Une Kabylie libérée

Une Kabylie libérée

Elle subit des attaques de partout

La Kabylie doit mettre fin à sa normalisation

Après les évènements de 2001 en Kabylie et la grande mobilisation qui les a caractérisés, le pouvoir algérien en a tiré les leçons qu’il faut. Pour ne pas avoir à revivre un autre épisode où son autorité est remise en cause à grande échelle, il fallait pour lui neutraliser toute activité politique hostile et normaliser cette région qui lui a toujours donné du fil à retordre en refusant de rentrer dans les rangs de la soumission. Pour ce faire, il a élaboré dans ses différentes officines un plan qu’il a commencé à mettre en exécution dès le lendemain du printemps noir. Après avoir réussi à mater le grandiose mouvement de la population kabyle, d’abord en assassinant sans aucun état d’âme près de 130 jeunes, puis en orchestrant de pseudo-négociations avec des représentants douteux, le pouvoir a ouvert une guerre silencieuse contre la Kabylie, avec toujours le même objectif : la faire taire. Si la région a su, depuis tout temps, résister aux différentes attaques, pour combien de temps encore continuera-t-elle à adopter la défensive ?

Le pouvoir a appris de la leçon de 2001

Les partis politiques implantés dans la région sont mis en coupe réglée et entrainés dans l’électoralisme systématique, après avoir servi de pompiers en appelant au calme sans proposer une alternative politique aucune de sortie de crise. Ayant préféré la reculade au creusement du rapport de forces, alors que les citoyens kabyles en colère étaient prêts à aller dans une dualité de pouvoir complète en 2001, ils se sont transformés en coquilles vides, à de simples appareils lancés dans la course au fauteuil et à la mangeoire. Nous savons, aujourd’hui, à quel point ces partis sont allergiques aux actions de rue qu’ils ont tout simplement bannies de leurs agendas. Finis pour eux les grands rassemblements de milliers de citoyens, les marches qui faisaient vibrer autant les rues que le pouvoir, place à la stagnation et aux démissions collectives aussi bien des cadres que des militants de base. Depuis les dernières élections, comble de la honte, nombre d’élus de ces partis se sont reconvertis volontiers en commis de l’Etat et offrant leurs services à l’administration qui interdit des actions culturelles dans les villages.

La neutralisation des partis politiques ne pouvait aller sans celle du mouvement associatif. Il faut savoir que ce dernier a joué un grand rôle de conscientisation et d’animation culturelle et politique dans les villages kabyles, dans le sillage du printemps berbère d’avril 1980 et de «l’ouverture démocratique» de 1989. L’amendement de la loi sur les associations en 2012 a achevé d’enlever toute autonomie à l’exercice de l’activité associative. Extrêmement procédurière et bureaucratisée, cette loi est conçue de façon à dissuader les citoyens de s’organiser en association. Il n’est pas étonnant de ne voir fleurir depuis, que les associations d’allégeance sur lesquelles le pourvoir compte pour tisser ses réseaux locaux et les associations religieuses qui se sont retrouvées au-devant de l’action culturelle et sociale.

Neutralisation à tous azimuts

Ces associations, même si parfois elles en n’ont pas l’apparence, sont inféodées aux cercles salafistes. Car le salafisme est l’un des leviers sur lequel compte le pouvoir pour anéantir tout esprit critique et opposition en Kabylie. Ce n’est pas un hasard si ce courant obscurantiste de l’islam, qui est absolument inconnu des mœurs religieuses kabyles, s’est propagé à la vitesse grand V en Kabylie après 2001. Des mosquées se réclamant du salafisme poussent comme des champignons et les autorités laissent faire. Les adeptes de ce courant rétrograde sont financés par les émirats du Golfe et le pourvoir algérien corrompu et prédateur a trouvé en lui l’allié objectif qu’il laisse travailler en profondeur le corps social algérien en vue de semer la peur dans les foyers et anesthésier les cerveaux. Le pouvoir, par le biais de son allié Al Salafia Al ilmia qui prône l’acceptation de la certitude et la soumission totale au chef du moment, veut forger un modèle de citoyens dociles, détournés de la réalité, qui se projetteront dans l’au-delà et qui abandonneront l’ici-bas à la minorité prédatrice et mafieuse qui pille les richesses du pays.

Economiquement, la Kabylie est l’une des régions les plus actives d’Algérie mais elle est aussi l’une des plus étouffée et les moins développées en termes d’infrastructures économiques et autres. Comment se fait-il qu’une wilaya comme Bgayet qui dispose du port le plus actif d’Algérie (2600 travailleurs et 12 millions de tommes de trafic annuel), de la plus grande unité de production d’huile végétale et raffinage de sucre (Cevital avec ses 4200 travailleurs) et de l’une des plus grandes zones industrielles du pays (Taharacht avec près de 20000 travailleurs), pour ne citer que ces infrastructures, se retrouve dans un piteux état à tous les niveaux ? Où vont les milliards de plus-value crées quotidiennement par les travailleurs bougiotes ? Par ailleurs, des dizaines de projets structurants, ailleurs achevés ou en voie d’achèvement, sont gelés. En outre, des projets économiques portés par des privés sont sciemment bloqués clairement dans un but de sabotage. Les jeunes diplômés de la région sont contraints à l’exil ou à rallier d’autres wilayas pour se faire embaucher, quand cela est possible, ou sont tout simplement réduits au chômage et la déshérence.

Sur le plan sécuritaire, la police et la gendarmerie ont petit à petit repris leur pied en Kabylie. La rue les a chassés en 2001 que pour finalement mieux revenir. D’énormes casernes de gendarmerie ont vu le jour ici et là en Kabylie, des commissariats, des bases et des écoles militaires aussi, avec, à la clé, une grande prison à Oued Ghir, alors que la wilaya de Bgayet et la Kabylie, en général, sont connues pour être les plus sures d’Algérie. Qu’est ce qui expliquerait donc de telles installations, sinon la volonté de mettre sous la botte la région par le renforcement des appareils de répression. A cela il faut ajouter les agents invisibles qui infiltrent, détournent et manipulent. La population kabyle est l’une des plus surveillées d’Algérie, jusque dans les villages où indiques et relais de tout poil rapportent tous les faits et gestes des habitants.

Culturellement, après la désillusion et l’échec de 2001, la jeunesse kabyle a trouvé en les cafés littéraires (Des dizaines rien qu’à Tizi wezzu et Bgayet) un moyen de resserrer les rangs et rétablir l’action culturelle et politique, mais c’était compter sans l’obstination du pouvoir qui est décidé à éteindre toute flamme s’allumant à la gloire du savoir et du progrès. Nous avons tous en tête le harcèlement exercé par le chef de daira d’Aokas sur une association locale pour qu’elle annule sa conférence avec Younes Adli en 2016 et la violente intervention de la police qui s’en est suivie pour l’interdire de force. Le cafés littéraires de Buzgen, Bgayet, Larɛa Naṭ Iraṭen pour ne citer que ceux-là, sont harcelés sans relâche pour qu’ils renoncent à leurs activités de conscientisation de la population, pendant que les salafistes endoctrinent et embrigadent vieux, jeunes et moins jeunes en toute impunité. De la culture, le pouvoir n’en veut que le folklore, la sous-culture, le burlesque et le religieux à outrance.

A cette stratégie diabolique, il faut ajouter l’influence qu’exercent les médias lourds, islamisés et arabisés, qui, dès que l’occasion le permet, s’attaquent ouvertement aux Kabyles. Ils donnent la parole à des fous-furieux incultes comme cette députée obscurantiste dont des cercles hostiles à la Kabylie se servent comme ventriloque pour qu’elle dise ce que, eux, pensent tout bas. En s’attaquant aux repères identitaires de la Kabylie (langue, personnalités comme les défunts Matub ou mulud Mameri, traditions etc.) et à leur conception tolérante de pratiquer la religion, ces cercles visent en réalité la normalisation des Kabyles qui devraient ainsi, à leur yeux, prouver qu’ils sont plus arabes que les arabes et plus musulmans que les musulmans. En dernière instance, ces cercles veulent continuer à piller, accumuler, voler, dilapider sans qu’on vienne les déranger dans l’exécution dans leurs méfaits. Les régimes totalitaires sont ainsi faits : ils nivellent la société par le bas et ne tolèrent pas la différence et la diversité.

La Kabylie fait bien de résister mais adopter éternellement la défensive n’est pas la solution. Les assauts du pouvoir ne s’estomperont pas tant qu’il n’est pas parvenu à ses fins, c’est-à-dire normaliser la région, en l’arabisant, en l’islamisant et en y éradiquant toute contestation qui le troublerait dans sa main mise sur les populations et les richesses qu’il veut à lui tout seul. Les Kabyles doivent savoir où ils se dirigent. Il faut qu’ils s’imposent et ouvrent le débat sur le destin qu’ils veulent offrir à leur région et à ses générations futures. Voulons-nous entrer dans le moule et se couvrir en crachant sur notre histoire, notre parcours, notre la langue, nos traditions, notre Kabylie, ce qui ne ferait pas honneur à nos nombreux martyrs qui sont tombés pour que nous ayons des lendemains meilleurs. Ou voulons-nous continuer à être nous-mêmes, en renforçant notre unité, notre langue, notre identité, notre authenticité ?

Réinstaurer la culture du débat et contrôler l’école

Nous sommes condamnés par l’histoire et nos sacrifices passés à emprunter la voix de la résistance et de la lutte. Le premier défi qui attend la Kabylie c’est l’ouverture du débat autour d’un projet de société, sans exclusion d’aucune partie de l’opinion kabyle, qu’elle que soit son obédience politique, religieuse ou partisane. Cela doit concerner les villages, les quartiers, les universités, les lycées et autres. La communication est au cœur de la réussite de tout projet. Chaque Kabyle, femme et homme, doit s’impliquer dans ce débat qu’on doit d’abord rassoir en reconquérant la scène locale que le pouvoir veut contrôler, puis en retrouvant la culture d’échange et de dialogue comme on a toujours su le faire. C’est à partir de là que jailliront les idées qui vont se matérialiser, petit à petit, dans un contenu concret, global et consensuel. Les discussions devraient s’articuler prioritairement sur l’école qu’on doit arracher à l’obscurantisme, l’endoctrinement, l’arbitraire et l’approximation.

Nos élèves, aidés par leurs parents qui sont nourris à la culture de la lutte et la soif du savoir, peuvent faire des miracles. Ils l’ont déjà démontré en se positionnant en tête des classements nationaux aux examens. Imaginez ce qu’ils feront si le programme qui leur est enseigné était celui dont nous avons toujours rêvé. Nous devons travailler d’une façon à créer un rapport de forces pour imposer notre propre programme scolaire, basé sur l’enseignement des sciences, de la langue tamazight, des langues étrangères, l’amour, la tolérance, l’humanisme, l’ouverture sur le monde etc. Nous en avons les compétences et les moyens de le faire, il suffit d’y croire et de se retrousser les manches, comme nous le faisons dans les volontariats et les travaux d’intérêts générale, nous qui sommes habitués à l’autogestion villageoise ancestrale. De fil en aiguille et au fur et à mesure des rencontres et des échanges, nous retrouverons, tous ensemble, les bons réflexes qui mèneront à leur tour aux bonnes solutions. Le vouloir d’abord et le reste suivra…

Tous ensemble pour une Kabylie meilleure !

Tilelli Idiren
 

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Commentaires

Soumis par Velqasem (non vérifié) mar 29/05/2018 - 18:24

Une seule et unique solution: L'indépendance de la Kabylie. Tout le reste est une perte de temps pour la Kabylie pour que le pouvoir colonial d'Alger gagne du temps pour la faire disparaître à jamais. Il est temps que toutes et tous les Kabylie renforcent les rangs du MAK afin d’accélérer le processus de libération. Arrêtons de faire des illusions et des faux espoir, en disant aux Kabyles qu'ils faut dialoguer. Il est temps de prendre des décisions et de se mettre en combat pacifique avec le MAK. Seul la vision du MAK et du GPK nous avancera de la lumière. Il n'y a aucun développement ou espoir pour un peuple colonisé.

Vivement

Soumis par Amazigh n dima (non vérifié) mer 30/05/2018 - 10:53

Merci pour cet article très bien écrit et constructif. Tout y est dit. La conclusion a en tirer est que la Kabylie ne doit plus rien attendre de ce pouvoir colonialiste d'Alger. La majorité des Kabyles doit enfin être convaincue que seule la voie de l'indépendance peut mettre fin à ces souffrances qui ont trop duré.

Soumis par BAOUZ Madani (non vérifié) mer 30/05/2018 - 20:43

Malheureusement! une frange du peuple kabyle est acquise par une idéologie obscurantiste,la majorité d'elle ils pensent qu'a leurs ventre , sans réfléchir à leur futur. Mais comme même, l'élan des indépendantiste il devient de plus en plus vaste.

Soumis par DaKaci (non vérifié) mer 30/05/2018 - 23:39

Il suffit juste de trouver les Kabyles qui vont la liberer. La derniere fois que j'ai regarde autour de moi leur nombre est insignifiant. Alors ou commencer ????

Soumis par Anonyme (non vérifié) ven 01/06/2018 - 20:05

En réponse à par DaKaci (non vérifié)

Dakaci,
Je peux désespérer de tout sauf de ma Kabylie. Les kabyles pensent tous comme vous, le tout est de garder la flamme allumée et y croire toujours. Nous sommes les seuls maîtres de notre destin.

Soumis par Anonyme (non vérifié) dim 03/06/2018 - 11:17

En réponse à par ZAHI (non vérifié)

La kabylie est morte depuis longtemps, avec la défaite de la brave et vénérable Fadma N'soumer en 1857 sous le second empire de Napoléon III, dont le règne de 1852 à 1870 coïncide parfaitement avec les massacres genocidaires commis sur les kabyles, tout d'abord en petite kabylie et pour finir en grande kabylie. Depuis cette période jusqu'à nos jours, le sort des kabyles n'a fait qu'empirer. Le régime tyrannique, imposteur, oppresseur et arabo-islamiste d'Alger, qui a conduit tout un peuple au désastre, est pourtant bien soutenu depuis 1962 par la communauté internationale. L'ONU ne préoccupera pas plus du sort des kabyles que de celui des kurdes, qu'ils ont trahi après les avoir utilisés. Désolé, mais c'est foutu.

Soumis par Eternellement kabyle (non vérifié) mar 05/06/2018 - 08:36

On tourne en rond si on ne cesse pas de faire l'état des lieux en Kabylie sans proposer ou songer à des solutions. Certes l'état de la Kabylie est déplorable: les kabyles ont le virus du salafisme dans le cerveau comme les moutons ont eu, il y a quelques années la maladie de Kreudzfeldt Jacob (maladie de la tremblotte), l'économie est désastreuse mais à qui la faute? Qui a propagé tous ces maux en son sein? Qui l'a minée de l'intérieur? Qui cherche à l'achever en s'attaquant à la dernière, l'unique force vive du peuple kabyle, l'authentique graine du futur Etat kabyle, de la future Nation kabyle qu'est le MAK? C'est en cela que réside l'immense intérêt de ce billet, écrit par Kabyle.com. Il a pour but de secouer tout kabyle, paralysé par le virus salafiste qui lui ronge les neurones et le rend incapable de réaliser que la solution à son malheur terrestre est à sa portée! Il n'a qu'à tendre la main pour s'en emparer! Le MAK qui veut renverser la subtile et perverse machination du pouvoir algéro-salafiste est l'antidote dont la Kabylie toute entière doit se saisir, soulagée de posséder enfin un vrai parti, une solution au pourrissement ambiant... Toute la Kabylie doit se réveiller, prendre conscience que son sort n'est pas de se sacrifier pour un Dieu que des corrompus l'obligent à honorer ni de sacrifier son présent pour un hypothétique au-delà. Le bien-être moral ainsi que le confort matériels se méritent non pas en se laissant dépérir sur cette terre ou en dirigeant toute sa haine faite de multiples frustrations contre des ennemis imaginaires mais en devenant maître de son destin! Ceux qui sont aux manettes le savent fort bien et c'est pourquoi ils importent du salafisme par containers de chez leurs "amis" saoudiens ou qataris ou égyptiens, qu'importe, c'est la même base hypnotique...Relevons nos manches, relisons Machiavel pour déjouer leurs plans et jouons dans la cour des Grands en donnant à nos luttes une structure économique et politique internationale. Ne restons pas dans le huis-clos algérien mortifère car nous sommes à leur merci! C'est un combat herculéen que les kabyles doivent mener, certes mais quelle fierté de le gagner alors! C'est le pot de terre (la Kabylie) contre le pot de fer (l'Algérie et tous ses souteneurs). Mais le fer rouille au fil du temps, ce qui doit revigorer l'enthousiasme kabyle face à ses destinées individuelle et collective. Merci à toutes celles et à tous ceux qui oeuvrent au réveil de la Kabylie de la torpeur dans laquelle la mafia algérienne l'a plongée! Le billet "Une Kabylie libérée" de Kabyle.com en est un parfait exemplaire! Vive le MAK! A bas tout ce qui vise à aveugler le peuple kabyle pour contrecarrer son émancipation et l'édification d'un Etat Kabyle! Que les esprits chagrins qui se complaisent dans le défaitisme ravalent leur fiel ou amertume et laissent les "âmes fortes" agir!

Soumis par Yiwen n At vu Ɣerḍan (non vérifié) mer 06/06/2018 - 20:40

Tanmirt à "Éternellement kabyle". C'est ce message qu'il faut répandre aux 4 coins de la Kabylie. Rien à rajouter.
Kabylement.
yiwen

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