Il y a 99 ans, la naissance de Cheikh El Hasnaoui

Il y a 99 ans, la naissance de Cheikh El Hasnaoui

Quelques années après sa naissance, il perdit sa mère, LAÂZIB Sadïa (Bent Ahmed) elle-même originaire d’Alger de parents originaires de Biskra. Elle mourra des suites d’une maladie après avoir perdu ses deux jeunes enfants : Omar et Ali. Son père, Si Amar KHELOUAT (4), est absent du foyer, car enrôlé par l’Armée française durant la Première Guerre Mondiale. Démobilisé après une blessure, son père rentre au pays, il ira chercher à Alger le jeune Mohamed et le plaça dans une école coranique. Son apprentissage ne durera que quelques années, il en est sorti à l’âge de 12 ans.

À Alger, il exercera plusieurs petits métiers tout en se « frottant » aux grands maîtres de la musique « chaâbi » comme El-Anka et Cheikh Nador. Ainsi, il assimila toutes les finesses de ce genre musical exigeant et s’affirme, bientôt, comme un artiste accompli, maître de son art et capable de l’exprimer aussi bien dans sa langue maternelle : « Taqbaylit », comme il le dit si bien, ainsi qu’en Arabe populaire (dialectal), l’autre langue qu’il vient d’acquérir et de perfectionner. Il animera pendant cette période bon nombre de soirées « qui seront pour lui l’occasion de se produire en public et de monnayer son talent ».

Il vivra jusqu’en 1936, date de son dernier retour dans sa région natale, des allers-retours entre Tizi-Ouzou et Alger. La situation ambiante (sociale, intellectuelle,…) ne lui plaisant guère (5), il confia, un jour d'été, à Si Saïd U L’Hadi (6), un de ses amis d’enfance : « Cette fois, si je quitte le village, je serai comme une fourmi ailée. Là où me poseront mes ailes, j'y resterai. » (7)

Denise, Cheikh El Hasnaoui et un ami (De gauche à droite)À Paris, le « Maître » s’impose comme un artiste phare, illuminant de toute sa classe la vie artistique du moment qui reste confinée aux seuls cafés, véritables microcosmes de la société kabyle. De tempérament solitaire, il fréquente très peu de gens, même pas les « grands noms » de la chanson kabyle de l’époque, mais il se lie d’amitié avec Fatma-Zohra (8), son mari Mouh-akli et Mohamed IGUERBOUCHENE avec lequel il collabore dans des émissions radiophoniques.

Sa carrière connaît une parenthèse, durant la Seconde Guerre Mondiale, le temps d’accomplir en Allemagne, le Service du Travail Obligatoire. C’est pendant cette période qu’il fera connaissance de celle qui deviendra plus tard sa femme, il s’agit d’une jeune Française du nom de Denise Marguerite Denis qu’il épousera le 14 août 1948.

Cherchant le calme, il quittera la région parisienne et la maison qu’il a construite de ses mains à Anthony pour s’installer à Nice (Rue de Belgique). En 1985 il quittera sa seconde demeure pour un voyage qui le mènera dans les Antilles, où il séjournera, seul, quelques mois avant de repartir vers Nice rejoindre sa femme. En 1988, il récidivera en mettant le cap sur l’île de la Réunion où il s’installera à Saint-Pierre, en compagnie de sa femme Denise, dans la même année.

À des milliers de kilomètres des siens et de toute personne qui le connaît, Cheikh El Hasnaoui se construit son havre de paix. Il faudra attendre plus de 20 ans pour qu’un musicologue du nom de Mehenna MAHFOUFI retrouve enfin sa trace et lui rendra trois fois visite afin de s’entretenir avec lui. Le chanteur Abdelli et la chanteuse Behdja Rahal en feront de même et auront le privilège de rencontrer le Maître quelques années seulement avant qu’il ne s’éteigne le samedi 06 juillet 2002, à l’âge de 92 ans sans avoir eu de descendance. Il sera inhumé, conformément à ses vœux, à Saint-Pierre de la Réunion (9) où un jardin public porte aujourd’hui son nom (10), il y est indiqué : Cheikh El Hasnaoui, Maître de la chanson Kabyle : Taâzibt 1910 – Saint-Pierre 2002.

Ainsi, il est parti le Maître, discrètement comme il a toujours vécu, Cheikh El-Hasnaoui, celui qui mérite plus qu’un autre la place de véritable classique de la chanson kabyle (et même algérienne), nous a laissés emportant avec lui tous ses secrets, que de questions demeurent posées : Ses choix de vie ? La rupture avec le pays ? Paroles de certains de ses textes ?

En 2006, l’association « Issegman », originaire de sa région natale, a organisé un hommage au grand maître, le mois de juin passé, la même association a récidivé en organisant un colloque scientifique sur l’œuvre et la vie de cheikh El Hasnaoui, intitulé : « Cheikh El Hasnaoui : Une Œuvre, Une Vie, Une Destinée » il a eu la mérite de défricher le terrain et de lancer une réflexion, à approfondir, autour de ce grand artiste, la même association est à la recherche de partenaires pour la mise en place d’un programme très riche à l’occasion du centenaire de sa naissance qui aura lieu en 2010, en attendant, un site Internet (11) dédié à Cheikh El Hasnaoui sera lancé à la fin de ce mois par le même organisme et un documentaire de haute facture est en préparation afin de faire toute la lumière sur sa vie.

Tombe de Cheikh El Hasnaoui à Saint-Pierre de la Réunion

Tombe de Cheikh El Hasnaoui à Saint-Pierre de la Réunion

Plaque indiquant l’appellation du jardin Cheikh El Hasnaoui (Saint-Pierre de la Réunion)

Cheikh El Hasnaoui



Pour Kabyle.com : AJQAS

Notes :

1 Pour une biographie complète, voir : « Lḥesnawi d Ccix » (El-Hasnaoui, le Maître) de Ajgu ABELQAS.
2 Si Muḥ N Amaṛ U Muḥ, s Teqbaylit.
3 Iḥesnawen : Région dont l’appellation arabisée est : « Hasnaoua » (Aḥesnaw en Kabyle = Hasnaoui en Arabe).
4 Dont le nom kabyle complet est : Si Ammar Ben Si Mohammed Ben Si Ammar, dit : Si Ammar Ou Mouh.
5 Il en fera une description dans sa fameuse chanson : « Maison blanche » (Version 1, 2 et 3).
6 Voir Rachid MOKHTARI : « Cheikh El-Hasnaoui : La voix de l’errance », P. 30.
7 « Ad fγeγ tufγa n ubeṛṛiq ».
8 Elle témoignera que la fameuse chanson « Faḍma » (Fatma), lui était destinée mettant ainsi fin au mythe de la « mystérieuse plus belle fille des At Zmenzer ». Voir Mehenna MAHFOUFI : « Cheikh El Hasnaoui : Chanteur moraliste et libertaire », P. 44-45.
9 Voir photos : Tombe de Cheikh El Hasnaoui.
10 Voir photos : Plaque indiquant l’appellation du jardin (Saint-Pierre de la Réunion).
11 Voir : cheikh-el-hasnaoui.com, lancement annoncé incessamment.

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Soumis par Kara Fawzi jeu 23/07/2009 - 11:58

Que Dieu ait son âme !

Il était temps que les Kabyles réalisent des filmes retraçant la vie de nos artistes et intellectuels afin que les futures générations les connaissent et s'en inspirent.

Soumis par Takfarinas jeu 23/07/2009 - 19:26

Un grand merçi pour l'article qui nous apprend plein de choses sur la vie d'un des cheikhs de la chanson Kabyle.Cependant,on ne précise pas dans l'article s' il a laissé une progéniture derrière lui.Thanmirth.

Soumis par Gildon jeu 23/07/2009 - 20:33

 

 

Un grand merci surtout à notre artiste Abdelli qui lui a rendu visite ( hommage ) de son vivant.

Peu de nos intelectuels l'ont fait, certains l'ont même enterré vivant...

 

Soumis par Anonyme (non vérifié) sam 31/08/2013 - 15:45

en plus de ses chansons remarquables que j'écoute lorsque je suis dans ma voiture, c'est aussi la blessure profonde de cheikh el hesnaoui qui me touche incroyablement. Il porte en lui et l'exprime à travers ses chansons, le chagrin de n'avoir pas pu trouver le bonheur auprès de sa bien aimée. Quelle triste vie. J'espère qu'il sera plus heureux là oû il se trouve à présent et qu'il aura retrouvé là aussi celle pour qui il a toujours clamé son amour

Soumis par Thileli N'Ath … (non vérifié) lun 12/03/2018 - 13:34

Moi je dirai plutôt qu'il a perdu son père lorsqu'il était dans le ventre de sa mère ! D'après Franc Robert , un ami a lui en île de la réunion , qui s'est occupé de lui et de sa femme jusqu’à leur mort . peut être une vérité que les médias a toujours caché.

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