Déni Identitaire…Chaos Sociétal

Déni Identitaire…Chaos Sociétal

Devant cet auguste assemblée, je tiens à exprimer surtout une colère, ensuite lancer une alarme et donner une alerte. La colère fait face aux multiples entraves sournoises dressées par les pouvoirs en place en Afrique du Nord contre toute promotion de l’amazighité (Berbère). L’alarme, pour dire que les tensions politiques, ainsi générées, conjuguées à la faillite économique, vont créer un chaos aux conséquences désastreuses. L’alerte, c’est à l’endroit des démocraties avancées pour leur signifier que nous sommes, et nous serons davantage exportateurs d’instabilité et qu’ils en subiront les conséquences.

D’abord, le constat est avéré... Il est amer : des décennies de luttes, au demeurant pacifiques, n’ont abouti, à travers tous nos pays, qu’à une reconnaissance à peine formelle de notre identité, langue et culture Amazigh (berbère). A chaque fois, cette reconnaissance a été assujettie à des réserves qui la vident de toute substance, de toute perspective.

Même reconnue comme fondement historique de nos contrées, comme racines seulement, cette identité se retrouve amputée de tout ancrage dans le présent. En somme des racines stériles.

Dans un tel contexte, toutes nos propositions visant à contenir ces perversions seront systématiquement éludées, différées, détournées, déviées, confiées à des institutions fantoches engluées dans des procédures administratives sans fin.

Dans les instances internationales, aussi, nos diplomates se dérobent à chaque fois qu’ils sont interpelés sur le sort réservé à nos revendications « il n’y a aucun problème…l’amazighité n’est qu’un complot ourdi par les milieux impérialistes, sionistes, hostiles…»

Toutes les circonstances sont alors propices pour nous rappeler que la terre nord africaine est arabe… exclusivement arabe…que nous faisons l’objet d’une tolérance…à charge pour nous de ne pas en abuser.

Une anecdote, parmi tant d’autres, donne l’exacte mesure de cet état d’esprit. En 1996, le Haut Commissariat à l’Amazighité, en Algérie, a voulu organiser un festival d’art et de culture Amazigh (Berbère) à Batna, l’opposition n’est pas venue d’un quelconque organisme officiel, mais d’une obscure association prétendument culturelle se disant de cette ville « Le prophète est arabe, le Coran est en arabe, la langue du paradis est l’arabe », ce festival est inopportun... Il n’eut pas lieu sans aucun justificatif écrit des autorités.

Dans les cas où la contestation est portée pacifiquement dans la rue par de jeunes protestataires excédés par tant de manœuvres dilatoires, la répression est féroce, sanglante, inhumaine (Kabylie, Rif, M’Zab…).

L’impasse est totale. Aucune issue n’est en vue. D’aucuns proposent une révision déchirante de notre approche des problèmes

De toute façon, le moment est venu pour nous militants amazighs de cesser de nous leurrer, de cultiver de vains espoirs, de se réfugier, pour certains, dans un déni de réalité, le vrai c’est que nous sommes considérés sur notre propre sol comme des porte-voix, non pas d’un peuple autochtone, mais d’un peuple disparu. Cela au mieux. Au pire, nous sommes accusés d’être d’exécrables traitres au service d’intérêts étrangers dont nous serions la cinquième colonne.

 Dans cet ordre fait de répression, d’impunité…, le bilan de toutes les opérations entreprises par les pouvoirs publics à travers l’ensemble du sous continent nord africain ne pouvait qu’être des plus lamentables. Il y a de quoi être saisi d’effroi lorsqu’on réalise que ce mal se conjugue à un déficit en matière de démocratie.

Conséquence: Comme la réhabilitation identitaire, le développement économique et social de nos pays attendra aussi; on ne peut tout à la fois, brimer son peuple et libérer son économie. Des sociétés atones,
muselées ne peuvent s’imprégner d’un quelconque dynamisme. En définitive, nous sommes des sociétés bloquées, soumises à une instabilité chronique. A moins d’une rente miraculeuse, aléatoire, le chaos constitue l’unique perspective qui se dessine. Aucune autre alternative sérieuse ne se présente hormis des leurres concoctés par les pouvoirs publics ! Devant tant de périls, nous sommes désespérément démunis, ciblés par une conjuration arabo-islamique qui assume une identité meurtrière.

Cependant, tout n’est pas perdu. A l’analyse, tous les ingrédients d’une explosion sociale s’amoncellent. Elle ne saurait tarder. Là, n’est pas notre souhait. Mais, elle devient inéluctable. Les pouvoirs dans nos pays seront contraint de faire machine arrière. Ces instants, nous ne devons pas les rater afin de marquer notre présence, d’endiguer ces projets de société rétrogrades, refusant d’intégrer le monde moderne. Par ailleurs, il n’en demeure pas moins que les choses pourront s’accélérer si les démocraties avancées prenaient conscience que le chaos fait boule de neige et déborde les frontières les plus étanches. Il ne pourra que s’étendre à l’Europe du Sud avec laquelle nous entretenons un volume conséquent d’échanges humains, commerciaux…Les états Européens en sont inconscients. Pourtant, ils sont à même en mesure à pouvoir y parer. Encore faudrait-il que leurs élites ne sombrent pas dans cette paresse intellectuelle qui caractérise trop souvent les pays nantis et aussi qu’ils se décident à se départir de leur laxisme envers l’intégrisme.

Mais amis. Notre combat est juste, les déficiences inhérentes aux systèmes totalitaires ne manqueront pas de favoriser l’émergence de nouvelles forces, même si elles nous différencient et qu’elles ne sont pas partagées, aptes à entreprendre une refondation nationale. Alors, sachons réaliser que des mutations profondes sont en marches; sachons également alerter notre environnement géopolitique sur leur position pour le moins ambigu; car l’incendie qui affecte notre maison est une menace pour le bâtiment et au-delà, un danger pour la cité.

Je ne terminerais pas sans me rappeler un compagnon et ami, Salah Boukrif, « si ma mémoire est bonne » qui avait dit près la cour de sureté de l’état de Médéa en 1980 « Pour oublier tamazight, il faudrait tuer tous les amazighs, sans oublier le bébé dans le berceau, sinon, lorsqu’il grandira, il remettra sur le tapis tamazight ».

*Madjid Ait Mohamed

Commentaires

Soumis par Ablate (non vérifié) ven 23/02/2018 - 20:50

@Madrid Aït Mohamed
Vous dressez un constat très juste et lucide, mais vous ne faites que tourner autour du pot en définitive, sans identifier les causes racines de ce phénomène. Les gens qui vous dirigent n'ont pas l'intention de reconnaître ni l'identité, ni la culture, ni l'histoire, ni la langue kabyle, puisqu'ils se sont toujours attachés à les faire disparaître au profit des moeurs et us et coutumes arabes. Dites-nous plutôt qu'est-ce qui a conduit les kabyles à ne rien voir depuis 1962. On dirait que les kabyles se sont endormi et qu'ils viennent tout juste de se réveiller et de s'apercevoir que leurs dirigeants leur ont tout retiré.

Soumis par Ariless Bouktit (non vérifié) sam 24/02/2018 - 13:15

Les kabyles n'ont pas encore identifié leur ennemi: L'islam.
Ils savent pourtant que nombre d'individus et de groupes ethniques amazigh ont été arabisés par l'islam depuis 14 siècles.
Les arabes algériens d'aujourd'hui (C'est à dire ces ex amazigh) disent ouvertement qu'il ont été arabisés par l'islam. Dans leur tête, se faire arabiser par l'islam est un honneur, comme se faire prendre par une corde en soie.
Si les kabyles ont si peur de se faire arabiser, maintenant ils savent quel moyen est utilisé. Les tenants de l'idéologie arabo-islamique n' ont aucun souci a se faire tant que les kabyles demeurent musulmans. Il s'arabiseront tot ou tard, au fur et a mesure qu'on les isole du monde libre. Le paradoxe est que les kabyles cherissent de plus en plus ce moyen qui cause leur perte.

Soumis par Barca (non vérifié) jeu 01/03/2018 - 10:53

En réponse à par Ariless Bouktit (non vérifié)

Ne prenez pas vos désirs pour de la réalité.Car que vous le vouliez ou pas ,l'islam est une réalité socio-historique en Kabylie et dans toute l'Afrique du Nord et c'est la religion de l'écrasante majorité des Kabyles et des autres Nord-Africains depuis plus d'un millénaire Que cela vous plaise ou pas ,mais c'est une réalité éclatante et contre on y peut rien .C'est comme ça !
Vous faites fausse route en suivant les occidentalo-sionistes et adoptant leur idéologie islamophobe qui est très à la mode dans toute l'Europe,en passant par l'Amérique du Nord et ce jusqu'à la très lointaine Australie et qui n'est qu'un de leurs innombrables utiles de propagande destinés à alimenter leurs guerres géostratégiques et géopolitiques,à visées prédatrices sanguinaires et pécuniaires dans le monde musulman et plus particulièrement au Proche-Orient dont le sous-sol détient plus de 60% de réserves mondiales de l'énergie....
Et tant que vous traînez cette réputation sulfureuse d'islamophobie et d'idiots utiles des propagandistes occidentalo-sionistes anti-musulmans , eh bien Le MAK demeurera minoritaire tant en Kabylie qu'en diaspora.Vous ne pouvez pas libérer la Kabylie sans la grande majorité de sa population qui est musulmane ! Si l'islamisme ne fait pas partie de nos mœurs,l'islamophobie non plus !!!! Cette stratégie suicidaire qui est l'adoption de cette mode occidentalo-sioniste qu'est l'islamophobie idéologique ,est totalement contre-productive et elle nous mènera nulle part mais à part à l'impasse !!!

Soumis par Amziane (non vérifié) dim 25/02/2018 - 08:35

Les kabyles resteront à jamais dominés, ils revendiquent leur identité berbère tout en ayant tous les attributs des arabes. Lorsqu'on regarde bien toute l'histoire des kabyles depuis l'antiquité, ce n'est qu'une succession d'invasions et de colonisations. Vous dites que les kabyles ne sont pas arabes, mais qu'ont-ils de si différents aujourd'hui ? Les kabyles d'aujourd'hui ressemblent plus à des arabes qu'à leurs ancêtres numides. Les kabyles resteront à jamais un peuple soumis et dominé. Les romains et les français étaient des bâtisseurs, ils ont construit des aqueducs, des routes, des villes, des barrages, des villes, des ports, des hôpitaux, des écoles, et c'est ceux-là qu'ils ont préféré chasser. Alors que les arabes et turcs-ottomans n'ont construit en définitive que des mosquées, et c'est ceux-là qui sont resté. Les kabyles n'ont que ce qu'ils méritent, et ce sera très difficile maintenant de faire marche-arriere.

Soumis par Amnagh (non vérifié) ven 02/03/2018 - 17:21

L'Algérie Etat artificiel et despotique repose sur trois piliers fragiles et éphémères:
-La falsification de l'histoire.
-La force des baïonnettes.
-La rente pétrolière pour acheter certaines consciences et la paix sociale.
La libération de la nation kabyle du joug de la régence d'Alger est un impératif vital et salutaire.C'est un devoir et un honneur pour tout (e) kabyle libre de défendre la liberté du peuple kabyle soumis à une politique criminelle de dépersonnalisation par un Etat archaïque et obscurantiste qui a mis la marche arrière vers le moyen âge et les ténèbres.Le despotisme algérien est le produit de l'arabo-islamisme Nous n'avons pas d'autre choix, c'est soit la séparation (à l'amiable) ou la disparition et notre dilution progressive dans le magma arabo-intégriste.

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