Algérie : très inquiétantes menaces sur la Kabylie

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Lyazid Chikdene
Lyazid Chikdene "Une pensée à toutes les victimes de l'expédition punitive menée par les racistes algériens en 2001 en Kabylie."

Le Ministère algérien de la défense nationale a rendu public le 25 avril 2021, un communiqué dans lequel il informe que ses services de sécurité ont permis à la fin du mois de mars dernier « le démantèlement d’une cellule criminelle composée de partisans du mouvement séparatiste « MAK », impliqués dans la planification d’attentats et d’actes criminels ». Le communiqué ajoute que l’armée algérienne a procédé à la « saisie d’armes de guerre et d’explosifs destinés à l’exécution de plans criminels » et a dévoilé « une dangereuse conspiration ciblant le pays, fomentée par ledit mouvement » dont certains membres auraient « bénéficié d’entrainements au combat à l’étranger avec le financement et le soutien de pays étrangers ».

En guise de preuve de ses allégations, le ministère fait référence à des aveux qu’aurait fait un dénommé « H. Nouredine », présenté comme « un ex-membre du MAK ». Le lendemain, la télévision publique algérienne présente un jeune homme qui se présente comme étant Nouredine Haddar, ex-membre du MAK de 2009 à 2017 et fournisseur d’armes pour le MAK depuis l’année 2012.

Réagissant à ces graves accusations du ministère algérien de la défense, Ferhat Mehenni, le Président du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), a déclaré le 26 avril 2021 que « le dénommé H. Nouredine ne saurait être un militant du MAK » et qu’il s’agit d’un « grossier mensonge » du ministère algérien de la défense. Le président du MAK précise que son mouvement « est d’essence pacifique et nul ne pourrait l’en dévoyer » et « un mouvement qui s’appuie sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et non sur un quelconque recours à la violence ».

L’analyse des déclarations du ministère algérien de la défense nationale et de la vidéo de l’entretien de Nouredine Haddar diffusée par la télévision publique algérienne soulève plusieurs questions : L’armée algérienne prétend avoir saisi un stock d’armes de guerre et d’explosifs, mais ne montre que six fusils de type Kalashnikov, quelques chargeurs et deux armes de poing, tous visiblement neufs. Est-cela l’arsenal de guerre capable de menacer la sécurité et la stabilité de l’Algérie comme le prétend le ministère algérien de la défense ? Si le MAK est fourni en armes de guerre et en explosifs depuis 2012, comment expliquer qu’il n’ait jamais commis un seul attentat depuis neuf ans ? Pourquoi les noms des Etats étrangers ayant prétendument soutenu ce projet de « déstabilisation de l’Algérie » ne sont pas dévoilés et que des explications ne leurs sont pas demandées par le gouvernement algérien ? Autant de questions sans réponse qui sèment un sérieux doute quant à la véracité des allégations du ministère, d’autant plus que l’armée algérienne n’est pas à sa première tentative de « fabrication de faits » non avérés.

Par ailleurs, dans un Etat de droit comme prétend l’être l’Etat algérien, les auteurs présumés d’actes illégaux auraient dû être présentés devant la justice et non utilisés par les militaires pour produire un spectacle visant à manipuler l’opinion publique.

De fait et jusqu’à présent, les membres du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) ont toujours agi de manière pacifique, utilisant uniquement des moyens politiques et démocratiques. En revanche, ils subissent depuis des années les intimidations et les harcèlements policiers et judiciaires en permanence. Et plus les membres du MAK sont réprimés, plus l’audience de ce mouvement grandit en Kabylie et dans la diaspora.

Finalement, incapable d’affronter le MAK sur le terrain des idées, le pouvoir algérien a choisit la stratégie de la diabolisation de ce mouvement qui revendique un droit internationalement consacré.

Ces dernières semaines et avant la publication du communiqué du ministère algérien de la défense, les Algériens ont subi une vaste vague de propagande anti-MAK et anti-Kabyle, impliquant des ministres, des députés, des sénateurs, des hommes politiques, le président de l’association des Oulémas islamiques et des agents de l’Etat, qui appellent tous le gouvernement algérien à « en finir » avec le MAK et avec la Kabylie. L’un d’entre eux, Said Bensedira, a même proposé publiquement de « gazer la Kabylie » et de procéder à « une épuration ethnique » contre les Kabyles.

A ce jour, aucune poursuite n’a été engagée contre ce Monsieur qui a tenu des propos absolument inacceptables et condamnables. Au contraire, le gouvernement algérien s’apprête, grâce à son bras armé, à suivre les appels à la haine raciale et à la violence contre la Kabylie.

Les Kabyles qui ont subi un printemps noir en 2001 au cours duquel 128 personnes ont été tuées et des milliers d’autres blessées par les gendarmes algériens, ne peut admettre un nouveau printemps noir vingt ans après. Nous en appelons donc au sens des responsabilités de M. Tebboune, chef de l’Etat algérien et chef des armées, afin qu’il stoppe immédiatement tout projet d’agression qui viserait la Kabylie. Si par malheur cela se produisait, cela aurait des conséquences incalculables.

En tout état de cause et dans ce contexte inquiétant, le Congrès Mondial Amazigh (CMA), ONG de protection et de promotion des droits des Amazighs, exprime son total soutien à la direction et à tous les membres du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie et à tous les habitants de ce territoire. Il leur recommande le calme, la plus grande vigilance et le refus de céder aux éventuelles provocations d’où qu’elles viennent.

Dans un esprit d’apaisement, le CMA appelle M. Tebboune à libérer les militants du MAK emprisonnés de manière arbitraire ainsi que tous les détenus politiques, y compris les membres du mouvement populaire « hirak » et l’invite à traiter la question kabyle par le dialogue, sur la base du droit international des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Tout en appelant les Amazighs de tous les pays de Tamazgha et de la diaspora à se solidariser avec la Kabylie, et conformément à ses missions, le CMA alertera les instances internationales (ONU, UE, UA, TPI) sur les menaces de guerre civile proférées par l’armée algérienne à l’encontre de la Kabylie.

Paris, 15/04/2971 – 27/04/2021

Le Bureau du CMA

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