Doina Guriță: la poésie est une véritable voie de guérison

Elle est professeur à l’Université « Petre Andrei » de Iași, poète, membre de l’Union des Écrivains de Roumanie, membre de la Société des Poètes et Artistes de France, membre de l’Union Nationale des Écrivains d’Espagne, membre de l’Union des Journalistes Professionnels de Roumanie, Doina Guriță revient dans cette interview pour nous parler de sa poésie et de sa participation à la troisième édition du festival de poésie « La Tour Poétique».

Bonjour Madame Doina Guriță, nous sommes ravis de vous interviewer sur Kabyle.com !  Qui êtes-vous Madame Doina Guriță ?

D.G. Bonjour et merci d’avoir pensé à moi, je suis très heureuse et enchantée. Je suis une épouse, mère de cinq enfants, professeur à l’Université « Petre Andrei » de Iasi, dans le domaine du Marketing (une spécialisation que j’ai également suivie pour mon doctorat). Je suis aussi poétesse, membre de l’Union des Écrivains de Roumanie, membre de la Société des Poètes et Artistes de France, membre de l’Union Nationale des Écrivains d’Espagne, membre de l’Union des Journalistes Professionnels de Roumanie et de beaucoup d’autres sociétés et associations culturelles en Roumanie et à l’étranger.

Comment êtes-vous arrivée à la poésie ?

D.G. Mes débuts remontent à la fréquentation du cénacle patronné par Cezar Ivănescu (1946-1986), l’un des grands poètes roumains de l’époque (entre 1978 et 1982, j’ai fréquenté le lycée économique de Iasi, ville qui possède une vaste et constante tradition culturelle). Mais j’ai commencé à écrire plus tôt, par passion, en suivant un appel intérieur, à l’âge de 12 ans, enchantée par mon village natal, par l’amour que je portais à mes parents et à Dieu. J’étais fascinée par la poésie d’Eminescu, et les premières pensées que j’ai écrites en vers faisaient en quelque sorte partie d’un canon
établi, d’un paradigme d’une pensée sans retour, dans laquelle la recherche et la souffrance deviennent des formes déterminantes de l’existence dans la pensée lyrique. Je me sens tellement bien quand j’écris que je me sens née pour écrire. Je crois que toute inspiration est un don divin qui doit être cultivé.

Comment vous définissez le « poète » ?

D.G. Je ressens naturellement le désir de définir un credo poétique identifié dans quelques textes qui, bien qu’ils ne visent pas à couvrir toutes les valences discursives qui me caractérisent, sont révélateurs en ce sens. Pour moi, la poésie est associée à tout ce qui existe, au ciel et à la terre, à l’univers vu et à la pensée de « ce qui sera au-delà » ou de ce qui est réellement au-delà, aujourd’hui et dans le futur, me laissant toujours poussé par un vol symbolique, à la recherche d’un « vert paradis ». C’est la poésie qui conduit le rêve au premier univers, où le seul protecteur est l’icône de la Vierge et la
figure de la Mère, et c’est aussi la poésie qui peut conduire à l’abîme, au « coin le plus caché du cœur ». Mais la poésie est une véritable voie de guérison, une voie de sortie de l’enfer quotidien, une image que l’on retrouve dans de nombreux textes de mes volumes.

En effet, la pulsation poétique dominante vient précisément de la souffrance recherchée, assumée, découverte, presque désirée, dans un sens éminescien troublant (« Souffrance toi, douloureusement douce »). Elle se trouve dans des vers qui imposent les germes d’un sentiment sensible, toujours ouvert à la recherche et à l’achèvement : la prière, la douleur, la Mère, le Seigneur céleste, l’illusion, le bonheur perdu, l’incertitude de l’avenir, la défaite et, surtout, l’amour… L’« abîme », c’est-à-dire le cri tragique, devient symbolique L’amour, bien qu’humidifié et invoqué, est associé, au-delà du sentiment plein, à la libération et à la purification, au salut, à l’espoir d’un monde nouveau, au temps irréversible, au nard, comme parfum symbolique, à de nombreuses
contextualisations à travers les saisons préférées (printemps et automne), les lucioles et le coucher de soleil, les fleurs. On y retrouve l’image de la mère et l’image modulée de la lumière libératrice, le tout réuni dans un bouquet de présents éternels.

Vous écrivez en deux langues, le roumain et le français. Est-ce que le choix d’une langue d’écriture poétique détermine la thématique abordée?

D.G. J’écris dans ma langue maternelle, le roumain, mais j’ai des liens très étroits avec la France. J’ai étudié le français depuis l’école primaire, puis au collège, au lycée et à l’université. J’ai une affinité pour cette langue, mais aussi pour la culture française. Je suis fascinée par tout ce qui est français, des petits détails de la cuisine aux châteaux et lieux fascinants, et surtout par l’histoire glorieuse, de Clovis à aujourd’hui.

J’ai eu la chance de faire des voyages en France, de visiter des lieux, d’échanger des expériences, mais l’étreinte la plus importante que ce pays m’ait donnée a été l’opportunité d’étudier en tant que doctorante en marketing à l’université « Jean Moulin », Lyon 3, avec le professeur coordinateur Yves Negro, au centre de recherche « Magellan ». J’y ai effectué un travail de terrain dans plusieurs régions de France et rencontré des collègues qui sont aujourd’hui mes amis. Depuis près de cinq ans, je suis membre de la Société des Poètes et Artistes de France (SPAF), où je me sens privilégié et honoré. Je tiens à remercier les présidents, Jean Jaques et Christine Chiron, ainsi que le vice-président, Pascal Lecordier, pour leur accueil chaleureux et généreux.

Quels sont les poètes qui influencent votre écriture poétique? 

D.G. Parmi les poètes roumains, je citerais tout d’abord Mihai Eminescu, notre plus grand poète, le poète national. Puis George Coșbuc, Lucian Blaga, Tudor Arghezi, Nichita Stănescu, Radu Stanca, George Lesnea, Vasile Militaru, Adrian Păunescu. En même temps, je suis fasciné par tous les poètes avec lesquels mon âme vibre. Parmi les poètes francophones, j’ai lu et je continue à lire Charles Baudelaire, Victor Hugo,

Arthur Rimbaud, Guillaume Apollinaire, Paul Verlaine et, surtout, Anna de Noailles, qui, comme on le sait, était roumaine de naissance, portant le nom de la grande famille princière Brâncoveanu. Parmi mes contemporains, j’ai une affinité pour la création poétique d’Emilian Marcu (de Iași), de Florentin Palaghia (qui vit à Paris), de Christian W. Schenk (qui vit en Allemagne) et d’autres.

Votre dernier receuil de poésie lu?

D.G. Le dernier livre de poésie que j’ai lu est « Integrala poemelor » (tous les poèmes), qui comprend tous les poèmes écrits par Ana Blandiana, l’un des plus
importants poètes roumains contemporains.

Quel est pour vous le moment idéal pour écrire?

D.G. Je n’ai pas de moments de temps, de jour ou de nuit, d’aube ou de crépuscule, mais j’écris quand j’ai des humeurs. Il y a des états qui produisent des vers, des moments qui font naître le lyrisme, qui peuvent être de joie ou de tristesse, d’amour ou de manque d’amour, de trouble, de nostalgie, de manque d’êtres chers, d’absence, de présence, d’équilibre, etc. Je pourrais dire que j’écris mieux quand je ressens un calme, même quand il y a du bruit, quand je sens la brise de la grâce, même quand j’ai conscience de ma périssabilité et de mon néant. Je reçois tout comme un don, c’est
pourquoi je ne le garde pas seulement pour moi, mais j’offre l’écriture, avec la pensée que quelqu’un, au moins pour un moment, se servira de l’amour que j’apporte à ceux qui me lisent… maintenant ou aussi longtemps que les vers dureront.

Vous allez participer en juin à la troisième édition du festival de poésie « La Tour Poétique » organisé par l’association « Apulivre ». Que pensez-vous de ce festival ?

DG. Je me réjouis et je salue avec gratitude cette belle et féconde initiative qui valorise des poètes talentueux, peut-être encore peu connus et qui, grâce à ce festival, peuvent faire connaître leur valeur et, surtout, transmettre au monde leur pensée, leur réflexion, leur œuvre. Je vous félicite du fond du cœur, je vous souhaite du succès et j’apprécie la chaleur et l’enthousiasme avec lesquels vous vous consacrez inconditionnellement à la culture, grâce à laquelle vous vous créez des amitiés et générez des moments inoubliables.

Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions ! Un dernier mot pour conclure ?

D.G. Je voudrais terminer par quelques versets (c’est un petit jeu, un peu de naïveté.), dans l’attente du bel événement que vous préparez :

Lorsque nous quitterons ce monde que nous avons aimé pleinement,

On se réjouira de se retrouver comme lors d’un grand événement

Et nous raconterons tout ce qui s’est passé de nouveau, pour faire un « Manuel de vivre” : Une page sera dédiée à la prodigieuse association Apulivre!

Je vous remercie du fond du cœur pour tout ce que vous avez fait !

Amar Benhamouche
Amar Benhamouche
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