Petites phrases pour grand problème

Petites phrases pour grand problème

Le pouvoir n'aime pas les grèves. Parce qu'elles relancent le débat sur les thèmes de la crise financière, de la corruption, des détournements et des mensonges d'état. Elle lève le voile sur le manque de mesures démocratiques et sur son incompétence à gérer les conflits. Elle est terrible lorsque le simulacre des négociations piétine et qu'elle l' oblige à faire appel à la justice. Elle devient catastrophe quand les grévistes maintiennent leur mouvement même dans l'illégalité.

Les responsables redoutent les grèves. Parce que la grève, c'est le symptôme de leur mauvaise gestion, de leur inexpérience, de l'absence de justice et du mépris qu'ils ont pour les travailleurs.

En Algérie, les responsables ont une façon propre à eux de gérer les grèves. D'abord, ils cultivent le suspense: ils réagiront ou ils ne réagiront pas? Ils font semblant de l'ignorer, de la mépriser et de narguer les grévistes. Ils restent à distance hors du champ d'influence et espèrent secrètement que la gréve s'épuise de leur silence et indifférence.

La société civile redoute certaines grèves. Celles qui ont un impact direct et immédiat sur son quotidien. Comme la grève des médecins et des enseignants.Ou des transports ( pour ceux qui n'ont pas de voiture, cela s'entend.)  Elle méconnaît et se moque des autres grèves.

La grève des commerçants ne va jamais au delà d' un à deux jours. On tient le coup. Parce que on se fait déjà cette gréve à soi-même sur certains produits inaccessibles.

Les imams adorent les grèves. Ca leur permet de rêver. De se poser en négociateurs, en conciliateurs, en médiateurs. Pour se trouver une légitimité. Pour s'imposer. Pour s'infiltrer. Pour espérer le pouvoir. Pour asseoir leur autorité.

Les médias restent ambigus. Il faut s'en méfier. La plupart n'ont pas la presse pour métier. Ils font et défont l'opinion publique. De la grève, ils se délectent ou s'en désolent. Ils occultent volontairement l'information.

Chez nous,à la télévision, le débat d'idées est absent. Les débats sont façonnés selon la vision du pouvoir en place. Parce que la télé, c'est aussi le pouvoir: elle parle de la grève sans en apporter les éléments qui la motive. Elle aime critiquer les grévistes, trouver des éléments qui les discréditent aux yeux de l'opinion publique. La télé c'est aussi une manipulation des masses amorphes.

L'internet. En Algérie, l'internet convulse à chaque grève. On montre, on dévoile, on ose, on met à nu les silences, les dérobades et les fuites en avant. On en rajoute, on agrandit, on condamne, on donne raison, on partage et on s'éclate.

Pour les travailleurs, la grève est toujours un ultime recours. Pour demander un changement, protester contre des décisions, refuser de subir des pressions, des oppressions, des dominations ou des injustices. La grève  peut être aussi le résultat de la dignité piétinée.

Les travailleurs font la grève pour sauvegarder des acquis menacés, faire aboutir des revendications, montrer leur désaccord sur des mesures prises par le gouvernement.

Les grévistes acceptent de perdre de l'argent, et de voir bénéficier des acquis de leur lutte même  ceux qui n'ont pas participé au débrayage ou ceux, carrément avec des mots moisis, ont dénoncé l'action de leurs collègues.

" Se battre, ce n'est pas être sûr de gagner, mais être sûr d'avoir tout fait pour ne pas perdre"

Katia BOUAZIZ

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