particulier qu’il considère comme sa principale source d’inspiration. L’orphelin qui n’a pas connu son père, a su mettre en avant dans ses peintures le rôle d’une femme qui devait à la fois accomplir sa mission de mère et qui endosse le rôle d’un père absent en faisant aussi les tâches qui incombent à l’homme.

La Kabylie comme terre natale a bien inspiré l’artiste peintre dès son jeune âge, des scènes de vie villageoise étaient un des sujets traités dans plusieurs de ses toiles dans un style qui lui est particulier où il joue sur l’effet de transparence de ses teintes pour suggérer des silhouettes et des personnages qui se transposent et qui se fondent avec un arrière-plan tout en restant visibles.

 Ce choix d’expression n’est pas naïf, il est construit sur la démarche philosophique de l’artiste qu’il justifie par son désir de montrer l’intime symbiose entre l’être humain et son environnement naturel en insistant sur la transparence de l’un par rapport à l’autre.

Dans le domaine de la chanson, l’artiste a composé et interprété plusieurs chansons pendant sa vie estudiantine. Au milieux des années 80, il enregistre un album, ’Tabrats n beṭṭu’’  qu’il a fait sortir  sur le compte d’auteur avec l’édition Djurdjura Music, toute une génération de sa région natale, notamment les jeunes qui qui ont eu l’occasion d’assister à ses spectacles, marquée par le succès du titre Awah Awah qui figure dans cet album.

Entré dans la vie active, Hocine Kaïs s’installe définitivement à Mostaganem, la ville où il a suivi ses études supérieures, sans pour autant couper le lien avec sa Kabylie natale. Plusieurs expositions ont été consacrées aux peintures de l’artiste autodidacte, l’une d’entre elles a eu lieu au palais de la culture à Oran en septembre 1994. Dans la même année, l’artiste décroche le deuxième prix du concours consacré aux arts plastiques organisé par le musée National Ahmed Zabana  à Oran.

Dans les années 80 jusqu’à la fin des années 90, on peut dire que le nombre d’artistes peintres en Kabylie se comptait sur les doigts d’une main, cela mous permet de considérer Hocine Kaïs, tous comme les artistes de sa génération, Arezki Larbi, Rachid Tighilt, Hocine Haroune, et les autres, comme précurseurs ayant ouvert la voie dans le domaine des arts plastiques pour la jeunesse kabyle.

L’artiste est resté discret et loin des feux de la rampe malgré la qualité de ses œuvres picturales ou musicales, il reconnaît que le parcours d’un artiste est souvent semé d’embûches et d’imprévu, on sait comment il commence mais on, ne sait pas comment il termine ajoute Hocine Kaïs .Cela ne veut pas dire non plus que l’artiste a cessé de produire depuis son absence sur la scène, il compte à ce jour un répertoire d’une soixantaine de chansons qui sont prêtes à enregistrer et plus de 80 toiles dans sa collection de peintre.

L’artiste comme être humain, peut effectivement céder et parfois abandonner sous l’effet de la contrainte que pourrait imposer la vie par toutes ses dimensions, mais l’œuvre quand est-elle bien accomplie, comme celle Hocine Kaïs, elle résistera car elle est intemporelle, il suffira d’un déclic et d’une petite étincelle pour qu’une flamme soit à nouveau rallumée et voir enfin les œuvres de l’artiste briller sur la scène.

Retrouvez prochainement l’entretient accordée par Hocine Kaïs pour Kabyle.com

Lyazid Chikdene pour Kabyle.com

19/09/2022

300 prisonniers politiques Amazighs en grève de la faim – Appel à un rassemblement

0
Appel à rassemblement

Des prisonniers Kabyles et Amazighs en Algérie, tous en détention arbitraire, se sont mis en grève de la faim pour protester contre l’injustice et l’abus de pouvoir dans ce pays.

Nous devons être solidaires avec eux, nous devons partager leurs souffrances, leur révolte et leur détresse. Leur combat pour la justice, la dignité et la liberté est le nôtre.

Le pouvoir algérien sème la peur, la parole est muselée, nous sommes tous concernés.

C’est pourquoi,

Le Congrès Mondial Amazigh lance un vibrant appel aux Kabyles et aux Amazighs de France, à leurs amis et à tous les Français épris de justice, à un Rassemblement devant l’ambassade d’Algérie à Paris

50, rue de Lisbonne 75008 Paris

Métro : Monceau ou Courcelles

Samedi 24 septembre 2022 à 14h

Halte à la répression ! Halte au racisme d’État ! Halte à la haine anti-kabyle et anti-amazighe en Algérie.

Non à la criminalisation de citoyens engagés et des défenseurs des droits des Kabyles et des Amazighs en Algérie.

Solidarité avec les détenus politiques et d’opinion en Algérie.

Nous devons être solidaires avec eux, nous devons partager leurs souffrances, leur révolte et leur détresse. Leur combat pour la justice, la dignité et la liberté est le nôtre.

Le Congrès Mondial Amazigh

L’immersion est le seul espoir des langues menacées

0
François Alfonsi

Le réseau Network to Promote Language Diversity (NPLD) vient de présenter une étude comparative des modèles « d’éducation dans la langue » en s’appuyant sur quatre exemples : le Pays Basque, le Pays de Galles, la Bretagne et l’Irlande. Le verdict est sans appel : l’enseignement par immersion totale est le seul espoir d’avenir pour les langues menacées de disparition.

L’étude compare ainsi les résultats obtenus par les enfants selon les modalités de leur scolarisation et la répartition de l’exposition des enfants durant le temps scolaire, en classe et hors la classe, entre la langue menacée et la langue officielle dominante. Ainsi en est-il entre basque et espagnol, gallois et anglais, breton et français et gaélique et anglais.

Au Pays Basque (Euskadi)

Les Basques sont répartis sur sept provinces historiques : Labourd, Basse Navarre et Soule dans l’Etat français, la Navarre, et les trois provinces de la Communauté Autonome Basque, la Gipuzkoa, la Biscaye et l’Alava. Dans la Communauté Autonome Basque, il y a plus de deux millions d’habitants, dont un tiers environ sont bascophones (631.000) auxquels s’ajoutent 356.000 locuteurs passifs selon l’étude sociolinguistique réalisée en 2016.

Le système éducatif actuel est en vigueur depuis 1982, date de l’autonomie obtenue après la chute du franquisme. La loi sur la normalisation de l’usage de l’euskara énonce le droit pour tous d’être scolarisés aussi bien en basque qu’en castillan, et fixe comme objectif « une compétence pratique suffisante dans les deux langues officielles à la fin de l’éducation obligatoire ».

Pour cela il est proposé aux parents trois possibilités

– Cursus A dont la langue d’instruction et de la vie scolaire est le castillan, et où le basque est seconde langue obligatoire ;

– Cursus B, où le bilinguisme est général ;

– Cursus D dont la langue d’instruction et de la vie scolaire est le basque, et où le castillan est seconde langue obligatoire.

Le cursus faisant la part belle au basque a été largement plébiscité par les parents. Dans l’école primaire, au départ, en 1985, le cursus B-espagnol était majoritaire (70% des enfants), le cursus D-basque loin derrière (20%) et le reste pour le cursus B-bilingue (10%). Au tournant de l’an 2000, après 15 ans, les proportions étaient inverses : le cursus D-basque accueillait 52% des élèves, le cursus B-bilingue 30% et le cursus A-espagnol 18%. Vingt ans plus tard, en 2019, les écarts se sont encore creusés : cursus D-basque 77%, cursus B-bilingue 18% et le cursus A-espagnol moins de 5%.

Dans le secondaire la tendance est la même : cursus A-espagnol 73% des enfants en 1985, 6% en 2019 ; cursus B-bilingue 7,5% en 1985, 22% en 2019 : cursus D-basque : 15% en 1985, 72% en 2019.

Entre les trois cursus les résultats obtenus concernant la maîtrise de la langue basque sont incomparables :

– En cursus D-basque, le pourcentage des enfants maîtrisant le basque en fin de scolarité varie de 56,4% dans l’enseignement public à 67,5% dans l’enseignement privé.

– En cursus B-bilingue, le pourcentage des enfants maîtrisant le basque à l’issue de la scolarité est de 22,3% dans le public et 42,2% dans le privé.

– En cursus A-espagnol, les pourcentages s’effondrent à 1,8% dans le public, et 12,4% dans le privé.

Au total, sur les trois cursus confondus, 54,4% des enfants basques sortent du système scolaire en maîtrisant la langue basque alors que seulement 19,2% venaient d’un milieu familial où le basque est pratiqué.

Ce bon résultat est entièrement dû au développement de l’enseignement par immersion, tant dans le privé que dans le public.

Parallèlement la maîtrise du castillan par les jeunes basques est excellente pour 86,8% d’entre eux, soit un résultat supérieur à celui de l’Espagne entière qui est de 77,3%. Pour le français, les études montrent un taux de bonne connaissance du français, à la fin de la scolarité primaire, de 79,3%, sur la base de six critères : sens des mots, syntaxe, maîtrise des phrases, compréhension des textes, capacité à la lecture, à l’écrit comme à l’oral.

Au Pays de Galles (Cymru)

Le Pays de Galles compte 562.000 locuteurs du gallois pour une population d’environ trois millions d’habitants. La planification linguistique décidée par le gouvernement autonome gallois fixe un objectif d’un million de locuteurs en 2050 (Cymraed 2050).

Le système éducatif gallois en vigueur date du « Welsh Language Act » de 1993 qui fixe une obligation d’égalité entre anglais et gallois et prévoit en conséquence de favoriser le gallois face à l’anglais largement dominant.

Comme au Pays Basque leur système éducatif propose un enseignement « welsh-medium » où le gallois est langue d’enseignement et langue de toute la scolarité ; un module english-medium où le gallois est enseigné comme seconde langue ; et un système intermédiaire bilingue, avec des graduations allant de 20% à 70% pour le gallois. En fait il s’agit d’un statut de transition par lequel le gallois prend progressivement plus de place dans une école, jusqu’à remplacer l’anglais en évoluant vers un site « welsh-medium » au bout de plusieurs années.

Sur 475.000 enfants scolarisés en primaire et secondaire dans l’ensemble du Pays de Galles, 350.000 sont dans des écoles classiques « english-medium », 80.000 (16,9%) dans la filière immersive « welsh-medium » et 50.000 dans des sites bilingues intermédiaires. La proportion d’élèves « welsh-medium » dans le primaire est de 21%, l’immersion se développant en commençant par les plus petites classes.

L’étude de ces modèles conclut ainsi : « L’éducation en immersion « welsh-medium » est la méthode principale qui assure que les enfants sont capables de développer leurs compétences en gallois, et de créer de nouveaux locuteurs en gallois » ; « les enfants qui ont suivi le cursus « gallois seconde langue » ne sont pas capables d’user de leurs compétences acquises en dehors de la salle de classe ».

Pour les enfants ayant suivi une scolarité « welsh-medium », l’évaluation faite à l’âge de 11 ans montre 80,3% de locuteurs maîtrisant le gallois. Pour la maîtrise de l’anglais, 78% réussisse les tests, contre 72,7% des enfants issus d’une scolarité en anglais comme langue véhiculaire.

En Bretagne (Breizh)

L’UNESCO catégorise la langue bretonne parmi les « langues sévèrement menacées de disparition ». Il y avait 1,1 million de locuteurs bretons au début du 20ème siècle, ils sont 210.000 en 2018, dont 80% ont plus de 60 ans.

La langue bretonne est présente dans l’enseignement selon trois cursus : écoles associatives Diwan qui pratiquent l’enseignement par immersion ; dans les écoles publiques bilingues ; dans les écoles privées bilingues.

Le système Diwan scolarise 4.500 enfants environ, sur les 20.000 qui reçoivent un enseignement significatif du breton, les autres étant scolarisés dans les écoles bilingues publiques (2/3) et privées (1/3).

A l’issue du collège, en classe de 3ème, les évaluations donnent une compétence linguistique B2 pour 65,4% des élèves Diwan. Ce taux chute à 26,8% dans le bilingue public, et 18,8% dans le bilingue privé. Les taux de réussite au Brevet est de 99% pour la filière Diwan, alors qu’elle est de 87,30% nationalement.

En Irlande (Eire)

Le Gaélique en Irlande est évalué comme une langue « définitivement menacée de disparition », bien qu’elle soit langue co-officielle avec l’anglais, et bien qu’elle soit une des 24 langues officielles de l’Union Européenne.

40% des Irlandais peuvent parler irlandais, et 4,2% le font quotidiennement. Dans un partie du territoire bien délimitée, appelée Gaeltacht, où vivent environ 100.000 habitants sur les 5 millions d’Irlandais, les deux tiers connaissent et peuvent s’exprimer en gaélique.

Dans les écoles « English-medium », le gaélique est enseigné comme une seconde langue obligatoire. Les écoles « Irish-medium » sont bien moins nombreuses, et l’étude distingue celles qui sont implantées dans Gaeltacht, et celles qui sont dans le reste de l’Irlande.

La proportion d’enfants du primaire dans une école « irish-medium » est faible, 7,5%. Il n’est que de 4,5% dans le secondaire, dont 2,5% en immersion totale.

Les résultats sont sans appel : dans les écoles « english-medium », seuls 2% des enfants parlent couramment le gaélique à leur entrée en sixième, dans les écoles immersives, cette proportion est de 56%, proportion qui monte à 75% quand ces écoles sont sur le territoire Gaeltacht.

François ALFONSI

Source : FB François Alfonsi Officiel

Kamira Nait Sid otage du régime algérien depuis un an

0
Kamira Nait Sid

Le Congrès Mondial Amazigh adresse une lettre au chef de l’Etat algérien Abdemadjid Tebboune l’enjoignant de libérer Kamira Nait Sid ainsi que les centaines de prisonniers d’opinion détenus arbitrairement par le régime militaire. Ce jeudi 25 août à 14h, la diaspora kabyle en France organise un rassemblement devant l’assemblée nationale. Cette mobilisation vise à sensibiliser le Président français Emmanuel Macron en visite à Oran et Alger du 25 au 27 août. Un nouveau silence de sa part sur les violations des Droits Humains en Kabylie serait considéré comme une sorte de laisser-faire.

A Monsieur Abdemadjid Tebboune
Chef de l’État algérien
Alger, Algérie

Cela fait une douze mois, une année entière depuis que votre régime militaire détient injustement et sans jugement, Kamira Nait Sid, coprésidente de notre ONG, le Congrès Mondial Amazigh.

Comme vous le savez, le 1/04/2022, l’ONU, par la voix de son Groupe de Travail sur la détention arbitraire, a jugé que «l’arrestation et la détention de Mme Nait Sid sont dénuées de tout fondement juridique et sont arbitraires». Le Groupe de Travail a également estimé que Kamira Nait Sid a été «enlevée» et «séquestrée» par des agents de l’État algérien en violation de la Constitution et de tous les Accords internationaux ratifiés par l’Algérie.

En conclusion, l’ONU a enjoint à votre gouvernement de «procéder immédiatement et sans condition à la libération de Mme Nait Sid, arbitrairement privée de liberté depuis le 24 août 2021», et de réparer les préjudices qu’elle a subis, elle et sa famille.

Et comme vous le savez aussi, les trois cents Kabyles et les autres Amazighs, notamment des At-Mzab, actuellement en prison pour délit d’opinion, sont tous détenus de manière arbitraire, comme l’est Kamira Nait Sid. Ils sont des otages de votre régime. Ils doivent être libérés sans délai et indemnisés.

Mais malgré les condamnations et les injonctions internationales, votre gouvernement fait la sourde oreille.

Pire, vos services de répression (armée, police, justice) continuent de semer la terreur particulièrement en Kabylie, agissant avec une rare brutalité contre de paisibles citoyens. Pourquoi votre seule politique envers la Kabylie est de lui faire la guerre, elle qui a tant donné à l’Algérie? Comment le comprendre? Comment l’oublier? Comment pardonner?

Nous vous rappelons, M. Tebboune, que c’est sous votre responsabilité de chef de l’État que des crimes, des exactions, des injustices et d’indicibles souffrances sont infligés gratuitement à des femmes et à des hommes innocents, ainsi qu’à leurs mères, à leurs pères, à leurs épouses, à leurs maris, à leurs enfants, à leurs sœurs, à leurs frères, à leurs familles et à leurs amis. Un jour ou l’autre vous et tous les responsables de ce désastre, vous aurez à en rendre compte devant la justice internationale.

Et ne vous fiez pas aux gestes mielleux, ni aux tapis rouges qui peuvent vous être déroulés hypocritement en Italie, en France ou ailleurs. Cela n’est dû qu’au fait que vous détenez les clés des vannes du pétrole et du gaz de votre pays, devenus des denrées rares en ce moment.

La conjoncture actuelle vous est favorable, mais cela ne durera qu’un temps.

A moins que vous décidiez de mettre un terme immédiatement à votre système dictatorial et à tout mettre en œuvre pour instaurer la paix interne et externe. Cela passe d’abord par la libération de tous les détenus politiques et ensuite l’instauration d’un dialogue sincère avec les Amazighs et notamment les Kabyles qu’il faut cesser de traiter en ennemis de l’Algérie. Cela est dangereux et ne correspond pas à la réalité.

Le peuple Kabyle comme les autres Amazighs d’Algérie aspirent seulement à vivre libres, dans la dignité et en paix avec les autres.

Nous vous exhortons, M. Tebboune, à ne pas laisser les faucons aux galons artificiels et illégitimes vous imposer le maintien de ce système tyrannique, un des derniers au monde.

Ne laissez pas votre pays s’enfoncer dans le chaos et la désolation. Prenez des initiatives fortes pour restaurer la confiance, à
commencer par la libération immédiate des détenus politiques.

Veuillez agréer, Monsieur le chef de l’État algérien, nos salutations distinguées.
Paris, 24/08/2022
Le Bureau du CMA.

Yvan TETELBOM, poète Juif Kabyle invité au Festival de Poésie Internationale à Sète 

0
Yvan Tetelbom Sète

J’ai participé du 22 au 31 juillet 2022, à l’un des plus grands festivals de poésie en France. C’était à Sète, où plus de cent poètes issus de toutes la méditerranée, parmi lesquels Moncef Ghachem grand poète tunisien, étaient invités. Je représentais l’Algérie. Quelle fierté pour l’enfant juif d’Azeffoun ex-Port Gueydon, de porter les couleurs de son pays dont il a été séparé contre son gré, en 1962. Aucune trace dans les médias algériens, aucun remerciement venant des sphères du Pouvoir, comme s’il était honteux qu’un juif affiche son identité kabyle et le clame en tous lieux, en tous pays.

Voici un extrait de la préface que me consacre Tassadit Yacine, Anthropologue Algérienne, directeur d’études en sciences sociales, dans mon 2ère roman LES TEMPORALITÉS paru aux éditions Libre2lire :

Il a perdu l’Algérie et la Kabylie mais il les a enserrées pour l’éternité au fond de son cœur et au creux de sa mémoire. Il écrit des livres, il les remplit à craquer d’histoires, de légendes, de héros ; car il veut remplir un vide, celle de la perte, il trace et retrace les repères, dans l’espoir de retrouver le chemin du retour ; il clame son identité kabyle, il veut qu’on l’entende, qu’on le reconnaisse. Il est le frère de Djaout, de Mammeri, Féraoun, Pellégri, Jean Sénac et tous ceux (et celles) qui, comme lui, aiment cette terre amoureusement, sensuellement, qui sont morts pour elle. Sans elle, la vie n’a pas de saveur. Incompris des hommes d’ici-bas, Yvan, finit par s’adresser aux esprits de l’au-delà… Peut-être comprendrontils sa quête… son histoire, celle d’un homme sincère qui recherche sa terre ! Celle du juste qui fera fleurir « l’arbre de vérités ».

Lors de la soirée de clôture du festival, devant plus de six cent personnes, j’ai dit un poème de ma composition précédé de quelques mots de présentation, en hommage à Si M’hand U M’hand, auquel je m’identifie. Ce poème a reçu un accueil enthousiaste du public.

On vieillit mal en exil, Loin de s’adoucir, le mal du pays se fait plus violent, d’autant plus vif que l’avenir se rétrécit. Comment survivre à cette peine immense. COMMENT A SURVÉCU LE GRAND POÈTE SI MOHAND U M’HAND. Dans ce poème, ÉCRIT sur les lieux mêmes de son enfance, je lui rends hommage. Son destin bascula en 1871 lors de la première révolte des Algériens contre les Français. Son père fut exécuté, son oncle, déporté en Nouvelle Calédonie et sa famille fut dispersée. Déraciné et seul, Si Mohand devint un poète errant. Dès lors, il dira des poèmes de village en village sur les thèmes de l’exil, de l’Amour, de sa terre natale, et du destin.

Longtemps

Le ciel fut noir

Au-dessus d’Ichéraouen

C’était un ciel déraciné

Dans un monde immonde

Longtemps

Tes larmes, Oh Si M’hand U M’hand

Cachèrent le cri des ruines fumantes

Du sang, de la colère

De l’enfance mise à mort

Longtemps

Tu marchas tel un poète imam

Au fil des oueds

Dans l’antre des montagnes

Et le silence des martyrs

Pour répandre

Le verbe et la fierté kabyles

Yvan TETELBOM

Ouverture d’une bibliothèque pour enfants en Kabylie

2
At aarif Timkerdit

Le 14 juillet 2022 est une journée importante pour toute la population du village At Aarif, dans la région de Tirmitin. Après plusieurs mois de travaux, de sacrifices consentis, surtout par un groupe de jeunes de l’association Tizizwa Lmenasra, des bénévoles et des bienfaiteurs en matériaux et en financement (la diaspora incluse), la bibliothèque de l’école du village a été totalement rénovée. Elle est, ainsi, depuis hier, ouverte aux enfants.

Les enfants ! Ne sont-ils pas le futur ? Et qu’y a-t-il de meilleur qu’une bibliothèque pour éclairer leurs cerveaux et leur ouvrir le cœur et les yeux au monde, aux mondes ?

Les villageois n’ont pas attendu une quelconque aide étatique ou autre subvention de quelconque magnat ou riche. Ils ont fait recours à la bonne tradition kabyle de Tiwizi et ont pu en peu de temps rénover toutes les classes de l’école, les sanitaires et la bibliothèque.

Et pour inaugurer tout ça, ils ont concocté un programme riche, surtout pour les enfants, sachant que le manque d’infrastructure et de lieux de loisirs, notamment pendant les vacances en période estivale, est un grand problème en Kabylie.

Durant cette journée, il y avait des Toboggans, trampolines, une table de coloriage et des ateliers divers : tel que “l’atelier du petit scientifique”, “atelier robotique” “atelier chocolat” ainsi qu’un atelier-rencontre avec une dentiste (Dr Ouiza Omouri) pour parler et sensibiliser sur l’hygiène bucco-dentaire.

Quant à Madame Hadadi, elle s’est occupée de l’exposition de la poterie de la région. Deriche Djamel est intervenu dans le volet artistique en interprétant des sketchs et des présentations de clown. La troupe Itran de Ain Zaouia a joué une pièce de théâtre. La littérature n’est pas restée en marge puisque les écrivains Lyes Belaidi, Kamal Bentaha et Chabha Bengana ont animé des conférences sur l’importance du livre chez l’enfant et l’importance du livre chez l’individu et la société. Des thématiques si importantes avec des écrivains de terrain qui ne cessent de sillonner les villages pour transmettre et partager leur amour pour l’écriture, le livre et la langue kabyle.

At Aarif a aussi rendu hommage aux anciens enseignants et à ceux qui exercent encore dans ladite école. C’est là un acte d’honneur à un métier « oublié », sous-estimé et sous-payé.

Cet événement s’est terminé par la remise des attestations et cadeaux aux lauréats de la 5ème et par des chants entonnés par la chorale que dirige Djamel Deriche.

Le plus important, maintenant et après, n’est pas seulement l’ouverture de cette bibliothèque mais, surtout, comment la faire fonctionner pour que les enfants y soient assidus, attirés. Dans plusieurs régions en Kabylie, plusieurs salles et centres sont fermés, mal gérés en l’absence de stratégies sérieuses. Les organisateurs de l’association Tizizwa nous rassurent que des ateliers de dessin, d’écriture, de lecture de livres seront organisés d’une manière régulière. Et qu’est-ce le vœu le plus cher pour avoir un peuple conscient, un peuple à l’esprit critique aiguisé et au cœur ouvert aux autres, sans être imbu ni extrême ? Que ses enfants lisent, écrivent ! Qu’ils lisent des livres de lumière, de beauté, de bonheur, de joie, d’esprit, d’amour, de positivisme ! Que chaque village ait une bibliothèque, des bibliothèques pour contrer le marasme et les appels, à hauts parleurs ou en manipulations sordides, à la fermeture sur soi, à la négation de soi et à suivre un chemin absurde, résigné et sans issue.

Noufel BOUZEBOUDJA

At Ɛrif timkerḍit – Tiddukla Tizizwa Lmenasra At aarif (Tizi-Ouzou)
Programme inauguration bibliothèque des enfants At Aarif
Programme d’inauguration

Que reste-t-il de mon algérianité ? 

1
Tamzight

J’ai vécu une bonne partie de ma vie en Algérie, en Kabylie exactement. J’ai obtenu mon diplôme de docteur en médecine à l’université de Tizi-Ouzou où j’avais vécu des moments de luttes politiques intenses entre 1984 et 1992 dans le cadre du MCB (Mouvement Culturel Berbère). Comme beaucoup de mes concitoyens, j’avais cru en 1988 à la naissance d’une démocratie dans le pays avec l’avènement du multipartisme et la libération de la presse. J’avais osé espérer que je resterais auprès de mes parents et vivre dans « tamurtiw » jusqu’au dernier soupir.

Au fond de moi, une voix disait : « Tout cela n’est que le calme avant la tempête, prépare-toi au pire ». En effet, le FIS était le cheveu jeté dans la soupe par le sacré père FLN. Le message était clair : « Vous ne voulez pas d’une dictature militaire ? Eh ben ! nous deviendrons bientôt vos sauveurs et vous allez nous adorer ! ». Quatre années après l’apparition d’un espoir démocratique, nous avons été appelés à choisir entre la peste et le choléra, un choix ayant engendré la décennie noire.

À la fin des années 90, on a tué Matoub Lounès. Les militaires sont toujours les maîtres absolus du pouvoir et, paradoxalement, les islamistes sont devenus nos idéologues chargés de construire la nouvelle école algérienne n’accueillant pas les enfants des premiers qui préfèrent plutôt le savoir véhiculé par la langue de Molière et non pas d’Abu Djahl. Moi, qui venait d’être père pour la première fois, la naissance de ma fille me paraissait comme étant un bonheur immense, mais en même temps un casse-tête et une angoisse envahissante.
Comment pourrais-je rester dans un pays où mes enfants risquent d’être endoctrinés par un système éducatif pervers à la solde d’une secte de barbus incultes. Pour mes enfants, j’ai tout quitté pour aller m’installer dans un pays respectant la démocratie et les libertés, le
CANADA. Cela fait vingt-deux ans déjà et je ne regrette rien. Au contraire, toutes ces années ne faisaient que me réconforter dans mon choix.

Je ne me vois pas vivre dans un pays ayant renié ses racines, après l’envahisseur français on ressuscite l’envahisseur arabe en nous faisant croire qu’il s’agissait d’une libération.
Je ne me vois pas vivre dans un pays où l’on débourse des sommes faramineuses pour l’achat d’armes alors que des citoyens meurent asphyxiés pendant la Covid à cause du manque de simples appareils produisant l’oxygène dans des hôpitaux ressemblant à des mouroirs.
Je ne me vois pas vivre dans un pays où l’on construit une mégamosquée ayant coûté plusieurs milliards au lieu d’acheter des canadairs afin de protéger nos villages et nos forêts de ces brasiers consumant tout sur leurs passages.

Je ne me vois pas vivre dans un pays où le pouvoir en place est plongé dans la paranoïa des tyrans. Il voit des ennemis partout, à l’intérieur, à l’extérieur ; croyant que tout le monde est jaloux de sa réussite or il est la réincarnation de l’échec et de la décadence.
Je ne me vois pas vivre dans un pays où de jeunes gens préfèrent le fuir et dont une partie finit par être noyée en méditerranée avant de rejoindre les terres européennes. Même si, à l’école et la mosquée ainsi que dans les cérémonies officielles, on leur décrivait ces terres tant désirées comme étant la propriété des kouffars ou des colonisateurs.

Je ne me vois pas vivre dans un pays où le juge est devenu un CRS et la presse mise au pas faisait l’éloge d’un dictateur ayant envahi récemment un pays souverain après avoir massacré des milliers de civils, dont des personnes âgées, des femmes et des enfants.
Je ne me vois pas vivre dans un pays voulant faire de sa diaspora des apatrides, après avoir poussé tous ces millions de gens à l’exil. On a même osé leur fermer les frontières durant deux années consécutives, certains ont été empêchés de voir leurs proches en fin de vie et faire leur deuil.

Je ne me vois pas vivre dans un pays venant de fêter le soixantième anniversaire de sa supposée indépendance alors que dans ses geôles croupissent des centaines de citoyens innocents dont le seul tort est d’avoir exprimé une opinion politique.
Mon algérianité est tel un glacier qu’on avait posé sur une dune au milieu du Sahara, après tant d’années et de déceptions, il n’en reste plus rien. Dans mon salon, j’ai accroché deux drapeaux : l’emblème amazigh et le drapeau canadien. Le premier est là pour me rappeler tous les jours mes racines, le second représente le pays qui m’a ouvert ses bras et m’a sauvé de l’enfer que j’avais fui, il y a plusieurs années.

M. Amaghnas

Québec, le 13 juillet 2022

Quatre Kabyles impulsent l’enseignement des études amazighes en Libye

0
Premiers licenciés de Tamazight à Zouara en Libye

Historique : première promotion de licenciés en études amazighes à la Faculté de Zouara (At-Willul).

Aujourd’hui, sept étudiant.e.s du département de langue amazighe de la Faculté d’Éducation de Zouara (Université de Zaouiya) ont soutenu leurs mémoires de Licence.

Cette promotion est la première dans l’histoire de la Libye ; elle a été rendue possible grâce au travail et à l’engagement de quatre enseignants Kabyles diplômés de l’Université de Bgayet en Kabylie.

Il s’agit de Younes M., Nassim I., Mahieddine B. et Lakhdar A.

Bravo aux étudiant.e.s, bravo aux enseignants ainsi qu’à l’équipe administrative notamment Dr. Nafaa Malti, Doyen de la Faculté qui a, par ailleurs, joué un rôle important dans la mise en place du département.

Hamid SALMI

Indépendance de la Kabylie – Être ou ne pas être

1

Oyez, oyez peuple Kabyle notre indépendance est un impératif historique. Le monde entier est témoin du déni, de la répression, de l’isolement mais surtout des exactions et des assassinats que nous subissons depuis des lustres. Nous avons été dignes et fiers et nous en sommes sortis vainqueurs et nous avons même tenté à plusieurs reprises d’irriguer ce peuple algérien de l’idéal béni et immaculé de liberté, sauf que nos voix criardes demeurèrent sans écho ! Elles s’apparentèrent à une déflagration dans le désert de Gobi.

Nous avons défendu des idéaux collectifs-qui avec le recul semblent être des chimères-alors que nous étions seuls au front. Accepteriez-vous que le fruit de votre dur labeur soit dans le panier des couards ? Nous avons été traités de tous les adjectifs péjoratifs possibles, car nos aspirations diffèrent des leurs. Dès qu’une idée naisse ou commence à poindre dans le ciel rayonnant de la Kabylie, elle charrie une vague de vindicte haineuse sous d’autres cieux. Comment m’identifierais-je à ce genre d’individus ou mieux comment les considérer comme des frères. C’est absurde.

Mes frères Kabyles, l’indépendance s’impose avec l’aval même de l’Histoire qui recèle moult événements suffocants, ponctuant notre existence. Vous savez pertinemment que nous nous sommes toujours distingués par nos particularismes: langue, traditions, vêtements, notre mythologie, idéologie, géographie et j’en passe. Ce qui fait d’ailleurs de nous un peuple complet et à part. Dans ce sillage, je peux rebondir sur cet ensemble algérien pour dire que c’est un patchwork de peuples décidé par la France coloniale, notre annexion ne fut possible que grâce au décret du général Schneider 1839.

Je ne voudrais pas faire de cours d’Histoire, mais quelques événements émergent à la surface tels des phares éclairants notre nuit ténébreuse, qui méritent qu’on s’y attarde au moins le temps d’une rédaction.

Pourquoi l’éducation nationale algérienne n’a JAMAIS enseigné « la crise berbériste » de 1949 ? Une crise d’ailleurs faussement nommée, elle doit être rebaptisée « crise kabylo-kabyle ». Les grands de la révolution planifiaient déjà l’Algérie post indépendance, les kabyles et à leur tête Bennai Ouali et Bessaoud Mohand Arab –celui-ci grand théoricien du berbérisme-refusaient ardemment une Algérie sans les berbères et sans nos références identitaires. Malheureusement et comme toujours ce sont nos frères même qui leur cherchaient noise en reléguant notre appartenance au second rang, ce qui a retardé- à mon avis- le déclenchement de 1954.

Histoire, note que l’autochtone « dérangeait » déjà par sa spécificité.

Est-ce un hasard que le congrès de la Soummam (1956) ait été justement organisé dans cette vallée ? Bien sûr que non ! Curieusement les « khawa khawa » occultent les principes de la Soummam, à leur tête Rachad et compagnie. Je reviendrai vers vous les islamistes plus tard.

L’union forcée par un ennemi commun a accouché d’une amère indépendance à l’horizon carentiel. De là la rébellion des Kabyles en 1963 contre le régime central et militaire d’Alger. Y-a-t-il eu du soutien de la part de ces « frères » du dernier quart d’heure ? Que non ! Deux ans que la Kabylie se faisait assassiner et martyriser par Ben Bella qui était quasiment parachuté par les Egyptiens. Les montagnes de Kabylie, à feu et à sang, ont enregistré plus de 400 morts ! Nous les pleurons encore. Nos montagnes demeurent imbibés du sang de nos martyres, elles n’ont pas encore fait leur deuil et nos mémoires sont à jamais investies par tant de chaleur guerrière.

Histoire, note que nous étions seuls !

En 1980 l’intelligentsia Kabyle incarnée par feu Mouloud Mammeri a été matée par le pouvoir. En effet, l’université de Tizi Ouzou avait invité cet intellectuel à faire une conférence sur l’ancienne poésie kabyle, or celle-ci fut annulée, ce qui a provoqué l’ire des identitaires, d’où les répressions et les emprisonnements en masse.

Histoire, note l’apologie du déni identitaire devant l’accalmie suspicieuse des autres.

Entre temps, la Kabylie s’est construite sur ses propres cendres et s’est jalousement tenue à ses valeurs en investissant grandement dans l’intelligence que l’Etat algérien a fait en sorte qu’elle soit décimée durant , ce qu’il a appelé la décennie noire.

Un fait majeur est notable : La Kabylie a boycotté l’école en 1994, les hibernants l’avaient-ils suivie dans cette noble et citoyenne action ? Non, un leitmotiv historique.

Parmi les intellectuels, on dénombre : Tahar Djaout, Said Mkebel, Yefsah…etc.

Histoire, note que la Kabylie s’est rangée du côté de l’intelligence que du côté obscur des islamistes.

Le pire est venu plus tard. Après toutes ces révoltes, les Kabyles d’un commun accord se sont rués sur la capitale, car comme dit le proverbe: mieux vaut s’adresser à Dieu qu’à ses saints. Or, cette fougue et cette hardiesse juvéniles ont été récompensées par 128 morts et des milliers de blessés. 14 juin 2001 fut la date de massacre des Kabyles, avec la complicité même des gens de la capitale, qu’on vienne me contredire là-dessus. Les plaies continuent d’être pansées, elles demeurent néanmoins suppurantes et l’iniquité est béante tel le soleil en plein ciel un jour d’été.

Histoire, note que pendant que les Kabyles se faisaient massacrer, les autres applaudissaient les criminels.

Remarquez que je n’ai fait que survoler quelques faits saillants qui ont marqué l’Histoire de notre Kabylie, alors que j’aurais pu me languir sur la mort de Matoub, m’étaler longuement sur Mammeri voire discourir sur la décennie 70 qui a connu les poseurs de bombes comme Mohand u harun paix à son âme. Je me suis juste tenu aux grandes dates connues de tous.

Enfin, vint le réveil tardif des hibernants, un certain février 2019, accompagné d’un slogan soi-disant fédérateur mais rempli d’hypocrisie « frères, frères ». L’espoir d’unir cet ensemble algérien est permis, des slogans unanimes : « khawa, khawa » à tue-tête, « pacifiste, pacifiste » , « Etat civil et non militaire » . Un « Hirak » appelé révolution du sourire, il n’y a jamais eu dans l’Histoire de l’humanité de révolution sans effusion de sang et c’est d’une immaturité incurable de croire le contraire.

Cette supposée union, nous a démontré pour la énième fois que les idéaux qui animent les kabyles ne dépassent pas leurs frontières géographiques. Nous ne pouvons donner meilleure preuve que celle des 3 élections qui ont été boycottées par la Kabylie :
zéro votant. Ce qui nous amène à l’éternelle question : pourquoi les autres n’imitent pas les Kabyles dans cette citoyenneté exemplaire ? Parce que le combat harassant et continu ne leur est pas familier, c’est une vérité de toujours bien connue des gens sensés. En plus leur idée axiale est l’arabo-islamisme, rappelez-vous quand tout le monde et j’insiste que ce soit le régime, les militaires, les figures du « Hirak » et surtout les arabo-baâthistes incarnés par les islamistes appelaient à délaisser voire interdire le drapeau berbère dans les marches. N’est-ce pas là l’entité même de Kabyle qui dérange ?! N’eussent-été la détermination et le défi des Kabyles, ce drapeau aurait fini dans les oubliettes.

Bgayet CanStock Photo

Par ailleurs, comment continuez-vous à vous battre aux côtés de ceux qui n’ont proposé aucun projet politique digne de ce nom-même pas un brouillon- ni même avoir fait une action militante et conséquente, mais surtout handicapante pour ce régime militaire. Mes constatations, en toute objectivité, il n’y a que la Kabylie qui active effectivement dans le sens de la libération de ce pays. Il suffit de voir la grève tenue
uniquement en Kabylie alors que les autres ont lâchement pris peur du régime.

Par conséquent, le lourd tribut est payé par nous : interpellations arbitraires, emprisonnement en masse pour des motifs souvent absurdes et insensés et éborgnements des manifestants uniquement dans les 3 grandes villes :Vgayeth, Tizi wezzou et Tuviret, curieux non !!!!!!!

Comment ne pas voir la main directe des islamistes dans ce mouvement qui débute étrangement après la prière du vendredi avec le sempiternel cri « Allah Akbar » ? Comme si la foi religieuse est le moteur de ce mouvement. Quelques parts je peux pardonner votre aveuglement puisque RACHAD a anesthésié beaucoup de monde depuis 2007 en instillant dans la tête des algériens leur « doux venin ». D’un autre côté, comment se fait-il que les « figures » majeures de ce Hirak soient toutes-sans exception- d’accord sur une nouvelle Algérie basée sur le triptyque faussaire : Berbérité, Arabité et Islamité ? Ainsi que sur les principes fondamentaux de l’Islam ??

Je suis dans le doute et dans l’expectative. Une telle unanimité ne peut qu’être suspecte. Je tiens à signaler une chose, c’est qu’on ne crie pas dans ce Hirak comme le suggèrent les vraies révolutions mais on chante à tue-tête. Cela me permet légitimement
de décrire ces marches hebdomadaires de folkloriques et de moutonnières. Comment osez-vous comparer un youtubeur simplet au grand rebelle de la Kabylie en la personne de Lounes Matoub ? Vous n’avez pas encore compris que leur but est d’annihiler tout élan émancipateur et indépendantiste en Kabylie ? Croyez-vous que des gens missionnés et pétris de religion et dont le projet final est l’instauration d’un califat islamique vous laisseront dans votre quiétude régionale, politique et idéologique ? Nenni !

République vs Califat: grammaticalement c’est un oxymore, rationnellement c’est un non-sens et en terme plus contemporain c’est un anachronisme qui n’a pas lieu d’être.

En outre, si ce « Hirak » se démarque par la « fraternité » et « l’union » des algériens comme c’est prétendument acté, pourquoi alors cette solidarité et ce soutien sélectifs à l’égard des prisonniers de quelque tendance que ce soit ? « Ceux-là ce sont des indépendantistes » me répondriez-vous. Justement, pourquoi pas les soutenir tout en les considérant comme des « brebis égarées » comme ça vous gagneriez un tant soit peu de crédibilité, mais la justice vous fait défaut. Durant tout ce « Hirak » la Kabylie est la plus touchée par les foudres du pouvoir ainsi que par une frange de la société qui lui est acquise. Par contre ce qui est urgent de signaler et ce qui est vital de mettre en exergue c’est que dans l’arène du combat, seule la Kabylie continue de lutter pour l’idéal absolu et collectif des autres. Pire encore, la Kabylie se laisse arabiser chaque vendredi au nom d’un « Khawa Khawa » aliénant et destructeur. C’est l’objectif des islamistes qui pullulent dans ce « Hirak » : normaliser et neutraliser la Kabylie en la déracinant pour mieux la dissoudre dans un mélange sans référent et sans assises sûres, d’autant plus que ce mélange sera d’une bâtardise hétéroclite. Devinez quoi, l’entité Kabyle est insoluble, nous ne pouvons être dilués dans aucune concentration possible car nous sommes réfractaires de naissance et de nature.

C’est fini le temps où la Kabylie est la chair à canon de ce peuple algérien qui a toujours brillé par son silence approbateur. Aujourd’hui tout le monde est prêt à fraterniser avec nous en nous encensant ou en nous prodiguant des flagorneries afin de nous appâter dans leurs rets ; ce genre de pratique est digne des islamistes de RACHAD. Sachez que le scénario de l’Iran (1979) nous guette au premier virage, leurs sabres sont déjà affûtés. Vous qui soulevez des slogans « dénonciateurs », cherchez bien d’où viennent, et qui confectionnent ces mots bien choisis car au milieu de la chaleur du mouvement on tend à être en transe. Toutefois, comme dirait M. REVELATEUR X, que je salue au passage : « L’homme de pouvoir ne peut exercer, celui qui exerce n’a que peu de pouvoir » Méditez bien là-dessus. De tout ce qui ressort de ce que je viens de dire est qu’être Kabyle est condamnable, notre existence nuit jalousement à certains projets qui tardent à venir. C’est la seule constante et la seule congruence qu’on tente de terrer.

Mes frères, comment acquiescez-vous à une Algérie qui se définit arabo-islamique dont nous sommes à priori les parias ? L’Algérie est exclusive et non inclusive. Jusqu’à quand défaisiez-vous de ce joug oppresseur qui dure depuis bientôt 15 siècles ? Sommes-nous un peuple de soumis pourtant nous sommes le fief même des luttes en Afrique du nord ?

Pour finir, je voudrais clarifier les choses: je suis Kabyle, ce qui définit à la fois ma race et ma communauté. Je ne veux pas être ligoté à un quelconque ailleurs en annulant mon particularisme pour ramper devant l’allogène qui sous l’ivresse du fanatisme (identitaire et religieux) veut me contraindre à être l’un des siens. Je suis Kabyle et je compte le rester éternellement, car fier d’appartenir à ce peuple de guerriers et dont la bravoure est son principe premier. Je veux être dans la lignée de mes ancêtres, rien que par révérence à « ALLAH » par qui tout se fait et se défait sous cette voûte céleste. Je suis Kabyle, je ne veux pas du sceau de l’opprobre et si je délaisse sciemment mon identité l’Histoire me crachera dessus sans répit et cela sera une ignominie aux esprits même de mes aïeux. L’indépendance drapera l’esprit des Kabyles quand l’entièreté de ces derniers abandonnera cette « prétention » traditionnelle qui lui est échue à vouloir défendre d’autres peuples en omettant son propre camp. L’indépendance est la seule voie salutaire pour la combative et frondeuse Kabylie.

@le_recalcitrant

Conférence sur les Minorités en Afrique du nord

3
Noufel Bouzeboudja

Le Center for Maghrib Studies de l’Arizona State University (CMS) a organisé une conférence sur les « Minorités au Maghreb », sur l’île de Djerba, en Tunisie, du 20 au 22 mai 2022. 

Les axes de la conférence se sont articulés autour de la formation et du développement historiques des minorités, et le processus de « minorisation » et de marginalisation dans le l’Afrique du nord contemporain. 

La projection des minorités dans le futur était également un thème abordé.

“Il est important d’entendre autant de voix que possible et d’explorer des stratégies efficaces pour affronter des questions pertinentes telles que le sexisme, le racisme, la xénophobie et l’intolérance sous toutes ses formes, et les inscrire dans les programmes scolaires comme moyen de construire un Maghreb meilleur et plus inclusif”, écrivent les organisateurs de ces journées d’étude.

Plusieurs enseignants et chercheurs,  dans différents domaines, venus de tous les pays nord africains, ont pris part à ces journées. 

Plusieurs thèmes, liés aux langues, à la religion, la sexualité (genre et minorités sexuelles), l’histoire et à la littérature, ont été discutés. 

Fazia Aitel s’est penché sur le rôle de l’école dans la marginalisation des Amazighs en Algérie.

Anna Maria Di Tolla a parlé des Imazighen en Afrique du Nord: Marginalisation, et identité.

Amel Cavenger a abordé Les Juifs du Maghreb (non) retour chez soi.

Sarah DeMotte et Matt Cook ont parlé de Baptisé Méditerranéen : Créer un environnement futuriste immersif.  

Concernant les études menées sur le territoire de Kabylie, Margherita Rasulo a exposé sa thèse sur le mouvement féminin en Kabylie et les processus de minorations dans l’Algérie indépendante:  dominations, expériences et négociations identitaires.  

Quant à Mohand Tilmatine, il s’est penché sur le processus d’exclusion/inclusion des minorités en Algérie : diversité religieuse et linguistique face au dogme de l’unicité. Plusieurs des cas exposés ont lieu en Kabylie.  

Le comité organisateur prévoit de publier une sélection d’articles dans une revue ou sous forme de volume édité.

Noufel Bouzeboudja

http://noufelbouzeboudja.blogspot.com

www.premierelignefrance.com

Tamazight, ce terme générique

3
Tamazgha Tamurt Azwa

Les élites kabyles ont toujours posé la question kabyle, en la noyant dans le nom générique de « berbère » ou « amazigh », comme une simple question relevant du mythe. Question n’appelant donc pas une réponse concrète.

Le pouvoir répond d’ailleurs dans le même ordre d’idée en déclarant à tout va : « nous sommes tous des imazighen arabisés par l’islam ».

Bien sur, cette réponse est ironique et ne vise qu’à mieux ignorer les kabyles.Chose qu’ils ont toujours mérité d’ailleurs jusqu’à l’avènement de l’idée d’autonomie de la Kabylie.

Le pouvoir et les élites arabo-islamiques savent très bien qu’il n’existe plus de berbérité ni d’amazighité dans les faits. N’importe qui peut se prévaloir de l’amazighité. Il n’y a aucun moyen de contredire un président de la république algérienne ni les élites arabes de ce pays lorsqu’ils déclarent qu’ « ils étaient » aussi amazigh.

Pour décourager toute agressivité dans la revendication de Tamazight le pouvoir et les élites arabo-islamiques ont recours à un subterfuge en reconnaissant qu’ils étaient amazighs avant que l’islam ne les arabise. Ils ne peuvent déclarer que tous les Algériens sont Amazighs car les Arabes Algériens ne le sont pas. Donc ils disent que les Arabes Algériens étaient Amazighs, mais qu’ils ne le sont plus aujourd’hui. La manœuvre est grossière, mais il s’agit de faire croire aux Kabyles que tous les Algériens sont Amazighs et, en même temps, de ne pas froisser l’arabité et l’islamité des arabo-musulmans.

De cette manière, les Kabyles mettront un frein à leurs revendications car ils auront l’impression d’accuser leurs « frères » amazigh de réprimer l’amazighité, et les arabo-musulmans restent tranquilles car personne ne les oblige à redevenir des Imazighen. Les aarch sont tombés dans ce panneau tout comme les différentes branches du MCB, les partis politiques kabyles et de nombreuses associations culturelles « amazigh » (ou berbères). Ils continuent à parler de tamazight, berbérité, citoyenneté etc…. Sans jamais mettre en avant leur kabylité.

Il n’y a donc pas de problème kabyle. Comme l’amazighité-berbérité n’existe plus, il n’y pas non plus de problème berbère.

Posons-nous la question suivante : le pouvoir et les élites arabo-islamiques si elle avaient déclaré : « Nous sommes tous des kabyles. La kabylité est un patrimoine qui appartient à tous les algériens. Nul n’a le monopole sur la protection et la promotion de la kabylité. » Le problème aurait été tout autre, car c’est reconnaître la Kabylie et le peuple kabyles qui pose problème au gouvernement. Un kabyle est un habitant de la Kabylie ou originaire de cette région que l’on appelle « tamurt » et les membres de la diaspora ont encore des attaches très fortes avec la Kabylie, avec le peuple et la culture kabyles.

En voulant fédérer tous les peuples soi-disant amazigh de la nébuleuse tamazgha, les Kabyles ont renié leur kabylité, ont abdiqué leurs droits en tant que peuple et ont dilapidé tout le potentiel militant en le mettant au service d’une cause amazigh que les kabyles ont été les seuls à défendre pendant des décennies. Je ne minimise pas les efforts actuels de nos amis marocains et je pense qu’une coopération entre rifains et kabyles, en tant que peuples distinct de même origine, serait bénéfique.

La clarté dans la formulation d’un problème permet de fermer la porte aux mauvaises solutions. Les élites kabyles ont toujours évité la clarté dans leurs revendications comme s’ils craignaient qu’une solution « leur tombe dessus » et qu’ils ne sachent plus quoi en faire. Ils demandent l’impossible pour qu’ils n’aient pas à affronter ce qui relève du possible.

A travers sa culture, sa langue et son histoire, le peuple kabyle montre qu’il constitue une entité à part, une sorte d’îlot dans l’univers arabo-musulman algérien.

Du point de vue politique, les Kabyles montrent à chaque scrutin qu’ils ont des idées politiques constantes et différentes du reste de la population algérienne. Quand un mécontentement se manifeste dans la rue, il le fait à travers toute la Kabylie.

Pour tenter de résoudre des problèmes spécifiquement kabyles, des délégués venant de toute la Kabylie se réunissent ensemble, se reconnaissent, discutent et prennent des résolutions engageant la Kabylie et le peuple kabyle. Je ne vois pas ce qu’il y a de « national », ni même d’amazigh ou de berbère dans tout cela.

La Kabylie, le peuple kabyle, c’est du concret, du palpable, du vivant, du solide, de la chair et du sang, de la colère et des larmes, de la souffrance et du cœur.

L’amazighité, la berbérité, c’est du vent, du rêve, un non sens qui voudrait lier le kabyle au chleuh, le chawi au rifain, le mozabite au chenwi, et le tout disparaissant dans la même marmite.

Pourtant, la logique est simple : C’est en s’éparpillant, en se séparant que ces peuples ont plus de chance de survivre. Le rifain doit se battre en tant que rifain, le kabyle en tant que kabyle.

L’arabo-islamisme, notre adversaire pour ne pas dire ennemi, ne doit pas être confronté à un seul « problème ». Il doit avoir à digérer l’os kabyle, l’os rifain, l’os chleuh, l’os targui, l’os chawi, l’os muzabite, l’os chenwi et d’autres encore. C’est d’ailleurs pour éviter d’avoir affaire à plusieurs fronts que les pouvoirs algériens et marocains prennent les devants en « ramassant » leurs problèmes actuels et futurs dans le même sac : l’amazighité.

Traitement global et définitif ! On met tout dans le même sac et on ferme avec cinquante tours de ficelle ! On laisse juste un petit trou pour respirer. On est tous des imazighéne et on n’en parle plus. Cela ne coûte rien puisque l’amazighité n’existant pas, les arabes resteront quand même des arabes. Le reste, c’est de la gesticulation, et l’état pense nous avoir à l’usure.

Il nous reste donc à nous définir avec un terme exact qui nous représente réellement et qui nous distingue des autres, nous sommes Kabyles.

Ariless

Les Kabyles sont plus qu’une Nation : ils sont une civilisation

2
Louis Mélennec

Le royaume de France, en 1789, selon la formule célèbre, n’est qu’un agrégat de peuples inconstitués (Mirabeau). Il n’est composé que de provinces hétéroclites, gouvernées jadis par des princes indépendants.

Les Bretons, vieille nation d’origine antique, identifiés par des auteurs comme Jules César et d’autres, avant le Christ, sont privés en quelques mois de leurs institutions politiques – les Etats de Bretagne et le Parlement -, de leurs lois, de leur fiscalité, dépecés en « départements », et gouvernés depuis Paris par des corrompus et des incompétents, d’authentiques gauleiters; pire : des malades mentaux. Ils sont humiliés jusqu’à aujourd’hui. On prétend leur interdire de s’intituler Nation : seule la mirifique, qui n’existe en tant que telle qu’après le 12ème siècle, après avoir assassiné des centaines de milliers d’innocents, se décore de ce titre pompeux.

Mais on est vite rattrapé par la vérité. Ce n’est pas parce qu’un pays s’intitule nation qu’il est une nation; inversement, ce n’est pas parce qu’un pays colonial prétend intégrer une nation conquise dans son propre territoire, et nie la réalité de celle-ci, qu’elle cesse d’exister.

Les éléments de la nation étant aujourd’hui parfaitement définis – le territoire, la langue, les valeurs communes, surtout le sentiment d’appartenance, qui est l’élément le plus puissant -, les nations continuent à exister si ces critères sont réunis. La France est ridicule de croire que d’avoir intégré dans sa constitution les termes cocasses de « Une et Indivisible », a fait disparaître les nations bretonne, corse, alsacienne. Cette jolie formule est devenue depuis peu « la Hune et Hindivisible ». La nation béarnaise a certes été diluée en tant que telle, parce que la France a réussi à étouffer totalement le sentiment national dans ce pays; les Béarnais ont conservé une identité forte, mais ne sont plus une nation, parce qu’aujourd’hui, en leur fors intérieur, ils se sentent français : la lessive française, chez eux, a détruit le sentiment national.

Guy Hermet stigmatise ce comportement des pays qui détiennent la force de se décorer elles-mêmes du titre de « nations », alors qu’elles refusent par la violence à d’autres, militairement moins fortes ou impuissantes, le droit de revendiquer cette appellation, alors qu’elles sont plus anciennes. Il ironise  :

 « Le rejet de ces petits nationalismes perturbateurs … quand les grandes puissances du moment honnissent chez les autres ce qu’elles ont acquis pour elles-mêmes ».

Louis Mélennec

42ème Tafsut Imazighen – Printemps Amazigh

0
Kamira Nait Sid

Le printemps Amazigh célébré chaque année, est moment rituel de résistance et de lutte des Amazighs, dans tous les pays où ils vivent, dans le but de préserver leur existence face à des Etats oppresseurs. Partout, les Amazighs subissent le racisme, les discriminations, la
marginalisation, les injustices et les violences sous toutes leurs formes.

Aujourd’hui notre pensée va naturellement à toutes les victimes de la répression aveugle, Kabyles, At-Mzab, Chawis, Kel-Tamasheq (Touaregs), en Algérie, Rifains au Maroc, tous injustement emprisonnés. Nous exigeons une nouvelle fois leur remise en liberté
immédiatement. Nous exprimons également notre solidarité fraternelle avec nos sœurs et frères de Libye, de Tunisie, de Siwa, de l’archipel canarien et avec les populations Kel- Tamasheq au Niger et au Mali qui subissent des attaques criminelles répétées de la part de groupes armés affiliés à Daesh, sous le regard des forces armées des gouvernements locaux et étrangers. La sécurité et le progrès dans ces territoires ne pourront jamais être assurés sans la participation effective des communautés autochtones.

Le Congrès Mondial Amazigh salue le grand courage et l’esprit de résistance de sa coprésidente Kamira Nait Sid, arbitrairement incarcérée en Algérie depuis près de huit mois et lui renouvelle son soutien indéfectible. Le CMA continuera d’agir sans relâche pour sa
remise en liberté.

Dans un monde soumis aux intérêts égoistes, les Amazighs n’ont pas d’autre choix que de rassembler toutes leurs forces et de renforcer leurs capacités afin de protéger leurs biens communs menacés par les prédateurs qu’ils soient étatiques ou non étatiques.

Le Congrès Mondial Amazigh poursuivra avec détermination sa noble mission en faveur de tous les droits individuels et collectifs des Amazighs tels qu’ils sont reconnus par le droit international.

Dans ce sens, le CMA appelle les institutions et organisations amazighes à déclarer le 20 avril, « journée internationale de la résistance et de la liberté des Amazighs ».

Par leurs luttes et leurs sacrifices, nos ainés ont tracé le chemin pour défendre Tamazight, la justice, la dignité et la liberté. Poursuivrons ce héroique combat sans fléchir.

Bureau du Congrès Mondial Amazigh

Paris, 6/04/2972 – 18/04/2022

Lettre du CMA aux candidat-es à l’élection présidentielle française

2

Mesdames, Messieurs les candidat-es à l’élection présidentielle française d’avril 2022
Mesdames, Messieurs

En tant que Français d’origine amazighe (berbère), nous souhaitons attirer votre attention sur deux questions qui sont fondamentales à nos yeux.


1- La France, dirigée par des gouvernements de droite, du centre ou de gauche, prétend lutter contre le racisme, les discriminations et les communautarismes mais dans les faits, elle a toujours traité avec respect et considération certaines communautés, tout en occultant d’autres. Ainsi, la communauté franco-amazighe est frappée d’ostracisme, amalgamée et poussée vers le communautarisme arabo-islamique. Pourtant, les Franco-Amazighs (ou Franco-Berbères) qui représentent environ la moitié des citoyens français et immigrés d’origine nord-africaine, sont présents en France depuis plus d’un siècle et sont très attachés aux valeurs de la République, dont
la laïcité.

Nous souhaitons que la France ouvre enfin les yeux sur cette réalité et qu’elle traite les Français d’origine amazighe comme tels et à égalité en droits avec les autres communautés sans privilèges pour aucune d’elles. Par exemple, si la France enseigne les langues et cultures de certaines communautés françaises d’origine étrangère, elle doit enseigner également la langue et la culture amazighes. Sinon, il y a une discrimination et cela serait inacceptable.


2- Dans la crise entre l’Ukraine et la Russie, la France a courageusement apporté son soutien indéfectible à l’Ukraine agressée. Nous saluons la position française qui se range ainsi aux côtés du droit et contre la loi de la jungle. En revanche, nous ne comprenons pas pourquoi la France garde le silence et fait mine de ne pas voir les graves violations des droits de l’homme notamment en Algérie, au Maroc, en Libye et au Sahel. Au Maroc, des personnes Rifaines ont été jetées en prison pour 20 ans, de manière tout à fait arbitraire. En Algérie, le régime militaire qualifie de « terroriste » des défenseurs des droits de l’homme, des journalistes, des écrivains, des étudiants,
et les condamne sévèrement. Ainsi, environ 300 Kabyles sont en détention provisoire, dont Kamira Nait Sid, la coprésidente de notre ONG.

La France ne doit pas accepter le marchandage pétrole et gaz algériens contre son silence sur les graves exactions que commet quotidiennement le régime militaire algérien.
En tant que Franco-Amazighs, nous vous demandons de faire cesser le soutien inconditionnel qu’apporte la France à des gouvernements anti-démocratiques et qui oppriment particulièrement les Amazighs.

Notre vote dimanche prochain tiendra compte de vos réponses sur ces deux points. Dans l’attente, nous vous prions d’agréer, Mesdames, Messieurs, notre considération distinguée.
Paris, 04/04/2022
Le Bureau du Congrès Mondial Amazigh

La Kabylie et le nouvel ordre mondial

4
Lyazid Abid

Un militant de l’URK résident légalement en Ukraine a été interpellé, cette semaine, par des militaires russes aux environs de Soumy, une ville du nord-est de l’Ukraine. Soumis à un interrogatoire, durant lequel il avait refusé de contacter les autorités consulaires algériennes à Moscou afin de confirmer son identité, il a été soupçonné d’espionnage. Après une fouille minutieuse de son téléphone portable suivi de quelques appels téléphoniques à la recherche d’indices, les agents russes ont compris qu’il était kabyle, engagé pour l’indépendance de la Kabylie et consultait régulièrement le site Tamurt, ce que le militant de l’URK leur a confirmé. Ne trouvant aucun autre prétexte pour le garder au-delà de 4 jours, les militaires russes lui ont dit, avant de le laisser partir, que l’Algérie est un pays ami de la Russie que les séparatistes kabyles cherchent à diviser.

L’Union pour la République Kabyle (URK) salue le courage et la fidélité de son militant N. A. établi depuis longtemps en Ukraine. « Je ne peux passer ma vie à fuir. Malgré la guerre, je resterai, ici, en Ukraine, pays de ma femme et de mes enfants. Mon pays d’accueil n’a agressé personne. Je le défendrai comme si c’était ma Kabylie », s’est-il confié à notre direction.

Tous les Peuples d’Algérie auxquels se joint l’URK savent que la Russie commerce bien avec l’Algérie. Ils savent aussi que cette relation n’empêchera pas le Kremlin de vérifier le déni d’existence du peuple kabyle et le comportement colonial des services de sécurités algériens en Kabylie. N’importe quelle chancellerie peut facilement constater que le seul sentiment commun à tous ces peuples est la peur. La peur d’être persécuté par les autorités algériennes.

L’URK partage la souffrance des Ukrainiens jetés par millions sur la route de l’exil et exprime sa solidarité avec les autorités ukrainiennes résolues à défendre leur pays jusqu’à la victoire malgré la lâcheté d’une Europe plus soucieuse des enjeux financiers et par l’extension des frontières de son marché économique que par la sécurité et la paix de ses peuples.

Malgré les terribles tensions qu’on observe actuellement aux frontières de la Fédération de Russie, on peut dire que l’ex URSS était plus clémente envers ses Républiques que le pouvoir arabo-baathiste algérien envers ses peuples. À titre d’exemple, la Kabylie, les Touaregs, les Mozabites, les Chaouis n’ont pas eu droit à une reconnaissance géographique, linguistique et culturelle comme ce fut le cas pour les Républiques de l’ex URSS. 
L’arabisation et l’islamisation des Amazighs par la force puis la falsification de leur histoire ont fini par faire admettre même à l’occident que l’Afrique du Nord se situe au Moyen-Orient. La Kabylie n’est certes pas en guerre conventionnelle contre Alger mais cela ne signifie pas qu’elle est en paix. Il n’y a qu’à voir le nombre de Kabyles assassinés par les forces de sécurité algériennes et les centaines de militants, arrêtés arbitrairement, qui croupissent depuis des mois dans les prisons algériennes sans procès ni jugement. Les Russes et leur Gouvernement comprendront aisément que comme pour Lougansk et Donetsk, la Kabylie a aussi droit à sa République. Il ne peut en être autrement. Le droit à l’autodétermination est universel ou ne l’est pas du tout.

Au-delà de la déclaration de guerre hautement condamnable de Vladimir Poutine, sous prétexte de l’hypocrisie avérée de l’occident, l’invasion militaire de l’Ukraine par la Russie, un des cinq pays membres du Conseil de Sécurité de l’ONU, sonne le glas de cette institution internationale qui a vu le jour à la fin de la deuxième guerre mondiale. Son rôle principal est la prévention des conflits, mais n’a jamais réussi à empêcher les guerres, surtout celles provoquées par l’un de ses cinq membres permanents, dotés d’un droit de veto. Cette défaillance appelle inévitablement un nouvel ordre mondial. L’histoire n’est donc pas si prévisible. Sa fin non plus. Le monde change et le sera davantage. Les frontières encore plus. La France, malgré la rigidité de son système jacobin, cède à des impératifs géopolitiques. La fissure de son jacobinisme n’est pas due à une contrainte temporelle mais à un besoin impérieux de solutions pérennes aux conflits chroniques. Si la France cède à la Corse son autonomie, l’Algérie, qui a hérité ses frontières et le mode de fonctionnement de la France coloniale, cédera aussi tôt ou tard à la Kabylie son droit à l’autodétermination.

L’occident, sur lequel l’espoir de la Kabylie repose doit dès lors intégrer le droit à l’autodétermination de la Kabylie dans sa future feuille de route. L’un des enjeux majeurs de la nouvelle organisation mondiale, en plus du défi écologique, est la promotion du droit à l’indépendance des peuples annexés de force aux nouveaux pays issus de la décolonisation. 
C’est la garantie pour un ordre mondial équilibré et plus harmonieux.

La Kabylie, de son côté, doit s’introduire dans le nouvel ordre mondial. En attendant, rien ne doit nous échapper : ni notre mobilisation à libérer nos prisonniers politiques, ni notre détermination à délivrer la Kabylie du joug colonial. Notre droit à l’autodétermination est un impératif, une priorité et un enjeu majeur que nous devons honorer tous ensemble. 

Lyazid Abid pour l’URK

Adresse mail : [email protected]

Libérez Kamira Nait Sid et tous les prisonniers politiques en Algérie

2
Kamira Nait Sid

Kamira Nait Sid, coprésidente du Congrès Mondial Amazigh (CMA) est en prison depuis près de sept mois. Elle est emprisonnée sans aucun motif légitime et sans avoir été jugée à ce jour. Elle est accusée de « terrorisme » et de « complot contre l’Etat algérien » alors qu’elle a toujours agi pour la défense et la promotion des droits des Amazighs dans un cadre légal et de manière toujours pacifique. Les accusations portées à l’encontre de Kamira Nait Sid sont donc totalement infondées. En conséquence, elle est une prisonnière politique et sa détention est totalement arbitraire.

L’enlèvement de Kamira Nait Sid par les services de sécurité algériens le 24 août 2021, sa séquestration pendant sept jours et sa mise en détention provisoire depuis le 1er septembre 2021, ont été décidés et appliqués en violation des lois algériennes (Constitution, code pénal et code de procédure pénale) et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ratifié par l’Algérie.

Le droit à un procès équitable pour Kamira Nait Sid et les droits de la défense sont violés. En prison, son droit de s’entretenir librement et en toute discrétion avec sa famille et ses avocats n’est pas respecté. Depuis qu’elle est en prison, elle est souffrante et elle a beaucoup maigri. Les conditions de détention de Kamira Nait Sid sont anormalement mauvaises et cela porte gravement atteinte à sa santé. Le gouvernement algérien en porte l’entière responsabilité.

Comme des citoyens ordinaires, les avocats craignent eux aussi l’arbitraire de l’Etat algérien et par conséquent ils ne peuvent pas assurer convenablement leur mission, ni s’exprimer librement. Cela nuit gravement au droit des victimes d’être défendues selon les standards requis.

Conformément à sa mission, le CMA a porté plainte contre le gouvernement algérien pour l’enlèvement, la séquestration et la détention arbitraire de Kamira Nait Sid et a alerté et informé les organes internationaux compétents en matière de droits de l’Homme, sur la situation des détenus politiques Amazighs et notamment Kabyles en Algérie.

Environ 300 Kabyles, militants politiques ou associatifs, défenseurs des droits de l’homme, journalistes, écrivains, ou simples citoyens sont actuellement en détention provisoire, sans motif légitime. Les brigades de recherche et d’intervention (BRI), groupes de choc de la police algérienne, sillonnent la Kabylie nuit et jour pour procéder à des arrestations brutales, choquantes, semant la panique et l’angoisse parmi les populations. Ce climat de terreur a poussé à l’exil des milliers de jeunes kabyles depuis le début de l’année 2021. En Kabylie, la peur a également eu pour effet d’étouffer les activités sociales habituelles, de réduire considérablement l’entraide traditionnelle intra-communautaire et de contraindre les citoyens au repli sur soi, à l’isolement et au silence. Il est très difficile d’obtenir des témoignages même anonymes de cette situation effroyable à cause de la crainte des représailles individuelles et collectives. Les personnes les plus âgées rapportent qu’elles n’ont jamais connu ce climat d’épouvante généralisée, pas même durant les années les plus sombres de la période coloniale française.

La direction du Congrès Mondial Amazigh réaffirme son soutien infaillible à Kamira Nait Sid et appelle instamment les plus hautes autorités civiles et militaires algériennes à libérer immédiatement la coprésidente du CMA et tous les détenus politiques et d’opinion en Algérie. La politique répressive est une voie inhumaine et dangereuse car elle est porteuse de conflit et de régression. Le pouvoir politico-militaire algérien doit revenir à la raison et entamer un dialogue sincère et serein avec les Amazighs et les Kabyles particulièrement, en vue d’aboutir à une paix durable dans le pays.

Le CMA demande une nouvelle fois aux organisations internationales et régionales d’exiger fermement du gouvernement algérien qu’il mette un terme immédiatement à la répression qu’il exerce contre les Amazighs et les Kabyles en particulier et qu’il respecte enfin ses obligations internationales en matière de droits humains. Le CMA poursuivra sans relâche son action pour zéro impunité en Algérie.

Paris, 4/03/2972 – 16/032022

Le Bureau du CMA

Non à la diabolisation de la Kabylie

3
Arte Alger Confidentiel

La mini série : « Alger confidentiel », diffusée par la chaîne Arte, est une atteinte à la Kabylie qui est faussement représentée comme une région terroriste. 
Ce film, tellement sensationnel et loin de la réalité socio-politique de la Kabylie et des Kabyles, induit en erreur les téléspectateurs moins connaisseurs et avisés. Non, la Kabylie n’est pas Kabilistan ! 
La Kabylie, avec son esprit pacifique et qui, depuis des décennies, souffre de la dictature algérienne, ne peut s’offrir en pâture et à la vindicte.

Il suffit de voir les kidnappings qu’opère le régime algérien sur les militants kabyles, toutes sensibilités confondues, surtout ceux du MAK, faussement traité de mouvement terroriste pour faire taire les revendications légitimes du peuple.

A travers son histoire récente, les Kabyles ont toujours mené un combat pacifique et pacifiste pour leurs droits ? Quand il y a eu des morts, en 80, pendant la décennie noire, en 2001 lors du Printemps Noir, lors des incendies criminelles de 2021, ce sont des Kabyles qui ont payé le prix. 

Le subliminal aidant, le drapeau Amazigh, accroché au mur de la chambre des ravisseurs qui torturaient un ressortissant allemand qu’ils ont kidnappé à Alger, n’est pas mis dans cette scène d’une manière anodine et innocente.  Ce même drapeau, brandit partout en Afrique du Nord, a été motif d’emprisonnement pour des dizaines de militants depuis le début du Hirak. Connivence ? Un service rendu au régime enfoncer davantage la Kabylie ? 

Abdel Raouf Dafri, le scénariste d’origine algérienne, et à l’origine de cette scène. A-t-il lui aussi, comme des milliers d’autres jamais inquiétés par la « justice », la haine du Kabyle et, par extension, celle de l’Amazigh?

Le combat de tous Imazighen, autochtones, pacifiques et dignes, ne doit et ne pourra pas être sali par une scène insultante. Imazighen ! Nous devons réagir et envoyer des messages à la direction des programmes d’Arte et les interpeller en masse. 

Noufel Bouzebdouja, écrivain comédien

« Amis Kabyles battez-vous ! »

3
Ikken Achour

LA LANGUE, l’IDENTITE nationale et l’identité personnelle.

Langue et identité sont indiscutablement liées. Changer de langue, a écrit Hagège, c’est changer de civilisation.

De très nombreux peuples conquis, surtout s’ils ont lutté pendant des siècles contre un ennemi qui parvient à les soumettre après des guerres multiples, sont ensuite persécutés par cet ennemi pour les absorber, et les faire disparaître en tant que nations. L’un des moyens utilisés par les occupants est l’obligation pour les peuples soumis de parler l’idiome du colonisateur. C’est l’un des aspects de la digestion du peuple soumis par le plus fort. Le but du pays occupant est d’annihiler la conscience nationale des peuples vaincus, de les fondre dans leur propre identité, toujours dans le même but : s’emparer des richesses des pays conquis, y lever des impôts, intégrer ses hommes, à son profit, dans ses armées, son administration, sa marine, ses guerres, son expansion coloniale, etc. Cela peut aller jusqu’à la persécution.
L’histoire ancienne et l’histoire récente abondent d’exemples connus, ce qui permet de mieux comprendre le crime linguistique perpétré par la France en Bretagne après la révolution de 1789, jusqu’à notre époque, et dans de nombreux autres pays, parmi lesquels la Kabylie et les pays berbères.

Dans le lointain passé, on cite volontiers Alexandre le Grand, qui – dit-on -, eut la volonté d’imposer la langue grecque dans son immense empire. C’est probablement une légende. Les Turcs ont interdit aux kurdes de parler leur langue, à partir de la création de la Turquie, même dans leurs familles, sous peine d’être arrêtés, torturés, frappés d’amende. La langue catalane est persécutée durant l’époque franquiste, et reléguée à la sphère domestique et folklorique, au nom de l’unité de l’Espagne. Mais ce peuple courageux, férocement attaché à sa culture, a résisté, et est un exemple pour le monde entier. Le Tibet est en voie de sinisation totale, obtenue par des persécutions visant tous les aspects de la culture et des mœurs tibétaines. Les Chinois se livrent à cette horreur absolue : le prélèvement d’organes, y compris sur des sujets vivants. (Parmi les admirateurs de l’œuvre « civilisatrice » de la Chine au Tibet : l’éminent professeur Mélenchon).

Changer de langue, changer de civilisation ? C’est vrai, j’en atteste. Je suis né en 1941, en pays bretonnant, aujourd’hui francisé à outrance. J’ai souffert de ce syndrome breton que j’ai décrit avec précision, car je suis médecin, et j’ai expertisé pendant 42 ans des traumatisés, notamment psychiques. Au fil des années, je suis devenu l’un des spécialistes des névroses post-traumatiques, j’ai dirigé de nombreux travaux universitaires sur ce thème. La France m’a exclu de toute possibilité de m’exprimer dans le moindre de ses merdias depuis 2002. Pire : les Bretons collaborateurs de l’État français en ont fait autant. Dans ma jeunesse, on avait honte d’être breton : merci à la France, donc. On ne comprend pas comment ce pays qui a réussi à faire croire à toute la planète ce mensonge éhonté : bonne dernière dans ce domaine, la France a réussi à faire croire à presque tous les pays du monde qu’elle a inventé les droits de l’homme ! Quel bonheur d’avoir contribué à la destruction de cette légende honteuse ! Des hommes politiques français ont fait semblant de se mobiliser : entre autres : François Mitterrand. Pour entretenir l’illusion, et perpétuer l’hypocrisie, la France a « autorisé » la création de quelques classes bilingues, mais freine de toutes ses forces en s’opposant férocement à toute progression de la langue nationale. Après un simulacre de débat au Parlement, elle a fait semblant d’autoriser les langues régionales, ce qui est fermement démenti sur le terrain. La politique de la France est l’éradication totale du breton.

Amis Kabyles, battez-vous, et ne faites AUCUNE concession à ceux qui vous trahissent. Parler sa langue est un droit de l’homme sacré.

Louis MELENNEC.

Ikken Achour
Ikken Achour, à gauche, condamné à 3 ans de prison ferme par le régime algérien pour avoir participé à une manifestation de contestation populaire. Le champion de boxe a été accusé de porter atteinte à l’unité nationale.

La civilisation pharaonique serait-elle d’origine amazighe ? 

2
Pyramides Oubari Libye

Dans une des déclarations choquantes, le grand égyptologue égyptien Zawi Hawass affirmait que les Égyptiens ne sont ni Arabes ni Africains. Nous pouvons parfaitement partager son avis personnel par rapport au fait que les Egyptiens ne sont plus des Arabes, cependant, Africains ils le sont bel et bien. De ce fait, nous pourront même aventurer à affirmer qu’ils sont plutôt d’origine Amazighe. Comment ?

L’un des premiers arguments qui m’ont poussé à y réfléchir c’est cette ancienne question que je me suis posée durant la décennie des années quatre-vingt, lorsque j’étais étudiant à l’université de Bordeaux II, et lorsque j’ai eu l’occasion de lire les études du fameux anthropologue Gabriel Camps, et plus concrètement son livre sur « aux origines de la Berbérie: monuments et rites funéraires protohistoriques ». Et ce qui m’a surpris le plus c’est de découvrir l’existence de petites pyramides en Algérie … Alors, je me suis posé cette question est ce que les grandes pyramides d’Egypte comme celles de Giza ne seraient-ils pas œuvres des artisans du peuple amazighe qui a les construites en Afrique du Nord et lors de ses déplacements de l’ouest vers l’est, à cause de la désertification du Grand Sahara, en évoluant des constructions très comme les tumulus, très abondants au Sahara marocain et au Sud-est, vers des constructions plus élaborés comme les 13 pyramides de Tousnina de la wilaya de Tiaret ou les pyramides marocaines de Ghires à Goulmima et ainsi de suite jusqu’à ce que les Amazighes construisent la civilisation pharaoniques et bâtissent de colossales monuments funéraires !!!

Mais les preuves les plus tangibles vont venir par la suite par la lecture de trois publications qui confirment, non pas cette probable origine amazighe des pharaons sinon la certitude comme quoi Egyptiens sont apparentés aux Amazighs.

La première preuve c’est la publication par l’Université Complutense de Madrid en 2011 de l’œuvre de mon ami Dr. Antonio Arnaiz Villena, avec son compagnon Jorge Alonso Garcia intitulé « Egipcios, Bereberes, Guanches y Vascos ». Ces auteurs avancent les preuves de l’anthropologie génétique comme quoi : « l’étude génétique des Egyptiens (basé sur les gènes HLA) et sa comparaison avec les autres peuples méditerranéens les situent dans un groupe majoritaire ancien qui inclut les Egyptiens, les juifs, les Crétois, les Marocains, Algériens, Italiens, Espagnols et Basques, qui ont eu des contacts génétiques et des flux culturels durant une très large période ».

La deuxième publication est de mon amie l’américaine Helene E. Hagan qui a eu l’amabilité de m’envoyer son livre « The Shining ones ; an etymological essay on the Amazigh roots of Egyptian civilization » publié en 2000 aux USA et où elle avance que à propos des racines amazighes de la culture égyptienne que : « Le XXe siècle a été témoin d’une découverte progressive d’informations projetant peu à peu l’histoire de la civilisation égyptienne plus loin dans le temps. Les premières populations de la vallée du Nil sont mieux documentées à l’heure actuelle qu’elles ne l’étaient il y a quelques décennies, et davantage d’informations sont également disponibles sur le complexe des oasis du désert occidental. On pensait à une époque antérieure que les plusieurs dynasties de pharaons, qui ont régné pendant environ deux millénaires, constituaient l’étendue de la civilisation égyptienne. Les estimations actuelles sont différentes, reconnaissant que l’ère du royaume était enracinée dans une culture antérieure du temps archaïque, au cours de laquelle les fondations du royaume égyptien ont été posées. Cette période prédynastique ou archaïque (5 000 à 3 000 avant J.-C.) n’a pas livré tous ses mystères. C’est l’objet de cette enquête, dont le but est de donner une nouvelle direction à des recherches déjà existantes pour la plupart, les recherches historiques et archéologiques ont été menées par des chercheurs traditionnels, imprégnés d’une conception spécifique de la civilisation et de l’histoire comme ayant ses racines dans la Grèce antique, sous-estimant les informations culturelles et linguistiques amazighes marginalisées qui auraient pu fournir des informations importantes sur les origines des régions occidentales de l’Égypte et un récit plus précis du passé de la région » et elle conclut sa modeste étude par cette réflexion : « J’avais une vague connaissance préalable que le territoire libyen s’étendait jusqu’au Nil à un moment donné, et que la langue amazighe et la langue égyptienne avaient certaines similitudes et appartenaient toutes deux à ce que les érudits classaient comme une famille de langues hamitiques. Je ne savais pas que, pas à pas, je rencontrerais tant de rapprochements, tant d’indices et de racines communes profondes, une vaste panoplie d’informations étymologiques que je n’ai nullement épuisées”.

La troisième publication qui va renforcer la relation des Amazighs et des Egyptiens avec plus de détails et plus de profondeurs vient de la part de la chercheur algérienne Taklit Mebarek-Slaouti qui a publié un extraordinaire ouvrage intitulé « Les Amazighs en Egypte. Des temps les plus reculés aux dynasties Amazighes » et que le Haut Commissariat à l’Amazighité a eu l’amabilité de m’envoyer et où madame Slaouti met la lumière sur une très longue période historique des relations complexes politiques, sociales, commerciales et culturelles entre les populations amazighes anciennes de Libye, du Sahara et de l’Afrique du Nord avec l’Egypte pharaonique.

Cet ouvrage, en se basant des données archéologiques sahariens, atteste du l’étroit contact et de la profonde influence culturelle entre les deux civilisations, l’égyptienne et l’amazigh ancien, comme le reflètent les peintures rupestres du Tassili N Ajjer, dont certaines représentent des chars tirés par des chevaux, et qui sont similaires à ceux qui étaient utilisés en Egypte. Ainsi et en fin de compte, le char de guerre tiré par des chevaux égyptien est d’origine saharo-amazigh et elle ajoute que ces relations politiques et sociales étaient tellement profondes que les tribus Amazighes ont fini par former des dynasties pharaoniques entières qui ont régné pendant plusieurs siècles sur l’Egypte, dont celle de Cheshonq Ier.

Et c’est dans ce sens que dans mon étude sur les femmes amazighes dans l’histoire, j’ai souligné qu’une des questions qui se posent avec acuité c’est celle de savoir si les reines égyptiennes, comme Nefertiti ou Cléopatre, ont elles des relations avec les femmes amazighes anciennes, du fait qu’elles partageaient l’ordre matriarcal, et où j’ai répondu par l’affirmative du fait que dernièrement des chercheurs s’alignent de plus en plus sur la conviction de l’idée que la grande civilisation pharaonique est d’origine amazighe. Les belles femmes égyptiennes anciennes, vénérées et admirées, à l’époque où les grecs et les romains se surprenaient profondément de leurs rôles et de leurs pouvoirs, celles-ci gouvernaient, décidaient et géraient le pays à l’égal des hommes, à l’encontre de la misogynie des religions patriarcales de judaïsme, du christianisme, de l’islam et des civilisations gréco-romaines. La reine Merneith, Néférousobek, Hatchepsout, Taousert, Tyi, Néfertiti ou Cléopâtre, qu’elle soit la mère, la sœur ou la principale épouse du Pharaon détenait un rôle politique de premier ordre en gérant les affaires de l’État à côté de celui-ci ou/et durant son absence ou sa mort !

Rachid RAHA

Président de la Fondation David Montgomery Hart des Etudes Amazighes

2022-2972 Une année de reconquête de tous les droits des Amazighs

3
Tafsut

Voeux du CMA pour Yennayer 2972-2022

Durant l’année qui vient de s’écouler, les Amazighs de tous les pays ont connu les injustices et les souffrances générées par la marginalisation, les spoliations de leurs droits et la répression.

En cette nouvelle année, nous pensons d’abord aux prisonniers politiques Rifains au Maroc, aux Kabyles, Chawis et At-Mzab en Algérie, condamnés ou en détention provisoire de manière tout à fait arbitraire. Nous exigeons leur libération immédiate et sans conditions et la réparation des préjudices qu’ils ont subis.

Il est du devoir de chaque citoyen, organisation de la société civile, élus indépendants, artistes et autres personnalités, d’être aux côtés des prisonniers politiques Amazighs et de prendre des initiatives courageuses pour leur exprimer notre solidarité, notre fraternité et pour dénoncer sans relâche les abus gouvernementaux.

Le Congrès Mondial Amazigh (CMA) rend un vibrant hommage à toutes celles et à tous ceux qui luttent et contribuent malgré les risques, pour protéger nos libertés et nos droits et qui en payent souvent le prix fort. Conformément à sa mission, le CMA poursuivra sans répit ses actions d’information et de sensibilisation des instances internationales afin d’obliger les gouvernements
dictatoriaux qui se sont imposés dans nos pays, à mettre un terme au racisme et aux violences d’Etat contre les Amazighs.

Le CMA rappelle que les frontières des Etats dans Tamazgha (nord de l’Afrique et Sahara) sont des frontières coloniales et exige leur ouverture immédiate, et notamment la frontière entre l’Algérie et le Maroc, ainsi que celle avec le Mali, le Niger et la Libye et l’abolition des visas et de toute forme d’entrave à la liberté de circulation dans cette région.

Après la reconnaissance officielle de Yennayer, Jour de l’An Amazigh, comme « jour de fête nationale » en Algérie, le CMA réclame instamment le même statut pour Yennayer dans tous les pays de Tamazgha.

Au niveau international, le CMA réaffirme que le dialogue international ne doit en aucun cas rester le monopole des Etats, excluant les peuples.

En conséquence, le CMA continuera de militer en faveur d’une représentation officielle des peuples autochtones au sein de l’Organisation des Nations Unies et de l’Union Africaine.

Pour porter ces ambitions fortes et poursuivre nos combats pour le respect de nos droits individuels et collectifs, le Congrès Mondial Amazigh souhaite à toutes et à tous une bonne santé, une forte détermination et beaucoup de courage pour faire de la nouvelle année 2972/2022, une année de reconquête de tous les droits des Amazighs.

Aseggas amimun, ameggaz, yeh’lan, ighudan, ifulkin…
Happy new year, Bonne année, Feliz año nuevo !

Paris, 1/01/2972 – 12/01/2022
Le Bureau et le Conseil Fédéral du CMA.

Photographie Tafsut Montréal

Des experts onusiens démasquent l’État algérien

0
ONU

Cinq mécanismes du Haut conseil des droits de l’Homme des Nations unies, basé à Genève, ont adressé une communication de quatorze pages au président de l’État algérien au sujet de textes de loi en rapport avec le domaine sécuritaire et la lutte antiterroriste que cet État a mis en œuvre. Les mécanismes onusiens proposent alors des commentaires et suggestions à propos de ces textes particulièrement l’Ordonnance n° 21-08 modifiant et complétant l’Ordonnance n° 66-156 du 8 juin 1966 portant Code pénal et la loi n° 20-06 du 22 avril 2020 modifiant également le Code pénal. Et c’est conformément à cinq résolutions du Conseil des droits de l’Homme qui portent essentiellement sur le respect des droits de l’Homme que ces mécanismes ont adressé cette communication au régime algérien.

Trois Rapporteuse spéciales, un Rapporteur spécial et un Groupe de travail onusiens [1] ont ainsi fait savoir leur crainte de voir l’adoption et l’application des textes législatifs algériens visés par leur communication « entraîner des atteintes importantes aux droits de l’Homme et aux libertés fondamentales, notamment le droit à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique, le droit à la sécurité de la personne […] ». Ils ont tenu également à rappeler que le Conseil des droits de l’Homme précise dans plusieurs de ses résolutions que « toute mesure prise pour lutter contre le terrorisme et l’extrémisme violent, y compris l’incitation et le soutien à des actes terroristes, soit conforme aux obligations des États en vertu du droit international ».

Les mécanismes rappellent le contexte dans lequel ces textes de loi ont été adoptés et ont pointé notamment le fait qu’ils n’ont fait l’objet d’aucun débat parlementaire vu que le Parlement a été dissout le 1er mars 2021. Il ne leur a pas échappé également que la société civile ait été « tenue à l’écart de toute discussion sur ces sujets ».

Les Experts onusiens ont ainsi fait part dans leur missive de sérieuses préoccupations relatives à la compatibilité de la législation antiterroriste du régime algérien avec le droit international. Cela concerne autant la définition de terrorisme selon les nouvelles dispositions du Code pénal introduites par l’Ordonnance n° 21-08 (30 mai 2021) que l’instauration de la liste nationale des personnes et entités terroristes ou encore la création de la Commission chargée de ladite liste.

Les cinq du Haut conseil des droits de l’Homme de l’ONU font part de leur préoccupation quant à la non-conformité de la définition de « terrorisme » dans cette nouvelle version de l’article 87 bis du Code pénal algérien avec les définitions retenues par le Conseil de sécurité et le mandat de la Rapporteuse spéciale sur la promotion et la protection des droits de l’Homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste. Ils relèvent par exemple, dans l’article 87 bis, la formule « moyens non constitutionnels » qui, selon eux, pourrait avoir un impact nuisible sur les libertés d’expression, d’association et de réunion pacifique. En effet, le régime algérien, considère « comme acte terroriste ou sabotage, tout acte visant la sûreté de l’État, l’unité nationale et la stabilité et le fonctionnement normal des institutions par toute action ayant pour objet, [entre autre] d’œuvrer ou inciter, par quelque moyen que ce soit, à accéder au pouvoir ou à changer le système de gouvernance par des moyens non constitutionnels […] ». Pour les experts onusiens, la formule « moyens non constitutionnels » pourrait être utilisée « à l’encontre de militants et manifestants non violents cherchant à faire avancer leur mouvement et leurs revendications par des canaux autres que ceux proposés par le cadre institutionnel établi par les autorités ». Ce qui conduit ces experts à supposer que toute critique ou opposition au système de gouvernance tel qu’établi par la Constitution algérienne de 2020 pourrait potentiellement être soumise au champ d’application de l’article 87-bis du Code pénal et d’être ainsi accusé de terrorisme. En d’autres termes, plus aucune opposition au régime ne pourrait s’exprimer. Et que dire de ceux qui ne reconnaissent pas l’Etat algérien ni ses institutions ? Les tenants du régime algérien feraient mieux de déclarer une dictature absolue et se retirer des conventions et pactes internationaux qu’ils ont signés et ratifiés. Cela aura le mérite de la clarté.

Au sujet de la Commission chargée de l’établissement de la liste des personnes et entités terroristes mise en place par le régime algérien, les experts onusiens ont fait savoir que tous ses membres « sont soumis au pouvoir exécutif et viennent, pour la plupart, des organes sécuritaires de l’État ». Ils ont également exprimé leur inquiétude quant à l’absence de dispositions relatives au « contrôle judiciaire ou législatif sur les activités de ladite commission ». Ceci contrevient aux normes internationales en matière de procédure équitable telles que stipulées par l’article 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques [2] ainsi que les articles 8, 9, 10 et 11 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

Le caractère vague du terme « outrage » utilisé dans ses textes par le pouvoir algérien n’a pas échappé à la vigilance des experts onusiens qui considèrent que, tel qu’il est utilisé, « peut porter une grave atteinte à la liberté d’expression dans la mesure où toute manifestation critique ou humoristique considérée comme pouvant nuire à l’honneur des magistrats, fonctionnaires, agents de la force publique ou imams peut faire l’objet de poursuites et de sanctions ». Ils rappellent ainsi au président algérien que le Comité des droits de l’Homme a indiqué que « le simple fait que des formes d’expression soient considérées comme insultantes pour une personnalité publique n’est pas suffisant pour justifier une condamnation pénale ». Il a fallu, au passage, rappeler à cette véritable mafia qui tente de (ré)instaurer un système dictatorial que « toutes les personnalités publiques, y compris celles exerçant les plus hautes fonctions politiques, telles que les chefs d’État et de gouvernement, sont légitimement l’objet de critiques et d’oppositions politiques ».

Dans leur missive, les experts onusiens ont fait part d’informations reçues, selon lesquelles « un nombre croissant de militants, journalistes et défenseurs des droits humains ayant joué un rôle dans le mouvement de protestation ont été poursuivis en justice sous des accusations liées au terrorisme », et ce depuis 2019. Ils ont rappelé également que « le Haut Conseil à la sécurité nationale […] a également qualifié de terroristes certains groupes participant au mouvement du Hirak ». Pourtant plus de 200 cents militants kabyles qui n’ont pas participé au mouvement en question croupissent depuis plusieurs mois dans les prisons algériennes car accusés de terrorisme. Nombre d’entre eux appartiennent au MAK ou à d’autres mouvements politiques kabyles comme l’URK, AKAL ou en encore le RPK. D’autres détenus, accusés de terrorisme, n’appartiennent à aucun mouvement politique. Et d’ailleurs, c’est sur la Kabylie et les Kabylie que le régime algérien s’acharne depuis plusieurs mois multipliant les actes d’agression. Les experts onusiens sont-ils en possession de tous les éléments d’information quant à la réalité de l’arbitraire que fait régner le régime algérien ?

Dans leurs observations finales, les experts onusiens ont précisé qu’il est de leur responsabilité, en vertu des mandats qui leur ont été confiés par le Conseil des droits de l’Homme, de solliciter la coopération des autorités algériennes pour « tirer au clair » les cas qui ont été portés à leur attention et sollicitent les observations et explications du gouvernement algérien à propos de six points. C’est ainsi que le régime algérien a été prié, entre autre, de fournir des informations détaillées sur la manière dont ses activités antiterroristes sont conformes à quelques 18 résolutions de divers mécanismes des droits de l’Homme des Nations unies.

Par ailleurs, et il est important de la savoir et de le faire savoir auprès des victimes de l’arbitraire de l’État algérien, les experts onusiens ont rappelé dans leur communication que pour celles et ceux qui ont été placées à tort sur les listes des personnes et entités terroristes, « soit parce que les renseignements sur lesquels l’ajout était basé étaient incorrects, soit parce que le nom sur la liste est un acronyme ou mal orthographié, une compensation ou une restitution devrait être disponible, conformément à la Déclaration des principes fondamentaux de justice relatifs aux victimes de la criminalité et aux victimes d’abus de pouvoir. Cette dernière prévoit que les États ont l’obligation de fournir une réparation aux victimes de crimes et d’abus de pouvoir ». Voilà un des sujets qui doit occuper la militance kabyle ainsi que les juristes de Kabylie : l’Etat algérien devra payer pour ses abus de pouvoir, mais aussi pour ses crimes.


Masin Ferkal

source : Tamazgha.fr

[1] Fionnuala Ní Aoláin (Rapporteuse spéciale sur la promotion et la protection des droits de l’Homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste), Miriam Estrada-Castillo (Vice-présidente du Groupe de travail sur la détention arbitraire), Irene Khan (Rapporteuse spéciale sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression), Clément Nyaletsossi Voule (Rapporteur spécial sur le droit de réunion pacifique et la liberté d’association), Mary Lawlor (Rapporteuse spéciale sur la situation des défenseurs des droits de l’homme).

[2] Ratifié par l’État algérien le 12 septembre 1989.

L’harmonie perdue

0
Shamy Radio

Je m’adresse aux Kabyles et à ceux qui rêvent de l’être…

Mon premier souhait est qu’ils prennent conscience de leurs identité, culture, langue et qu’ils n’oublient pas que nous sommes un peuple libre ; une civilisation qui n’a jamais conçu de prison. Une personne commettant l’irréparable s’expose à la quarantaine ou au bannissement, selon la gravité du délit.

Nous sommes aussi un peuple dont un proverbe dit : On ne meurt pas de faim, car pauvre ou riche le partage et l’entraide sont de mise.

Chez les Kabyles, le premier acte avant même la construction d’une maison, c’est la plantation dans son jardin, d’arbres fruitiers. Pour nous, l’arbre c’est la vie.

Dans notre culture, lorsqu’une famille décide de construire une maison, chaque habitant du village offre une journée de travail gratuit jusqu’à la finition. Le jour de la réalisation de la toiture, tous les villageois se mettent à l’œuvre comme un seul homme. La construction terminée, les habitants se retrouvent ensemble afin de partager le repas, faire la fête et les chants, les danses battent leur plein.

À présent, nous avons oublié que nous sommes une société matriarcale.

Deux exemples pourtant le rappellent : Damiia – Kahina qui a combattu l’invasion arabe et Fetma N Sumer qui s’est battue contre la colonisation française, surnommée par le Maréchal Rondon la Jeanne d’Arc kabyle.

Chers frères kabyles, si vous appliquez les principes de votre civilisation, vous retrouverez la paix et votre intégrité territoriale. Loin de moi l’idée de moraliser mes propos, mais si je m’adresse à vous ainsi, c’est dans le but d’essayer de retrouver une harmonie perdue. Soyons dignes, restons nous-mêmes, ne nous égarons pas à prendre les mauvaises pratiques des envahisseurs successifs distillées dans le but de nous diviser, de semer la discorde.

Ne confondons pas un différend entre frères, ce qui est naturel, avec la soumission imposée par l’envahisseur venu nous rendre à l’état d’esclaves et piller nos richesses.

Ne faites pas d’un autre Kabyle votre ennemi, sinon vous devenez l’ennemi de vous-mêmes.

Un proverbe dit : ton frère, quoi qu’il fasse, demeure ton frère. Ne nous laissons pas berner par ceux venus nous exterminer.

Nous, les Kabyles, vivons actuellement la période la plus cruciale de notre histoire ; ne jouons pas avec notre propre existence. Nos différences importent peu, nous devons nous réconcilier afin de sauver notre histoire millénaire, nos coutumes, notre existence.

Les KDS sont certes un grand obstacle ; notre devoir est de les convaincre pacifiquement et de ne pas tenir compte de ces faux Arabes assassins actuellement au pouvoir, qui nous oppriment, voulant être plus Arabes que les Arabes.

Lors de la coupe de football arabe, un journaliste koweitien s’est adressé aux joueurs marocains, tunisiens, algériens :

– Vous êtes ici pour garnir les gradins du stade, car vous n’êtes pas Arabes, mais Amazighs…

Aucun dirigeant d’Afrique du Nord n’a osé relever ni souffler mot !

L’Algérie n’a pas gagné la coupe arabe, mais les enfants d’émigrés ayant appris à jouer au football en Europe et comme des demeurés, ceux qui se disent Arabes algériens ont envahi les rues, les boulevards jusqu’aux Champs Élysées pour exprimer leur joie.

Une fois le tournoi terminé, les joueurs enfants d’émigrés dont beaucoup de Kabyles, sont revenus en Europe où ils vivent avec leurs familles.

Cette histoire rappelle celle de Tarik Ibn Ouzyad qui, après avoir conquis l’Espagne au nom de l’islam, fut piégé par les Arabes et décapité à Damas.

Tout comme celle de la guerre d’Algérie gagnée par les Kabyles et les Chaouis.

Une fois de plus, les faux Arabes au pouvoir depuis 1962 considèrent le pays comme leur propriété privée. Le seul moyen de sortir du cauchemar, c’est que chaque peuple du nord de l’Afrique prenne son indépendance et réalise le rêve de tous les Amazighs : la création des Etats Unis Amazighs.

Ne confondons pas religion et identité. Les Iraniens sont musulmans, les Turcs, les Indonésiens, etc. mais aucun ne se dit arabe. Nos ennemis sont les assassins au pouvoir dans toute l’Afrique du Nord, de Sioua jusqu’à l’Atlantique. Cette querelle infantile doit cesser pour le bien de tous. Que ceux qui se disent Arabes prennent l’identité amazighe soit une carte de séjour comme c’est le cas dans le monde quand les anciens envahis recouvrent leur indépendance. Ces faux Arabes ne sont pas dérangés de prendre la nationalité française y compris certains ministres et leurs enfants, tout en passant leur temps à critiquer la France. En attendant, cette dernière donne du travail aux émigrés du nord de l’Afrique et non les pays arabes du Golfe. Pourtant, ce ne sont pas les richesses qui leur manquent.

Nous devons réfléchir à la façon de faire sortir de prison nos frères et sœurs. Je leur dédie cette chronique en leur souhaitant courage et santé. Qu’ils sachent que nous pensons à eux à chaque instant et que nous n’oublierons jamais leur sacrifice et l’injustice dont ils sont victimes.

Shamy Chemini

Co-fondateur du groupe Les Abranis, auteur compositeur, écrivain, réalisateur

28 décembre 2021

One two three, viva la connerie !

3
Shamy Chemini

La majorité des arabophones algériens sont des hybrides mutants ; les malheureux ne savent pas qui ils sont, le pouvoir algérien ayant coupé leurs racines amazighes. Ils sont dans le comble du paradoxe.

Vivant sous la dictature de leur pays et dans la misère, ils décident de devenir harragas.

Le voyage coûte une fortune ; ils embarquent dans des embarcations misérables et certains perdent la vie en mer Méditerranée, devenue un cimetière, se font dévorer par les poissons et autres crustacés vendus aux marchés, achetés et mangés souvent par les parents des enfants noyés.

Une fois arrivés en Europe, ceux qui ont la chance de survivre, tels des excités sans mémoire, brandissent le drapeau du pays qui les a jetés à la mer ; enfants égarés sans mémoire ni racines, ils sont fiers de ceux qui provoquent leur mort.

Les trois pays du nord de l’Afrique, Maroc, Algérie, Tunisie vivent la même humiliation, le même ridicule.

Ils se sont rendus au Qatar pour jouer lors de la Coupe arabe de football et au moment où le tournoi aller commencer, un journaliste qatari, s’adressa à ces trois pays en leurs disant : « Vous ne devriez pas participer à cette coupe, car vous n’êtes pas Arabes, mais Berbères ; si vous êtes ici, c’est pour garnir les gradins. » Sans commentaires !

Les pays du Golfe ne cesse pourtant pas de dire aux peuples nord-africains qu’ils sont Berbères…

Hélas, sans mémoire ni racines, ils veulent être plus Arabes que les Arabes, malgré le rejet de ces derniers. Pauvres peuples d’Afrique du Nord !

Après la victoire de l’Algérie sur le Maroc, les Algériens arabophones de France ont envahi les Champs Élysées avec le drapeau algérien représentant un pays qui ne veut même pas d’eux. Ils ont été récompensés par les bombes lacrymogènes de la police française pour les faire évacuer l’avenue obstruée par ces excités en délire hurlant « Viva Algéria ».

Pauvre peuple, pur produit de l’école algérienne…

Shamy Chemini
Co-fondateur du groupe Les Abranis, auteur compositeur, écrivain, réalisateur
Le 17 décembre 2021

La coupe Arabe des nations, une compétition sportive sous l’étiquette ethnique et raciale !

3
Fifa Qatar

C’est unique dans son genre, la coupe arabe des nations, une compétition qui regroupe des équipes du monde dit arabe qui vient de se dérouler Qatar, arrive à sa phase finale, au podium, deux équipes de l’Afrique du nord qui s’affronteront ce … pour arracher le titre de champion arabe

Un autre titre, qui les arabisera davantage et qui les enfoncera encore dans le gouffre qui a déjà englouti leur histoire, leur langue, leur identité amazighe et leur dignité.

Il faut tout de même le rappeler, la coupe arabe des clubs est bien connue des amateurs du football dans les pays concernés, car elle existe depuis le début des années 80, les clubs algériens dont la J S Kabylie, marocains, tunisiens, libyens ont toujours participé. Toutefois cette compétition n’est jamais inscrite officiellement dans l’agenda de la FIFA, ce qui veut dire que c’est une compétition non reconnue par cette instance tutelle du football dans le monde. D’ailleurs des clubs peuvent bien refuser d’y participer sans risquer les sanctions de la FIFA comme c’est toujours le cas dans les autres compétitions reconnues.

La Qatar, petit pays qui galvanise le monde par l’argent du pétrole, abritera la coupe du monde du football en 2022, un privilège de marque pour un riche petit pays qui a presque tout et qui peut se permettre de tout acheter dans ce monde régi par la finance. Ce même pays est ‘initiateur de ce tournoi des nations arabes, ceci n’est autre qu’une ambition supplémentaire qui s’inscrit dans la violenté des pays du golf d’étendre leur influence et leur main mise sur les autres pays qui se reconnaissent comme étant arabes notamment les pays de l’Afrique du nord téléguidés idéologiquement depuis le moyen orient.

Toutefois, on se demande quand même comment une telle compétition portant un chapeau racial ait pu avoir la reconnaissance de la FIFA.

Usons un peu de l’extrapolation, peut- on imaginer une autre compétition officielle pas un simple tournoi sous l’égide de la FIFA qui porterait un titre’’ Coupe espagnole’ regroupant l’Espagne et ses anciennes colonies ? ou encore est-il possible une coupe anglaise, réunissant L’Angleterre, Afrique du sud, Nigeria, l’Inde et les autres pays dont on parle anglais ?

La réponse est non, d’abord parce que, premièrement une telle appellation à connotation ethnique ou raciale ne passera jamais dans les pays occidentaux et deuxièmement, contrairement aux pays arabes du golfe, l’Espagne ou l’Angleterre, n’ont pas comme ambition et en tous les cas, pas une priorité pour eux , de raviver leurs empires et leur influence culturelle, voire raciale dans le monde par le biais d’une compétition sportive.

La reconnaissance de la FIFA impliquera que, si demain, une équipe de l’une des nations qui ne sont réellement pas arabes, comme les équipes de l’Afrique du nord, décide de boycotter cette compétition, elle sera lourdement sanctionnée par cette instance.

Nous le savons pertinemment que ce scénario est d’ordre fictif pour ne pas dire fantastique car, dans l’esprit des dirigeants et d’une grande partie des peuples des pays de l’Afrique du nord, l’arabisme a déjà atteint son stade irréversible, aujourd’hui plus arabe qu’un algérien, un tunisien, ou marocain, tu meurs.

Toi l’africain du Nord d’origine Amazigh bien évidemment, amateur du foot, bien assis, en face de ton écran télé, sur ton canapé ou peut-être sur une chaise dans un café, tu te dis, «non, ce n’est qu’ une compétition sportive et pas plus» ou encore «arrêtez de tout politiser» comme ils disent les nôtres, c’est trop tard,  c’est déjà le cas. Alors, tu regarderas avec hystérie la finale qui opposera l’Algérie et la Tunisie*, ne frissonne pas trop, quel que soit le résultat de la rencontre , le principal vainqueur est déjà le Qatar et les arabes du Golf.

Bon match quand même ! Axxam yarɣa, anef  meqar a n s aḥmu. Puisque la maison prend feu, profitons-en pour se chauffer.

L.C.

*samedi 18 novembre 2021 – 16h