Des Imazighen libres et dignes ou des « Indiens de réserve » ?

Cette année, le pouvoir algérien a su exploiter la célébration de Yennayer à des fins politiques, transformant l’événement en un outil pour renforcer son nationalisme fétide, comme si l’Amazighité lui était si chère.

Les Imazighen invités aux ruelles d’Alger ont été exposés comme des « objets folkloriques », des « animaux de zoo », des « Indiens de réserve » pour animer la galerie et assouvir les désirs du sérail.

Nous, Imazighen, sommes beaux et bons quand nous nous taisons, nous amusons les galeries par nos habits traditionnels et autres chants dansants. Nous leur remplissons même la Coupole quand ils donnent des privilèges à nos « stars » ! Pourvu que nous ne battions pas pour nos droits, nos langues et notre dignité sur notre propre terre ! Et dès que nous parlons, critiquons, manifestons, opprobre, bannissement ou accusations de terrorisme nous tombent dessus.


Le nouveau phénomène qui tape à l’oeil et à l’esprit est l’indignation de certains soumis au dogme du « zaimisme » qui n’acceptent pas que nous posons des questions sur certains de nos artistes qui font désormais partie des Kabyles du sérail (KDS), une espère que l’ère Bouteflika avait bien mise en évidence. Et pourtant, nous argumentons à partir de leurs propres dires, de leurs propres poésies et chants qu’ils renient aujourd’hui sans vergogne. Non, ils ne sont pas libres ! Pas libres du moment qu’ils ont utilisé NOUS dans leurs poésies, leurs chansons, leurs productions ! Ce même NOUS, qui a fait d’eux des étoiles, émane d’un moi collectif puissant, loin d’être un simple chiffon pour essuyer leurs chaussures. C’est plutôt une cravate, et par moments, nous la serrons fermement pour les secouer et leur rappeler l’essence même du NOUS dont ils se sont nourris. C’est parce que nous aimions les idées qu’ils ont véhiculées que nous les secouons ! C’est parce que nous leur avons donné notre amour et respect que nous les interpellons aujourd’hui !

L’état des lieux est grave ! Pire que pendant l’ère Boumedienne !

Des enseignants universitaires et des artistes sont frappés d’interdiction de quitter le territoire, d’autres sont en prison pour des écrits ou une préface écrite par un opposant, des maisons d’éditions sont surveillées et poussées à l’autocensure, des citoyens sont bâillonnés même sur les réseaux sociaux. A la télé ou radios, plateaux et autres salons et cérémonies ne sont tolérés que ceux qui sont malléables, taiseux ou peureux qui appartiennent aux institutions de l’État, sous l’égide du président du moment. Certains s’indignent en cachette, d’autres ont peur que le régime leur enlève le « pain de leurs enfants », d’autres encore tournent la tête ailleurs en invoquant des généralités ressassées : tamazight « avance » bien !  

Des centaines de Kabyles à l’étranger ne peuvent même pas retourner voir leurs familles ni leur parler par téléphone à cause des menaces qu’elles reçoivent. Des KDS pullulent dans nos villages.

Que dire de ces mères, pères, épouses, enfants des détenus à TORT ? Cachez-nous tout ça et venez danser, vous amuser et nous amuser !
Comment peuvent-ils nous priver du droit de manifester en soutien à nos détenus ? Des familles entières endurent une sentence injuste, vivant sans leurs proches condamnés à tort à la prison, dont certains à perpétuité ! Des dizaines de militants sont quotidiennement harcelés et convoqués aux commissariats, qui, comble de plaisanterie, leur disent (et à nous tous) : « vous avez juste le droit de faire la fête, pas la politique. C’est interdit. »

Aujourd’hui, sont heureux et dignes certains de nos villages qui ne se rendent pas, et qui maintiennent l’esprit de Yennayer encore vivace, par le théâtre, la poésie, les contes et les communions douces, malgré le peu de moyens.

Noufel Bouzeboudja

Noufel Bouzeboudja
Noufel Bouzeboudja
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