Amussu / Hirak : Quel enjeu pour la Kabylie ?

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Hirak

Quel danger à l’horizon ?

Depuis la pseudo-indépendance de l’Algérie en 1962, c’est la première fois qu’un soulèvement citoyen a réussi à impacter toutes les régions du pays. Avant, la protestation se cantonnait principalement dans la région kabyle. Le Kabyle a été pendant longtemps le mouton noir de la nation. Il est représenté par le système comme étant le perturbateur, le « Mouchaouch », l’ennemi de la sacrée unité nationale.

Ce n’est pas par hasard qu’on s’est attaqué au drapeau Amazigh dès le début de ce mouvement. La haine du kabyle était fédératrice depuis longtemps, l’opération « zéro Kabyle » en est une preuve irréfutable. Les manœuvres machiavéliques ont permis à ce pouvoir perfide de se maintenir au pouvoir de 1962 à aujourd’hui.

Ce mouvement citoyen est porteur d’espoir pour s’en débarrasser définitivement du dictateur en question ; mais, en même temps, certains s’en méfient et tirent la sonnette d’alarme pour prévenir les autres du danger islamiste. En effet, il y a de quoi s’interroger sur les véritables visées d’une partie des figures de ce mouvement dont le discours est ambigu dès qu’on aborde le sujet concernant l’intégrisme et ses conséquences sur la démocratie dans le pays.

Par ailleurs, depuis plusieurs mois, on a développé un discours teinté de déni dans lequel on osait présenter l’islamiste sanguinaire de la décennie noire comme étant une victime et non pas l’un des belligérants d’une sale guerre ; cela constitue une véritable insulte à toutes ces personnes honorables lâchement assassinées durant cette période. Ce sont les sympathisants de cette mouvance (l’ex-FIS et ses dérivés) qui agressent les manifestants arborant des pancartes dans lesquelles ils exigent la double rupture : ni état militaire ni état islamiste. 

En tant que Kabyle, je trouve révoltant et ingrat que des Algériens portent le drapeau palestinien au lieu de soulever l’emblème Amazigh en signe de solidarité avec tous ces Kabyles emprisonnés par un pouvoir qui est la source de leur malheur. Comble de l’ironie, un Palestinien a été arrêté pour port du drapeau Amazigh. Celui-ci, dans sa situation d’apatride, se sent plus proche de notre cause que nos autres concitoyens.

Je trouve également triste que des antennes de cette mouvance existent maintenant en Kabylie, même s’ils sont encore une minorité. Ils développent un discours populiste, fuyant la question des libertés, entre autres, la liberté de conscience et religieuse.

Le mot qui revient souvent dans leur bouche est : « le peuple est souverain, c’est lui qui décide ». Autrement dit, pour un Kabyle, c’est signer son arrêt de mort en justifiant la tyrannie populaire : si l’existence de notre culture passait par les urnes, étant minoritaires, nous serions condamnés à disparaître. Aussi, ne serait-il pas absurde de décider avec l’aval des autres, si on doit écrire notre langue en caractères arabes ou latins, et j’en passe. La démocratie, ce n’est pas une dictature entre les mains d’une majorité, mais c’est plutôt un système garantissant la protection de toutes les libertés, dont celles des minorités.

Actuellement, La Kabylie est dans une situation cornélienne. Devrait-elle combattre un système, qu’on nommera « le Militaire », ayant violé sa culture et sa spécificité après plus de 2 000 ans d’histoire, aux côtés d’une mouvance portant les germes de l’islamisme, qu’on appellera « le Néo-nazi », en se disant que l’ennemi de mon ennemi est mon ami de circonstance. La guerre est une ruse n’est-ce pas ? 

Ou bien, dénoncer ce dernier (le Néo-nazi), sachant qu’en le faisant, on porte un soutien vital au premier qui, avec son école et ses institutions, finira par réduire nos enfants en illuminés à la solde de la nébuleuse intégriste. Par conséquent, dans ce deuxième cas de figure, le « Néo-nazi » parviendra tôt ou tard par reprendre le dessus, lynchera « le Militaire » sur la place publique, comme on l’avait fait avec Kadhafi, en lui enfonçant une baïonnette dans le c.., et en ce qui nous concerne, notre culture ne serait qu’une vague réminiscence.

Le Militaire algérien n’est pas Atatürk. Il tue les islamistes dans les maquis, mais il les régénère au sein de l’école de la République. Il est en quelque sorte un spoliateur suicidaire en entretenant une hydre qui finira par le dévorer.

De toute évidence, l’enjeu des événements actuels en Algérie est énorme pour la Kabylie. L’issue de ces derniers pourrait être son émancipation et sa libération de l’emprise arabo-islamiste ou, au contraire, il en résulterait sa disparition en travestissant sa culture et tout ce qui la caractérise.

Le danger est de plus en plus visible et envahissant, on n’aurait jamais imaginé durant les années 80 et jusqu’à la fin des années 90 de croiser des barbus dans nos villages et des filles ayant substitué un vulgaire drap venu du Moyen-Orient à leur belle robe kabyle. Dans quelques années, un fossé béant se creusera entre les kabyles vivant à l’étranger et les Kabyles restés au pays exposés aux radiations de l’arabo-islamisme.

Avec ce système et ses manigances, ajoutant à cela le contexte géopolitique actuel, nous avons peu de chances, pour ne pas dire aucune, d’obtenir une suite favorable à nos revendications. Il serait même illusoire de rêver d’une autonomie, d’une indépendance ou bien de l’instauration d’un système fédéral tenant compte des spécificités de chaque région en Algérie tant que ce pays est gouverné par une junte militaire.

Cependant, il me semble qu’une brèche est ouverte depuis l’élection présidentielle. Il serait peut-être judicieux de l’utiliser à bon escient. La Kabylie n’a pas élu de Président, Tebboune ne la représente pas. Et, dans quelques mois, après l’organisation des prochaines élections, notre région n’aura bientôt aucun représentant au sein de toutes les instances de ce pouvoir, et, de fait, elle se détache de l’État algérien actuel. D’où la nécessité à ce que la Kabylie s’organise pour désigner ses propres représentants et empêcher ainsi le pouvoir de l’effectuer à sa place.

Comme en 1962, La Kabylie vit actuellement un moment fatidique de son histoire. Ses enfants seraient-ils à la hauteur du défi qui les attend pour en faire de ces événements une échappatoire leur permettant de retrouver enfin le chemin de la liberté. En tout cas, Il est nécessaire et vital à ce qu’ils se réconcilient et s’unissent, qu’on soit du MAK, du RCD, du FFS, du RPK, de l’URK, sans étiquette, etc. C’est avec le dialogue et la dialectique qu’on arrivera à avancer. Le temps presse et la procrastination est notre pire ennemi.

Quelques siècles en arrière, il y avait 2 royaumes puissants représentant la Kabylie : le royaume de Koukou et celui des Aït-Abbas. S’ils avaient réussi à s’entendre, nous n’aurions pas à subir le parasitisme ottoman et le colonialisme français, la source de notre tragédie actuelle. Nous aurions connu certainement une autre histoire meilleure qui en ferait de notre « Tamurt », un pays prospère, développé et tourné vers la modernité.

La division est notre talon d’Achille. Ferhat Mhenni, Saïd Saâdi, Djamel Zenati, Bouaziz Ait-Chebbib, Hamou Boumedine, Mohcine Belabbas, les responsables politiques du FFS et du RCD, toutes les associations et les activistes en Kabylie ; parviendrez-vous un jour à vous réunir autour d’une même table et conjurer ce mauvais sort ? « Anda-ken zadenn aṛṛiyes izṛigh alvavuṛ yeɣṛaq»  dixit Lounès Matoub.

M. AMAGHNAS

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