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3 mois de prison ferme contre le journaliste de Kabyle.com Rabah Benamghar

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Rabah Benamghar
Rabah Benamghar

La main lourde de la justice a sévi. Elle a requis trois mois de prison et une amende de 50000 dinars contre Rabah Benamghar.

Quatre jours seulement après la journée mondiale de la liberté de la presse, le procureur de la république du tribunal de Tigzirt a demandé l’application du code pénal et a requis une peine de 3 mois de prison ferme et une amende de 50 000 DA contre le journaliste du site électronique kabyle.com pour diffamation.

L’avocate du journaliste, Me Lila Hadj Arab a plaidé l’annulation des poursuites pour vice de forme. En effet, l’article 42 du code de l’information et la pratique judiciaire (arrêt de la cour suprême) exigent la citation du directeur de la publication au même titre que le journaliste. M. Hachmaoui, l’ex-maire de Mizrana, partie civile, a exigé un dédommagement d’un dinar symbolique.

L’affaire remonte aux élections législatives précédentes où le journaliste Rabah Benamghar, dans un article sur le climat de préparation des élections en Kabylie maritime, a écrit « Dans la commune voisine du Mizrana, l’actuel président de l’APC (Assemblée populaire communale) d’obédience RCD conduirait une liste d’indépendants puisque son parti d’origine l’aurait écarté pour mauvaise gestion. Il jouerait ainsi les troubles fêtes et espérer barrer la route à ses anciens collègues du parti RCD envers qui il tient rancune et enfin espérer revenir aux affaires par une autre porte. » Un paragraphe qui a suscité l’ire de l’ancien maire et un procès contre le journaliste.

Madjid Serrah

Honte à Bouteflika

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Shamy Chemini

Honte à Bouteflika…

1937 : Naissance de monsieur Abdelaziz Bouteflika aux frontières algériennes.
1962 : Dans les valises de son mentor, le dictateur Boumedienne, avec l’armée des frontières, il rentre en Algérie.
1962— 1965 : Avec son père spirituel, le même Boumedienne, ils fomentent un coup d’État.
1965 : Le dictateur devient président et jusqu’à sa mort en 1978, A.Bouteflika est ministre des Affaires étrangères.
1978 : Vexé de ne pas succéder à son complice défunt, il se réfugie durant vingt années dans les pays de la Péninsule arabique.
1999 : Le voilà de retour et cette fois, président de la République jusqu’à ce jour…

Si l’on effectue tous les calculs de ces dates, il n’a pas vécu une année complète en Algérie en tant que simple citoyen, pays qu’il affirme être le sien.

Son incurie, son incompétence et celles de ses comparses se révèlent aussi dans le constat accablant d’une population laissée à l’abandon. Ils n’ont même pas été capables de faire construire un hôpital digne de ce nom où ils pourraient se faire soigner correctement !

En effet, le président et ses acolytes lorsqu’ils attrapent un rhume, qu’ils toussent, se précipitent en France, pays soi-disant haï. Ils s’affirment anciens combattants ayant lutté contre le colonialisme français. La ritournelle des discours adressés au peuple algérien stigmatise « l’ennemi extérieur » et chacun comprend : la France.

Voit-on Chavez ou Castro allant se faire soigner aux États-Unis ? Ou madame Merkel, monsieur Hollande retrouver la santé en Algérie ?
Que penser de l’orgueil, l’amour propre affiché de ces dirigeants vis-à-vis d’une population méprisée et opprimée, alors que leur veulerie est sans limites.
Semblable au jour où le président algérien, à son arrivée au pouvoir, a fait, tel un sujet, un baise-main au ministre des Affaires étrangères français Hubert Védrine ! Ce jour-là, j’ai souhaité que la terre s’ouvre et m’engloutisse pour cacher ma honte !
– Honte aux artistes, se considérant soi-disant comme les ambassadeurs de notre culture. Ils prétendent nous éclairer, mais en réalité, nous aveuglent. Ils s’enrichissent sur la cause berbère qu’ils appauvrissent par leurs
comportements…
– Honte à ces dirigeants n’accordant pas leur confiance à leurs compatriotes médecins…

– Honte à plus de huit mille médecins algériens qui ont quitté leur pays afin d’occuper des postes d’infirmiers dans les hôpitaux français…
– Honte aux partis politiques de porter ce qualificatif…
– Honte à ceux qui prétendent au statut de personnalités ou d’intellectuels…
– Honte au tissu associatif, soutenu par des subventions françaises, passant le temps à se chamailler sur des sujets futiles et absents des actions essentielles…
– Honte à toute la communauté algérienne en France, moi inclus, ni présente ni à la hauteur des grands rendez-vous et de rester indifférente à cette hospitalisation au Val de Grâce…

Ce coup de gueule est destiné à provoquer une concertation afin que nous nous rendions devant le Val de Grâce et exigions du président de la République algérienne d’aller se faire soigner chez lui, dans le pays qu’il dirige depuis vingt-sept ans. Il est donc le principal architecte des fléaux accablant la population :
répression, corruption, sans parler du reste !

Mes respects à ceux qui sont morts, blessés ou disparus, connus ou anonymes, dans l’indifférence générale afin de libérer le pays, pour la justice, la liberté, de 1954 à nos jours, ceux d’octobre 88, de la décennie noire, du printemps noir…

SHAMY CHEMINI artiste, écrivain, réalisateur

30 avril 2013

Pour comprendre la Kabylie : repères

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Kabylie Djurdjura
Photographie Dalil Maxloufi Tagmat Lyon - Kabyle.com DR

La Kabylie (Tamurt Azwa) : quelques repères historiques, géographiques, linguistiques, politiques et économiques.

L’origine et l’étymologie des noms « Kabyle » et « Kabylie »

L’historien Hérodote désignait les tribus libyques de Cyrénaïque et d’Afrique du Nord près de 400 ans avant J.C (1) sous le nom de Cabales. (1) Livre IV – Melpomène, CLXXI, « L’Enquête », Hérodote. vol 10 1948-49.

Le terme est utilisé de nouveau vers le XVIIIe siècle sous la forme de Cabeilles, puis Cabaïls par les explorateurs occidentaux pour désigner les populations amazighes (berbères) de l’Afrique du Nord centrale. 

Le sens commun que l’on prête au terme « qbayel » est celui de « tribus ». Ce nom n’est pas forcément issu de la langue l’arabe. Il est construit sur la racine en tamazight q-b-l, où le b se prononce b ou v. En Afrique du Nord le mot « qbel » ou « kvel » signifie : « avant, précédent ». Le nom Kabylie, pays des Kabyles ou « Tamurt n lqvayel » signifierait dans ce cas « le pays des ancêtres », « ceux d’avant ».

« Les ethnologues ont toujours trouvé logique de se tourner vers le colon arabisant pour leur demander quel sens il fallait attacher aux mots et réalités berbères, si bien que dès lors, ces arabisants contribuent à la confusion et à l’altérité qui font des Imazighen des étrangers sur leur propre terre. »

Les nations du Haut et du Bas

La mythologie kabyle parle des nations du Haut (At Ufella) du Djurdjura occidental et des « nations du bas » (At Wadda) du Djurdjura oriental.

Les Kabyles (Leqvayel, Iqvayliyen) font partie du peuple amazigh (berbère) qui constitue historiquement le peuplement le plus ancien de l’Afrique du Nord (en langue berbère « Libya » ou « Tamazgha« ).

La présence des Kabyles en Kabylie est attestée depuis le 9ème millénaire.

Le vrai nom autochtone des Kabyles : les Izwawen

Selon le professeur Salem Chaker,  le terme Azwa, au pluriel Izwawen est le véritable nom ancien et autochtone des Kabyles

« comble de la dépression historique LES KABYLES ont presque oublié leur véritable nom».

Salem CHAKER

Le terme Agawa (Gawawa) au pluriel Igawawen désigne une confédération de tribus du versant nord du Djurdjura.

Territoire et géographie

Il est difficile de donner le limites géographiques de la Kabylie. Des villages qui étaient kabylophones il y a un siècle ne le sont plus.

« Depuis l’invasion arabe jusqu’à la colonisation française, qui a favorisé l’arabisation du pays kabyle, tous les événements ont concouru à l’émiettement de cette région millénaire qui s’était construite politiquement grâce à ses confédérations (archs) comme une province indépendante (Tamawya). »

De nos jours l’espace que recouvre la Kabylie n’est fixé que linguistiquement.

Géographiquement le pays kabyle est cette portion de l’Algérie qui s’étale de la limite orientale de la Mitidja jusqu’au massif du Collo.

La Kabylie fait partie des Montagnes de l’Atlas. Elle est située en bordure de la Méditerranée.

kabylie rivage hakim Kabyle.com
Photographie Hakim KABYLE.COM D.R.
parc national djurdjura dalil Kabyle.com
Parc National du Djurdjura Dalil – Photographie Dalil AMazigh TAGMATS KABYLE.COM D.R.

Histoire

Historiquement la Kabylie s’appelait la province de Bougie.

« L’insurrection de 1871 provoqua la scission par les Français du pays kabyle en Petite et Grande Kabylies. La France coloniale supprima de la carte géographique kabyle, le versant sud du Djurdjura et l’Akfadou, son prolongement du col des Ichelladen jusqu’aux aarchs des Ifennayen., Bougie (Vgayet), les Babaors (Avavur), les Bibans (Tiggura), le Guergour (Agergur) et le Collo (Lqullu) dans un but précis : arabiser ses habitants. »

Langue et Culture

matoub mammeri citation fresque dalil Kabyle.com
Photographie Dalil Amazigh 2009 TAGMATS KABYLE.COM D.R.

La langue kabyle (taqbaylit) est la langue d’usage en Kabylie.

Le nombre de locuteurs est estimé à plus de 10 millions de personnes.

Il s’agit de la seconde langue amazighe (berbère) la plus parlée, après la tachelhit  (chleuh au sud du Maroc).



Politique

Deux partis politiques nationaux algériens ont dominé électoralement en Kabylie : le FFS dirigé par Hocine Aït Ahmed, et le RCD dirigé par Saïd Sadi.

Le Mouvement Citoyen des Aarchs (Laarach) de 2001 à 2003 a représenté les revendications des « manifestants » au gouvernement algérien lors du soulèvement de la Kabylie. Le nom Arch au pluriel Arouch désigne une forme traditionnelle d’assemblée démocratique.

Le MAK (Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie) qui a vu le jour aux prémices du Printemps noir de 2001 a évolué de la revendication d’une autonomie vers celle de la création d’un Etat kabyle

Économie

L’économie de la Kabylie est basée sur le revenu des travailleurs migrants, l’artisanat traditionnel et l’agro-alimentaire.

Démographie

Les Kabyles représentent une population de 7 à 8 millions de personnes.

En incluant la diaspora kabyle de par le monde, on parle alors de 10 millions de Kabyles.

La densité de population en Kabylie est l’une des plus élevée en Afrique du nord.

Stéphane ARRAMI

Histoire des Kabyles de France

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Illustation Kabylie 1882
©Morphart - Can Stock Photo Inc.

Jusqu’au début du 20ème siècle la présence kabyle en France était très restreinte. Les premiers mouvements migratoires résultent des dépossessions des terres par la colonisation, mais sont principalement la conséquence du développement de l’économie industrielle et de la démographie débordante en Kabylie.

Une présence plus que centenaire

La première émigration remonte à la campagne de Madagascar (1894-1895). A cette époque, les « convoyeurs kabyles » accompagnaient le va et vient continuel des bateaux qui opéraient des transferts massifs de bovins et de chevaux ». « C’étaient des conducteurs de bestiaux, qui restaient à Marseille après avoir laissé les animaux qu’ils étaient chargés de conduire, ou quelques colporteurs, attirés par les grandes expositions internationales, qui parcouraient ensuite la Métropole, principalement les villes d’eau, pour écouler une pacotilles plus ou moins importants » selon un rapport de la commission chargée d’étudier les conditions de travail des indigènes algériens dans la métropole en 1914.

L’une des causes de cette immigration kabyle fut tout d’abord le résultat de sa perte de souveraineté avec les expropriations massives des terres kabyles en 1871. « En 1876 on estime à 7000 personnes le nombre de Kabyles réfugiés en Tunisie. L’exode kabyle vers la Tunisie ne fut qu’une étape. » La France deviendra la terre d’accueil de ces rescapés qu’elle a elle même conduit à la fuite. De nombreux Kabyles furent déportés vers la Syrie, les bagnes de Cayenne et de Nouvelle Calédonie. Le Gouverneur Général d’Algérie envisagea même une déportation massive vers Madagascar.

Cette migration de l’exil s’ajouta à celle qui était constituée par les contigents de l’armée coloniale. L’aristocratie guerrière kabyle qui fournissait des soldats aux Turcs avant 1830 entra au service de la France dès le milieu du 19ème siècle. Les bataillons de fantassins appelés les Zouaves (du mot Kabyle Agawa Zwawa)  se sont illustrés par leur bravoure notamment lors de la guerre de Crimée. C’est en hommage à cette victoire qu’a été réalisé le Zouave du pont d’Alma sur la Seine à Paris.

Histoire d’une communauté

Au début du XXe siècle, le besoin de main d’oeuvre amène de plus en plus de Kabyles à venir travailler en France.  Le Directeur de l’Office de l’Algérie à Paris fait procéder à l’ouverture d’une enquête en 1912 dans toutes les préfectures de France. Elle révèlera la présence de 4.000 à 5000 Kabyles, résidant principalement à Marseille, Clermont-Ferrand, Paris et dans le bassin houillier du Pas de Calais. Au lieu de se cantonner autrefois aux métiers de colporteurs, ils étaient pour la plupart employés dans des établissements industriels ou miniers. Ainsi, à Marseille, ce fut l’huilerie Maurel et Prom qui la première recruta la main-d’oeuvre Kabyle. « Ces ouvriers étaient presque tous originaires de Tizi-Ouzou, d’Azeffoun de Michelet et surtout d’Azazga ». « Il est en général admis d’estimer à près de 10.000 le nombre de Kabyles qui travaillaient en France à cette époque. »

L’enquête Louis Massignon en 1921, recensait près de 12.000 travailleurs Kabyles dans l’agglomération parisienne dont 2700 aux usines Renault à Billancourt, 7.000 aux usines Citroen à Clichy et Levallois, 2500 laveurs de voiture à Saint Ouen, Levallois et Aubervilliers. Il localisait les principaux centres d’hébergement des Kabyles à la Villette, le long du canal de l’Ourcq et rue des Flandres, Grenelle et avenue du Maine, boulevard d’Italie, boulevard de la Gare, rue de la Glacière et d’Alésia.

Dans les années 30-40, Paris est le principal pôle d’immigration, avec la Moselle la Meurthe et Moselle

Les immigrés Kabyles compteront parmi les précurseurs de la libération nationale algérienne avant d’être écartés ou pris dans la spirale des mouvements politiques arabistes.

La défiance à l’arabisation et la survivance du combat pour la sauvegarde la culture se concrétiseront par la création de l’Académie Berbère en 1966 et l’élaboration d’un enseignement de la langue et de la civilisation berbère à l’Université Paris VIII en 1973.

En 1994, Matoub Lounès reçoit des mains de Danielle Mitterand le Prix de la mémoire, un symbole majeur pour les jeunes français d’origine kabyle des années 1990 qui se construisent de nouveaux repères et investissent le champ politique.

Forte aujourd’hui de plus de près de 2 millions de personnes, la communauté kabyle française entretient une vie collective menacée par une France arabophile, où la Kabylie n’apparait jamais en tant qu’entité politique et territoriale indépendante.  Malgré ces luttes incessantes contre l’assimilation, le travail de mémoire continue d’être entretenu par des regroupements politiques, philantropiques, sportifs ou culturels.

Stéphane ARRAMI

Lectures conseillées :

J. Vilbot voyage d’une parisienne au Djurjura 1880 Nabu Presse 2011 ISBN 1271631903

Histoire de l’émigration kabyle en France au XXe siècle Karima Slimani-Direche

Les Kabyles en France 1914 Editions Gouraya

Kabyles en France un aperçu historique Mohand Khellil 1994

Samir Talmat – La sirène enchantée

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Samir Talmat

Dans son dernier opus composé de huit chansons, SAMIR TALMAT revient cinq ans après son premier album pour nous présenter une œuvre acoustique et poétique remarquable où le rythme et le verbe se conjuguent au parfait. Tantôt il vous berce tantôt il vous fait vibrer. Il en a fait pour tous les goûts.

L’artiste, originaire du village Issenadjen, qui surplombe les baies d’avechar et de Tamda Ouguemoun (deux plages recommandées pour une échappée  estivale), interprète une foultitude de thèmes avec des airs rythmés. Dans cet album, Samir revisite l’amour et ses turpitudes. Ses amertumes et ses souffrances.

Il parle de l’immigration et son corolaire : la séparation. Il parle de ses amours impossibles et déchantées.  Comme dans ses premiers pas, il avantage le verbe au son même s’il a fait beaucoup d’efforts dans le domaine musical. Des sons bien tressés autour de thèmes variés.

Ses textes plaident pour des serments de fidélité en amour et semble abjurer les alliances factices et sans attachement  réel. Et il le dit si bien dans l’une de ses chansons intitulée « amniyi ». Il s’adresse à une dulcinée lointaine dans un message codé en puisant dans le secret de la déclamation des anciennes gloires kabyles à l’imagine de cheikh El hasnaoui et autres.

Dans le temps, la relation amoureuse ostensible ne se conjuguait pas au kabyle. C’était l’anathème et l’opprobre sur ceux qui osaient affichaient  leurs sentiments envers les femmes. Aujourd’hui que les noces sont levées sur le monde inaccessible de l’amour, tout un chacun s’égosille à le dire.

Comme tous les artistes partis loin du pays qui les a vu naître, il clame tout haut que la vie hors de chez lui est une blessure béante. Il le dit si bien pour sa bien aimée réelle ou imaginaire que s’il avait à choisir son port d’attache, il choisirait sa Kabylie natale et ainsi vivre auprès des siens. Il vante les attirances de nos traditions et le savoir vivre de nos aïeux avec fierté. Contrairement à  certains, il invite les autres à venir à la découverte de nos richesses multiples. C’est ce qu’il raconte avec le premier titre «Fransa ». Sinon pour conjurer le mauvais sort, il implore saints et temples dans sa quête de quiétude, de plénitude et de bien-être. A l’entendre, on devine facilement les souffrances d’un artiste coincé entre les dents d’une même tenaille : l’envie de vivre le présent, habillé d’us et coutumes ancestraux et la tentation d’une mondialisation faucheuse de spécificités culturelles.

Et pour mieux le connaitre nous l’avons approché lors du tournage d’un clip avec MizranaProduction pour un entretien express.

Azul Samir,  après un silence de cinq années, parlez-nous de ce nouvel album

Samir Talmat : Effectivement j’ai pris beaucoup de temps pour réfléchir à ce qui me conviendrait comme style. Je voulais mûrir mon genre artistique afin de mieux percer dans un monde musical saturé. Et puis vivre sa vie familiale et artistique n’est pas chose aisée vue que nous les kabyles nous ne vivons pas de notre art.

On sent dans vos texte une certaine amertume, pourquoi ?

C’est le contexte actuel qui fait que nous ressentons les bouleversements de notre société de la même façon que la jeunesse et le public par lequel nous existons. Franchement le cœur n’y est plus. Si je continue à chanter c’est par amour à la chanson sinon…

Votre album se situe à mi-chemin entre le non-stop et le classique kabyle n’est-ce pas ?

J’essaie de répondre aux attentes de mes différents publics tout en restant dans mon style. Quand j’ai vu la réaction du public à Azzeffoun dans le cadre du festival « arabo-africain », je suis vraiment comblé. Cela prouve que ce que je fais répond parfaitement à l’attente de notre jeunesse. Plus de trois milles personnes ont chanté et dansé avec moi. J’étais en parfaite symbiose avec eux.

Où en est la chanson kabyle aujourd’hui ?

Elle est à l’image de notre jeunesse, le son intéresse mieux que le verbe. Elle veut chanter et danser et ainsi se défouler pour oublier les aléas d’une crise multiple.

Des projets ?

Je viens de terminer un clip vidéo avec MizranaProduction. Sinon je projette de me produire un peu partout en Kabylie durant et après le mois de carême.

Le mot de la fin

Je vous remercie beaucoup pour cette attention que vous portez aux artistes qui n’ont pas de gros moyens pour communiquer. Je lis quotidiennement votre journal Kabyle.com et je m y retrouve surtout quand je suis hors du pays.

samit talmat 01 Kabyle.com
Samit Talmat
samir talmat 02 Kabyle.com
Samir Talmat

Drapeau kabyle et drapeau amazigh sont complémentaires

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Le drapeau de la Kabylie, ou drapeau kabyle, est souvent confondu au drapeau amazigh. Le drapeau amazigh est reconnaissable par trois couleurs horizontales dans l’ordre suivant bleu-vert-jaune frappé d’un ⵣ (aza ou yaz) rouge.

Ce drapeau a été adopté pour représenter l’ensemble des peuples amazighs (berbères) de l’Afrique du Nord (Tamazgha) ce qui inclue aussi les Kabyles (Kabylie).

En ce qui concerne le drapeau kabyle, une chanson des années 70 évoque l’usage d’une bannière dorée et un attachement particulier pour la couleur jaune dans l’histoire.

Nous retrouvons ce jaune dans le drapeau actuel de la Kabylie, avec la couleur bleue qui représente l’eau, richesse naturelle de la Kabylie, en même temps que la liberté qui est la base de la culture kabyle.

Le drapeau kabyle a été adopté par le Mouvement de l’Autonomie de la Kabylie (MAK).

*azwaw su-mendil awragh (Idir), « le roux à la bannière d’or ».

Code couleur CMJN du drapeau amazigh :

Jaune or : 5 -5 -90 – 0

Cyan : 90 -15 – 0 – 0

Bleu marine : 100 – 50 – 0 – 0

Code couleur CMJN du drapeau kabyle :

Rouge : 0 – 91 – 73 – 74

Bleu : 100 – 47 – 0 – 26

Jaune : 0 – 15 – 100 – 5

Drapeau de Kabylie du MAK
Drapeau de la Kabylie

Arezki ABBOUTE : « L’avenir des droits de l’homme et des libertés en Algérie s’annonce compromis »

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Arezki ABBOUTE, un des acteurs d’avril 80 et un des 24 détenus. Il nous a accueillis dans son bureau à l’université Mouloud Mammeri pour se livrer à cœur ouvert à nos lecteurs sur les 31 années de combat pour Tamazight et la démocratie.

Arezki ABBOUTE, un des acteurs d’avril 80 et un des 24 détenus. Il nous a accueillis dans son bureau à l’université Mouloud Mammeri pour se livrer à cœur ouvert à nos lecteurs sur les 31 années de combat pour Tamazight et la démocratie. 

Kabyle.com : Ce 20 avril, vous avez participé à la marche à laquelle a appelé le MAK, puis vous avez rejoint la maison de la culture de Tizi-wezzu pour donner une conférence sur Avril 80. Quel est votre message ?

Arezki ABBOUTE : Effectivement, comme à chacune des marches organisées dans le cadre de la commémoration du 20 avril, cette année aussi, je n’ai pas failli à la tradition puisque, par de-delà les initiateurs de ces marches (université, RCD, FFS ou MAK), je m’étais fait un devoir d’être au rendez-vous pour marquer cet événement qui m’a toujours tenu à cœur. Si, en plus, cela me donne l’occasion de rencontrer quelques uns des anciens militants du MCB, vous pouvez alors imaginer toute la joie que je peux ressentir.

Quant à la conférence que j’ai animée à la maison de la culture de Tizi-Wezzu, comme d’ailleurs toutes celles que j’ai pu animer à différents endroits de la région, celle-ci se voulait juste un modeste témoignage sur les événements du printemps amazigh.

Y a-t-il un message dans tout cela ? Si c’est le cas, je pense que c’est d’abord un message d’espoir et de conviction, une conviction de voir, dans des temps pas trop lointain, la consécration de Tamazight comme langue officielle et ensuite, une manière à moi d’espérer que par-delà les divergences que peuvent avoir les militants de la cause amazighe, la journée du 20 avril doit toujours constituer ce repère qui va nous aider à transcender ces divergences et à aller de l’avant pour encore plus d’acquis.

Kabyle.com : Vous avez appelé à évaluer ces 31 ans de combat pour Tamazight, pour voir les atouts et les défaillances. Et si on vous demande de faire cette évaluation en bref ?

Arezki ABBOUTE : Oui, je crois qu’il n’est pas inutile de rappeler que s’il faut se réjouir de l’ambiance de fête qui a caractérisé cette journée du 20 avril 2011, comme on l’a vu lors de la marche organisée par le MAK (Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie), il n’en demeure pas moins qu’il faut se souvenir également que notre combat n’a toujours  pas encore totalement abouti puisque Tamazight n’est  pas consacrée par la constitution algérienne, comme langue officielle.  Ce 31ème anniversaire du printemps amazigh doit, à mon avis, nous servir de halte  et constituer une occasion pour faire justement le bilan de ces 31 ans de combat, pour Tamazight, qui viennent de s’écouler.

Si je dois me prononcer maintenant sur ce qui a pu être arraché au cours de toutes ces années, je crois pouvoir affirmer qu’il y a eu de nombreux acquis, dont le plus important et le plus significatif reste, à mon avis, la constitutionnalisation de Tamazight comme langue nationale, depuis l’année 2002. Il faut cependant mettre un petit bémol et rappeler que pour que cet acquis soit rendu possible, il avait fallu à la Kabylie payer un très lourd tribut puisque pas moins de 130 jeunes ont été assassinés par les gendarmes durant les événements du « printemps noir ».

Kabyle.com : Vous avez parlé d’un combat vertical perverti en combat horizontal. L’opposition a-t-elle une part de responsabilité dans le malheur de Tamazight ?

Arezki ABBOUTE : En parlant du « combat vertical » et du « combat horizontal », je n’ai pas visé le combat qui a été mené pour la reconnaissance de Tamazight comme langue nationale et officielle, mais, plus généralement, le combat pour la démocratie. En effet, à tort ou à raison, j’ai toujours cette impression que les deux partis implantés en Kabylie (FFS-RCD), perdaient souvent de vue que l’ennemi de la démocratie et de la cause amazighe a été et reste toujours, pour moi, le pouvoir arabo-islamique et, je pensais franchement qu’avec le temps les petites escarmouches et les quelques « échanges d’amabilités »  entre ces deux partis, finiront par cesser pour ne se consacrer plus qu’à l’essentiel. Ce n’est malheureusement pas le cas puisque, tout récemment encore, de graves divergences sont apparues quant aux actions à organiser après les manifestations populaires de janvier 2011. Et, à moins de traîner encore le poids de la peur d’être accusés d’alliance Kabylo-Kabyle, je ne vois pas vraiment ce qui peut bien justifier que plus de 20 années après leur création, le rapprochement entre eux reste impossible.

 Ceci étant rappelé, je profite de votre question pour vous dire que même si, et comme vous pouvez le constater d’ailleurs, je ne me prive pas d’exprimer mes opinions, il ne faut cependant pas compter sur moi pour dénigrer et taper sur les partis politiques, particulièrement, sur  ceux de l’opposition démocratique.

Kabyle.com : L’Université, celle qui a fait naître le mouvement 80, comment estimez-vous son rôle aujourd’hui ?

Arezki ABBOUTE : Avant de répondre au deuxième point de votre question, je voudrais tout d’abord vous faire remarquer que si, effectivement, l’étincelle fut allumée à l’université de Tizi-Wezzu, lorsque les autorités locales avaient décidé d’interdire la conférence sur les « poèmes kabyles anciens » que devait animer M.Mammeri, cet établissement n’avait cependant pas « fait naître » le mouvement d’avril 80 comme vous l’affirmez, mais il n’avait fait que le porter simplement, soutenu dans cela par l’hôpital de Tizi-ouzou, sonelec(aujourd’hui : ENIEM), sonitex de Dra Ben Khedda….

Quant au rôle que doit être celui de l’université de Tizi-Ouzou dans le combat pour la démocratie en général et de Tamazight en particulier, je pense que celui de catalyseur  et de rassembleur pour gérer  les divergences qui s’expriment au sein de la communauté universitaire, comme le prouve la célébration, en rangs dispersés, du printemps amazigh, lui siérait parfaitement bien.

Kabyle.com : A votre avis, pourquoi, contrairement à la Tunisie, à la Libye et les quelques pays arabes, en Algérie, le soulèvement populaire est tué dans l’œuf ?

Arezki ABBOUTE : En répondant à cette question, je sais ne pas faire preuve de beaucoup d’originalité puisque mon avis sur ce point n’est pas trop différent de celui de nombreux autres citoyens qui ont eu à s’exprimer sur ce sujet.

 Comme eux, je crois, moi aussi, que la barbarie et la violence sans égal qu’ont subies les Algériens durant ces 20 dernières années ont marqué de façon indélébile leur esprit. Je pense que ceux qui ont vécu ces atrocités ne souhaitent, aujourd’hui, rien d’autre que de voir la paix sociale se réinstaller même si cela se fera au prix de nombreux renoncements. Cette situation est, bien entendu, mise à profit par un pouvoir dont le seul souci est de s’inventer toutes sortes de subterfuges pour gagner du temps et rester au pouvoir. Si l’on ajoute à cela l’incapacité de l’opposition à s’unir pour espérer peser sur le cours des événements, nous comprendrons peut-être plus facilement pourquoi, en Algérie, la contestation peine à démarrer. Mais pour combien de temps encore ?

Kabyle.com : Comment voyez-vous l’avenir de Tamazight, des droits de l’Homme et des libertés dans cette atmosphère ?

Arezki ABBOUTE : Même si je suis habituellement d’un tempérament plutôt optimiste, j’avoue qu’après plus de 20 ans d’un régime d’exception, la situation des droits de l’homme et des libertés ne peut que s’en ressentir. Aujourd’hui encore, et bien que l’Etat d’urgence ait été levée, on continue pourtant  d’interdire les marches dans la capitale, prétextant une situation sécuritaire encore fragile. Dans cette atmosphère, ce n’est pas faire preuve de pessimisme que de dire que l’avenir des droits de l’homme et des libertés en Algérie s’annonce plutôt compromis même si nous assistons à l’émergence d’une société civile dynamique qui, certes, a encore besoin d’être aidée, mais reste l’un des derniers espoirs pour l’effectivité des droits de l’homme dans notre pays.

Quant à Tamazight, je pense que la phase la plus difficile est déjà passée car, rien que de voir le dynamisme dont font preuve les enseignants de Tamazight, la mobilisation des étudiants du département de langue et culture Amazigh de l’Université M.Mammeri, je garde un grand espoir pour l’avenir de celle-ci même si, par ailleurs, je n’ignore rien de difficultés qui restent encore à surmonter.    

Entretien realisé par Madjid Amazigh – Crédit Photos Kabyle.com Madjid Amazigh ©     

Hocine Zehouane : « Il faut une révolution démocratique et sociale en Algérie »

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Après son retour du Maroc où il a participé à une rencontre des organisations des droits de l’Homme, Hocine Zehouane a donné son analyse des soulèvements populaires qui secouent la région. Selon le président de la LADDH, la dictature des régimes et le blocage politique de ces systèmes liberticide qui s’accrochent au pouvoir depuis une vingtaine d’années, a poussé les populations à se soulever subitement, comme les systèmes et les sociétés ne peuvent pas aller ensemble plus loin sans un changement radical.

hocine zehouane Kabyle.com
Hocine Zehouane – Photographie Kabyle.com Madjid SERRAH Tous droits réservés

KABYLE.COM Alger : Le président de la Ligue Algérienne pour la Défense des Droits de l’Homme, Me. Hocine Zehouane a animé ce vendredi 6 mai une conférence à la Fondation Freidrich Ebert – Alger, sur la situation et les perspectives de la démocratie et les droits de l’Homme dans la région après les derniers événements que connait la région.

Après son retour du Maroc où il a participé à une rencontre des organisations des droits de l’Homme, Hocine Zehouane a donné son analyse des soulèvements populaires qui secouent la région. Selon le président de la LADDH, la dictature des régimes et le blocage politique de ces systèmes liberticide qui s’accrochent au pouvoir depuis une vingtaine d’années, a poussé les populations à se soulever subitement, comme les systèmes et les sociétés ne peuvent pas aller ensemble plus loin sans un changement radical.

L’Algérie, ce pays qui se distingue dans la région comme un pays qui connait des turbulences depuis les années 88, et dont les émeutes sont devenues la voix obligée d’expression pour les algériens, avec un nombre de 10000 émeutes en 2010. Et des régions qui connaissent des émeutes permanentes comme la Kabylie. L’Algérie un pays avec des moyens financiers importants d’un coté, de l’autre coté, le chômage, la fuite des cadres et un malaise social qui règne, et une jeune population marginalisé qui cherche l’exil, faute des gens du système qui bloquent la société. « Si j’étais dirigeant politique, j’aurais froid dans le dos », a annoncé le leader de la LADDH.

Afin de « forcer le changement » et l’inscrire dans une perspective de « lutte continue » ; maitre Zehouane a proposé la rédaction d’un manifeste et une feuille de route pour une refondation nationale, démocratique et sociale. Et pour ça il faut assurer « une authenticité démocratique » et garantir la stabilité gouvernementale et d’une « garde constitutionnelle » qui permettra des forces vigiles pour « empêcher quiconque de manipuler la constitution. »

Concernant l’initiative de la CNCD, une coordination à laquelle la ligue que préside Hocine Zehouane n’a pas adhéré, le conférencier a déclaré que c’étai malsain dès le debut, et la coordination est créée avec des enjeux de conflits politiques. Par rapport au dialogue national annoncé par Bouteflika, Me. Zehouane a déclaré « De toutes façons, je ne pense pas être invité. Après, si je le suis, je ne viendrais pas les mains vides. Et je transmettrais le débat sur la place publique. » A signaler que cette conférence a eu lieu à l’occasion d’une formation « Journalisme et droits de l’Homme » une formation au profit d’une vingtaine de journalistes de Tizi-Wezzu, Boumerdes, Vgayet et Alger. Une formation initiée par la LADDH et encadrée par M. Michel Leroy, journaliste indépendant et président de l’ONG Est-Ouest.

Madjid Serrah pour Kabyle.com

Vibrant hommage à Cheikh Aarav Bouizgaren

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Parti d’une simple idée,  l’hommage a fait effet  d’une boule de neige avec l’adhésion de beaucoup d’artistes et de fans à l’idée de participer à cet événement aussi exceptionnel que  celui de rendre hommage  et d’évoquer l’enfant de Mekla, l’artiste aux dix tubes de « ah anfas anfas » à « ah ammimezran ».

Qui est Cheikh Aarav Bouizgaren?

Chikh Aarav dit Mohamed Aarav Bouizgaren est né le 27 Mai 1917 à Ldjemaa n’Saharidj un village situé à une trentaine de Kilomètres à l’Est de la ville de Tizi-Ouzou où il passe son enfance. Adolescent, épris de musique,  il part à Alger et côtoie El Hadj Mhammed El Anka et intègre sa troupe avec laquelle il apprend les règles élémentaires du Chaabi. Il débarque en France à partir de 1946 mais ne se détache pas du milieu artistique en rencontrant Cheikh El Hasnaoui, Slimane Azem, Bahia Farah, Fatma Zohra et autres.
Il édite sa première chanson « anfas anfas » (Laisse-le) en 1950 abordant la condition d’immigré en France. S’en suivaient des titres phares qui ont fait sa renommée tels que « ammimzrane », « cyaatas adyass » etc . Même s’il n’a enregistré qu’une dizaine de chansons, ces dernières sont considérées comme des chef- d’œuvres interprétées par des générations et des générations de chanteurs kabyles. Malgré le succès qu’ont rencontré ses œuvres Cheikh Aarav est resté  modeste ne cherchant aucune gloire et préférant se mettre à l’ombre jusqu’à sa mort le 02 Avril 1988.

Aujourd’hui il repose en paix au cimetière de Massy mais ses œuvres demeurent éternelles.
 
Si on revient au spectacle, c’est un plateau des plus riches qui a été offert au public venu nombreux assister à l’hommage. Entre anciens et nouveau du genre Chaabi, la scène rassemblait les adeptes de ce genre ainsi que la chanson kabyle féminine représentée par trois chanteuses.

Un grand poster du Cheikh se dressait au déçu de la scène surplombant un orchestre majestueux dirigé par Allaoua Bahlouli.  Des instruments personnels du disparu ( Mondole, flûte, violon, ancien magnéto à bande, tourne disque et disques 33 tours ) sont minutieusement exposés.

Après la projection d’un diaporama relatant la vie et l’œuvre du chantre avec l’introduction de souvenirs en photos archives inédites rassemblée sur un fond musical du cheikh concocté par Mohand Ferdiou, c’est place à  la musique…
Ils ont tenu à interpréter ses chansons…

Khelifa Ait Ali ouvre le bal avec la chanson « Ayemma », puis Arezki Moussaoui « Ayadu » et « Tura Akmedjagh » Nacer Chebbah à repris également un tube de son idole. Rachid Mesbahi avec son doigté terrible rappelle au public que le mode
Chaabi ne se démode pas en interprétant deux de ses tubes « a yemma aezizen» et « ayafroukh aelli » . La jeune chanteuse Ratiba fait découvrir au public sa chanson émouvante « lukane » puis reprend une de hanifa « darrayiw ». Kamal Bouyakoub ,
avec sa voix rocailleuse a opté pour  «  anfas anfas » avec son istikhbar vibrant puis une chanson de Matoub Lounès « atili l hadja arkhiset » inspirée d’une œuvre de cheikh aarav. Karim Slaim et Moh Smail on chanté respectivement « yejrah wul tassa tuden » et «  anfas anfas,akka aydus ».

Malika à évoqué Zohra avec sa chanson « urilaq ayitchuhned » . Après l’entracte Hocine Madoui enchaine avec « chyaatas adyas » puis à Lekhder Sennane d’enchanter le public avec une nouvelle chanson intitulée «Medden».

Hocine chebbah, jeune talent de la région et adepte  du style du cheikh s’est permis le luxe de dénicher et d’interpréter avec brio une chanson inédite jamais enregistrée par Cheikh Aarav «  Lweqt Uewij » qu’il a bien adaptée au mode actuel
tout en gardant sa saveur d’antan.  Pour clôturer c’est Farid Arhab et Aldjia interprètant  Slimlane Azem « tamurtiw aazizen » pour l’un et Djamila  «  taaqqaytnaremmane »  pour l’autre.

La veuve de Cheikh Aarav présente et émue

Elle était là,  madame Nadia  Bouizgaren veuve de cheikh Aarav, une femme restée belle, timide et souriante. Assise au premier rang elle répondait avec un sourire et générosité aux salutations des artistes et des fans de son défunt mari. A la fin du spectacle et après avoir remercié les organisateurs et tout le public venu nombreux à l’hommage elle nous a fait cette confidence : «  Aujourd’hui je suis réellement émue après toutes ces années lourdes  qui sont passées on a eu l’idée de rendre hommage à mon mari, il sera sûrement  ravis dans l’au-delà. Vous savez Cheikh Aarav a toujours vécu discret que ce soit dans sa vie ou dans son art, il aimait rester dans l’ombre il a même décidé à un moment d’arrêter son art alors qu’il était au summum de sa gloire et personne ne sait pourquoi. Je me souviens que des fois il prenait son instrument, qu’il avait laissé de coté, pour gratouiller quelques airs mais il l’abandonnait aussi tôt ! Un  jour lui demandant pourquoi ne pas continuer il m’a dit : ‘ si je meure avant toi  enterre-moi avec mon mandole’  chose que je
lui ai promise et que j’ai faite le jour de son enterrement,  son mandole est bienavec lui c’est une chose qui était restée jusque là entre lui et moi
».

Djillali Djerdi
[email protected]

Kabyle, quelle est ta tribu d’origine ?

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Cartes des tribus confédérations de Kabylie
Cartes des tribus confédérations de Kabylie

De quelle tribu amazighe descends-tu ? Comment s’organisait la confédération kabyle (taqbilt) ?

Les légendes kabyles racontent que le premier habitant du Djurdjura était un géant. Celui-ci aurait eu cinq fils qui, une fois devenus grands, seraient à l’origine de cinq familles.

De ces cinq familles découlent cinq tribus, qui, réunies en confédération, auraient lutté contre la domination romaine. Elles étaient connus des historiens romains sous le nom de Quinquégentiens.

Le bulletin archéologique L’Athenaeum français en 1852 répertorie les 5 tribus en question de la manière suivante.

  • les Massissenses (Msisna ou Imsissen) sur la rive droite de la Soummam
  • les Tindenses (Fenaïa, Aït-Oughlis et Aït-Ameur)
  • les Isaflenses (Iflissen)
  • les Jubaleni ou montagnards (les Zouaoua)
  • les Jesalenses (à l’ouest des Zouaoua)

Les seuls noms de tribus antiques qui nous sont formellement parvenus aujourd’hui sont les Faraxen pour les Feraoucen, Iflensès pour les Iflissen.

Le patronyme et toponyme d’Azus était très répandu en Kabylie et sur tout son pourtour.

En croisant les sources d’archives et des travaux d’administrateurs coloniaux, l’historien Alain Mahé a pu reconstituer le découpage des 126 tribus kabyles réunies dans une douzaine de confédérations au moment de la conquête coloniale française.

Cartes des tribus confédérations de Kabylie
Carte de l’organisation tribale et confédérale de la Kabylie au début du XIXe siècle – Stéphane ARRAMI 2002 Carte inspirée des travaux d’Alain Mahé

Une école de cinéma à Timzrit (Kabylie)

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L’association Ciné Plus a aujourd’hui pris le relais. Son bouillonnant président, M. Azzedine Kedadouche, se démène comme un beau diable pour asseoir ce canal d’expression encore peu maîtrisé dans nos villages, au sein de la jeunesse. Quand on met une caméra entre les mains d’un jeune kabyle, au lieu d’une guitare, comme on a coutume de le faire, cela donne parfois des œuvres culturelles d’une autre dimension qu’un vague album de chansonnettes approximatives. Quand on sait que le patrimoine culturel a si peu été fixé sur pellicule, on mesure l’immensité de la tâche qui ceux qui voudraient bien se mettre à l’œuvre.

Le cinéma au service de la mémoire et de la culture

Créée en novembre 2000, l’association Ciné Plus compte aujourd’hui 80 adhérents. Chaque vendredi, on organise des spectacles et des projections débats avec des réalisateurs ; on organise également des ateliers de formation pour les jeunes et les moins jeunes. Actuellement, deux ateliers sont ouverts. L’un, encadré par un comédien du TRB, Le Théâtre Régional de Bgayeth, est ouvert à des apprentis comédiens dont l’âge varie entre 12 et 17 ans. L’autre atelier, est encadré par quatre formations de la l’Association Cinéma Le France de Saint Etienne. Il concerne le cinéma d’animation et la formation à l’image. Quatre formateurs venus de France encadrent de jeunes talents assoiffés de connaissances. Ils appartiennent à l’Association Cinéma Lefrance de Saint Etienne.

La relation entre les gens de Timzrit et Saint Etienne ne date pas d’hier.

Mise en exploitation en 1902, la mine de Timzrit n’a fermé ses tunnels qu’en 1974. Entre temps, presque tout le monde dans la région a travaillé dans la mine. Au cours des années, 8 000 personnes ont quitté la mine de Timzrit pour celles de Saint Etienne. Un flux migratoire qui n’a tari que ces dernières années mais qui a tissé beaucoup de passerelles entre les deux régions. Ces liens doivent en principe faire l’objet d’un film documentaire qui doit être tourné de part et d’autre de la Méditerranée. Côté français, on a commencé le tournage. Côté algérien, on attend toujours l’autorisation du ministère de la culture. On l’a demandée deux fois et on attend toujours. Dans les dédales de la bureaucratie algérienne, on s’y perd aussi facilement que dans les galeries souterraines de Timzrit. L’équipe doit également tourner un documentaire sur le rituel de l’arrivée du printemps, Amenzou n’tafsut, en Kabylie. Quand on demande son impression à Anaïs, la jolie stéphanoise qui fait partie des encadreurs, elle répond aussitôt que dans l’ensemble, c’est plutôt bon. « Les gens sont hyper motivés », dit-elle. De son côté, Mouloud est également hyper motivé. Venu, lui aussi de Saint Etienne, il prépare, avec son groupe, le gala spectacle de la clôture. La cause est noble. Il faut lever des fonds pour acheter du matériel cinématographique pour Ciné Plus. Pour Azzedine, le président, l’objectif général que poursuit l’association est clair : « Nos villages ne doivent pas être des déserts culturels où il n’y que des bars et des mosquées ». Pertinente remarque car il est évident que les villages kabyles d’aujourd’hui ont besoin de tous les Azzedine qu’ils peuvent enfanter pour éviter ce funeste destin que l’Etat et les islamistes lui ont depuis longtemps tracé.

Avec la mine, la région de Timzrit peut devenir un pôle touristique et culturel. Il faut se battre pour ça. Azzedine, par exemple, ouvrir un musée de la mine pour préserver la mémoire de la région mais chaque démarche est une bataille. Il veut également récupérer les ateliers mécaniques ; des grottes aménagées, pour en faire des locaux pour l’association mais l’administration ne veut rien lâcher.

L’équipe nous invite à faire un tour à la mine située en haut du village. L’endroit est, en effet, superbe. Un ruisseau coule à torrents en bas de la mine. Les romains qui avaient fondé le village de Tiklat (Tubusptu), en l’an 25 avant Jésus Christ, avaient capté cette source et l’avaient acheminée vers les thermes de la ville de Tiklat, sur la rive gauche de la Soummam. Les pylônes qui supportaient l’ancien téléphérique qui descendait vers la vallée sont toujours debout. Les équipements rouillent sur pied. Qui sait ? Il pourrait un jour être remis en service pour drainer, non plus des tonnes de minerai mais des centaines de touristes qui viendraient visiter la mine et assister aux spectacles qu’on y programme sur son immense esplanade. Il n’est pas interdit de rêver.

Azzedine nous montre au loin une petite maison perchée sur un promontoire rocheux de l’autre côté du ravin. Il s’agit de la maison familiale de Mouloud Aounit, le président du MRAP qui est venu cet été se ressourcer au bled. Les falaises de la mine sont immenses. Dans petites cavités naturelles, des rapaces et des colombes y nichent et semblent vivre en bonne intelligence. Du site de la mine, on peut très bien voir au loin vers l’ouest, le pic de Yemma Gouraya. Yemma Timzrit, la sainte patronne de la région, elle, possède son mausolée tout en haut de la montagne qui surplombe le village et la région des Ath Yimmel, sur le site même de son ermitage. Selon une légende locale, les deux  femmes seraient parentes. Réel ou supposé et quel que soit ce degré de parenté, on ne peut que constater que la Kabylie a offert certains de ses points culminants à des femmes pour veiller sur ses habitants : Yemma Kheledja, Yemma Gouraya et Yemma Timzrit, pour ne citer que les plus connues. Une piste à creuser pour les sociologues et les anthropologues qui voudraient bien s’y intéresser.

En attendant ces livres qui viendront fixer notre culture et retracer notre histoire avec notre propre regard, les gens de Timzrit, avec cette école de cinéma, offrent à la Kabylie un modèle et un exemple à suivre.

M.Ouary.

Tizi n’Tleta : La statue de Matoub décapitée

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Fortement endommagée, l’emblématique statue de Matoub Lounès de Tizi n’Tleta vient de subir une nouvelle attaque destructive mardi 5 février 2008.

Ce matin, l’imposant monument est devenu un crucifix qui domine la daïra des Ouadhias.

La statue de Matoub telle un cercueil ouvert, montre le Rebelle amputé d’un bras, la tête décapitée qui gît baissée. Cet ultime provocation intervient alors que les Amis de Matoub et l’association Tagmats s’apprêtaient à réparer les premiers dégâts.

Pour, Dalil Amazigh, Président de l’Association Tagmats Vienne « cet acte ne peut que renforcer la détermination des militants berbères à restaurer, sécuriser les stèles ou les statues de Matoub Lounès qui continue de gêner les adversaires de la liberté et de la démocratie ».

La sculpture de près de 2 m de hauteur et d’un poids total de 800 kg, réalisée par le jeune artiste Sid Ali Iraten, avait été inaugurée le 2 juillet 2004.

Stéphane ARRAMI

Anniversaire du soulèvement du 5 octobre à Alger

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Vingt ans d’imposture et de démocratie de façade

Cela fait exactement 19 ans depuis le déclenchement des événements du 5 octobre 1988 dans la capitale Alger.

Des événements sanglants durant lesquels plusieurs centaines de jeunes manifestants ont été tué par les gardiens du parti unique. Comme chantait le célèbre artiste Ferhat :

 Aâchren N’essna Di Lâamris,
lamer Di Tarvihed a Yul,
Yissen Ara s dilked

Vingt ans après l’Algérie tourne en rond, toujours prisonnière de l’armée des frontières qui a confisqué sauvagement l’indépendance arrachée par tout un peuple au prix de millions de martyrs.

Les imposteurs ne veulent pas lâcher du lest. Il tire si bien les ficelles au degré ou ils ont transformé leur système en une forteresse imprenable.

Ils ont su machiavéliquement donner à l’Algérie une image d’un pays où il n’y a ni démocratie, ni dictature avérée. En un mot une démocratie de façade, une poudre au yeux, de l’opium par lesquels tout un peuple est de nouveau plongé dans un long sommeil.

A chaque fois que le reste des forces vives du pays réclame un Etat démocratique. Le pouvoir brandit l’épouvantail des intégriste : « faite votre choix entre moi et les théocrate qui veulent instaurer un Etat islamique sans foi ni loi» semble-t-il vouloir nous déclarer à chaque fois.

Pour bien implanter son pouvoir sans risque d’être
inquiété, le système instrumentalisé a satiété
l’école, la justice et l’administration. Ces piliers
indispensables pour tout développement d’un pays dans
la voie de la démocratie ont été transformés en relais
de propagande et d’imposture.

Au lendemain des événements du 5 octobre Chadeli Bendjedid, le président de la république de l’époque a fait le lit pour l’intégrisme et a sournoisement ouvert les portes à ces monstres qui ont transformé l’Algérie à feu et à sang jusqu’à nos jours.

A vrai dire, les portes ouvertes aux fondamentalistes, n’a d’autres objectifs que de contrecarrer, le mouvement démocrate mené par les berbère principalement.

Feu Matoub Lounes l’une des victimes des événements du 5 octobre 1988, a composé ces vers prophétiques qui en dit long sur la réalité proche de l’Algérie, au moment où tout le monde croyait que le pays deviendrait prospère et démocrate :

Ur Se fchalagh Imdanen,
Tsawiâat Ig Harchawen Ugh Sâadara.
Marent Tragwa Idamen,
Mejden Yemdanen Ad Mejden
Ur ifriw ara

C’est en ces termes durs que Matoub a prédit les jours de l’Algérie après la soit disante ouverture démocratique.

Dans la foulée de l’ouverture démocratique, près d’une soixantaines de parti politiques ont été agrées. Ces partis pour la plupart, pour ne pas dire la totalité, font le jeu du pouvoir, en jouant le rôle de figurants dans une démocratie de façade.

L’Algérie de 2007 est caractérisé par le terrorisme mené par les islamistes, le banditisme mené par les voyous produit de l’école algérienne et par la corruption et l’imposture institutionnalisées par les tenants du pouvoir depuis le putsch de 1962.

20 ans après les événements du 5 octobre, 45 ans après l’indépendance l’Algérie est toujours prise en otage. Elle sombre toujours dans l’océan obscur des républiques bananières sous l’emprise de despotes. Au rythme où vont les choses, le bout du tunnel n’est pas pour demain, a moins d’une bourrasque qui descendra miraculeusement du ciel et viendra au bout de ces dinosaures qui ont ruiné l’Algérie, un pays dont la civilisation remonte à des milliers d’années.

Les richesses du pays ne profitent qu’à la horde dirigeante du pays. Le pouvoir s’offre désormais le luxe en cumulant des réserves de changes qui avoisinent le pic de 100 milliards de dollars. Une manne qu’il transforme en un instrument et une arme de pression et de chantage pour que les pays occidentaux le renforce dans sa position et joue le rôle de complicité sournoise contre ses agissements. Pour exemple le dernier forum qui devrait être organisé en France par Nadia Matoub dont le thème est «l’impunité, cas de l’Algérie ».

Évidemment la mairie de Paris a du coup annulé cette manifestation sans que
des raisons valables ne soient avancées, si ce n’est le chantage du pouvoir algérien exercé contre ce pays pour qu’il occulte toute question allant contre son maintien.

Le commandant Azzedine a fait cette déclaration en mai 2004 : « Dès l’indépendance, ceux qui se sont emparés du pouvoir ont mis l’histoire à leur service et l’ont écrite avec une gomme. Ils ont confisqué la révolution, se sont drapés d’une prétendue légitimité en monopolisant le passé de tout un peuple. Ils ont neutralisé la vérité. Alors qu’ils sont entrés dans cette histoire par effraction, s’y sont installés et pris leurs aises. Ceux qui l’ont faite ou du moins ceux qui l’avaient écrite de leur sang, dans leur chaire ont été mis dans le grenier de leur pouvoir ».

Mais comme on dit le mensonge peut courir tout un temps, la vérité le rattrape en un seul jour. Le meilleur exemple est sans doute le sort réservé par l’histoire au Bâathisme de Saddam Houssein.

De Kabylie
Belkacem B.

Pour toi Améziane

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KAMIRA, présidente de « l’association des femmes du printemps noir », pleure son ami de combat.

KAMIRA, présidente de « l’association des femmes du printemps noir », pleure son ami de combat Améziane et promet de lutter avec détermination pour les idéaux de liberté et de souveraineté du peuple berbère.

Pour toi Ameziane,

Ameziane Mehenni, tu étais le digne héritier du combat noble qu’a mené ton grand-père Ameziane, tombé au champ d’honneur pour l’indépendance de l’Algérie, et digne héritier de ton père, Ferhat Imazighen Imula, militant infatigable de la cause berbère.

Ameziane, nous tes amis, nous sommes fiers de t’avoir connu et aimé, avec toutes tes qualités humaines, fidélité générosité, intégrité…La distance n’a pu affecter notre amitié.

Ameziane, que te dire ? Toi qui as subit la répression, dès ton enfance, tu as été privé de la présence de ton père, incarcéré arbitrairement et jeté dans les geôles de Berouaguia et Lambèse.

Ameziane, à ton adolescence tu as repris le flambeau, nous avons fait ensemble un chemin de lutte, l’année du boycott scolaire, tu as pris la responsabilité de présider la coordination des lycéens imazighen tout en militant au mouvement culturel berbère.

Ameziane, en 1998, dès que tu as eu écho de l’assassinat du rebelle, tu es rentré en Kabylie pour être parmi nous et partager la douleur et la révolte.

Ameziane, te revoilà encore au rendez vous en 2001, parmi nous, pour être aux côtés des tiens, suite à la répression féroce qui s’est abattue sur notre Kabylie, nous nous rappelons toujours de ton expression, « je suis rentré pour être avec mes frères ma yella tetewthem adtewtegh, ma tewtem ad ewtegh ».

Ami Ameziane, par ton assassinat, ils veulent nous faire taire et atteindre ton père.

Ameziane, tu as été assassiné sur le sol du pays des droits de l’homme et des libertés, nous accordons notre confiance aux autorités françaises pour faire toute la lumière sur ton assassinat.

Ameziane, même si nous sommes touchés dans notre chair, nous n’abdiquerons pas devant les ennemis de la vie, chaque assassinat d’un jeune en Kabylie est signe de leur lâcheté et de leur impuissance devant la justesse et la noblesse de notre combat et de notre cause.

Ameziane, tu es parti en juin rejoindre, Djilali, Karima, Matoub, Boudiaf et les 126 martyrs du printemps noir.
Reposes en paix Ameziane, nous ne t’oublierons jamais, tu as laissé derrière toi des femmes et des hommes déterminés plus que jamais à honorer ta mémoire en restant fidèles aux côtés de ton père pour continuer le combat pacifiquement.
Ameziane, tu as vécu en homme, tu t’es éteint comme un saint.

Ayamedakul nnagh staafu tura, ttes di lehna, ma d nekwni n aauhedik u nkennu y ara
Kamira et Zina Nait Sid,
Karim, Djamel, Kamel.

Interview de Mohamed CHAMI, archiviste de la chanson kabyle

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A notre connaissance, il est le seul archiviste de la chanson kabyle, il compte à son actif, des milliers d’articles, de documents, de photos, de cassettes et autres disques, concernant tous les chanteurs et chanteuses kabyles, il ne demande qu’à ce que tout ce qu’il possède soit exploité et bien pris en charge pour sa protection.

Kabyle.com : Présentez-vous aux lecteurs de Kabyle.com ?

Mohamed CHAMI : Je m’appelle Mohamed CHAMI, né en 1959 à Taourirt Mimoun (Ath Yanni à Tizi Ouzou), je suis archiviste (de passion) de la chanson kabyle. Côté vie professionnelle et privée, je suis fonctionnaire, marié et père de quatre enfants.

D’où vous est venue l’idée de devenir archiviste de la chanson kabyle ?

C’est grâce à la Chaîne II, j’avoue qu’elle a été d’un appui considérable, car dès mon jeune âge, vers les années 60, j’écoutais tous les genres de musique. Ca allait, entre autres, de Iguerbouchène, Chérif Kheddam, Nouara, jusqu’à Mohand Rachid etc.

C’est grâce aux différentes émissions diffusées par cette radio que j’ai commencé mes travaux de recherche et pu faire la connaissance de plusieurs personnalité du monde artistique avec ma participation à certaines d’entre-elles.

Depuis quand vous êtes-vous investis dans ce domaine ?

Il y a exactement 33 ans, depuis 1972 !

Quel intérêt tirez-vous de votre statut unique, car à notre connaissance, il n’y en a pas d’autres archivistes de la chanson kabyle ?

Je suis en phase de devenir une référence en la matière, plein de monde me sollicite pour des besoins de documentation se référant à la chanson kabyle, aussi, j’entretien plusieurs correspondances avec différentes artistes.

Pouvez-vous nous donner une idée, en chiffre, de l’importance de la documentation que vous possédez sur la chanson kabyle ?

Je possède, actuellement, plus de 6 000 articles de presse, 400 disques (entre 33 tours, 78 tours et 45 tours), des centaines de cassettes audio et vidéo, une centaine de CD-ROM, des dizaines de posters et une multitude de correspondance avec des chanteurs vivants et disparus.

Il vous faut donc un énorme espace pour ranger tout ça, comment vous en sortez-vous ?

Aujourd’hui, le plus gros est rangé dans ma chambre à coucher et un peu partout dans ma maison, il faut dire qu’elle ressemble, de plus en plus à un véritable musée de la chanson kabyle qui manque d’espace et d’air !

Cette abondance de documents suppose-t-elle l’existence de documents inédits, dont vous êtes l’unique propriétaire ?

Effectivement, j’ai, en ma possession, plusieurs photos, des articles, des cassettes et des disques quasiment inédits, du moins, qu’on peut rarement trouver. Il faut dire, aussi, que j’ai quelques photos que les artistes photographiés, eux-mêmes, ne possèdent pas !

Pensez-vous qu’il y a des choses qui manquent encore à vos archives ?

Mais bien sûr ! On ne peut jamais être complet dans ce domaine. Mais paradoxalement, ce n’est pas ce qui me manque comme archive qui me préoccupe le plus actuellement, c’est, plutôt, la nécessité de trouver comment protéger et mettre à l’abri ce que je possède déjà.

La meilleure solution est, selon moi, la création d’un musée de la chanson kabyle. J’y crois dur comme fer, mais pour y arriver, il faut que toutes les chanteuses et chanteurs kabyles, ainsi que les institutions concernées et les associations, s’y associent. Je profite de cette occasion pour leur lancer un appel dans ce sens !

Les artistes kabyles, sont les premiers concernés, par ce projet, et le meilleur moyen de récolter des fonds, chez nous, est et reste l’organisation de galas, donc, la voilà votre solution, non ?

Oui, mais il faut de grands moyens, l’organisation de grands galas avec beaucoup de chanteurs nécessite une énorme organisation, en plus, pour limiter la bureaucratie, le mieux serait de passer par un organisme officiel.

Plusieurs associations font appel à vous et à vos archives pour l’organisation de manifestation culturelles, comment ça se passe en réalité ? Payent-elles une cotisation ?

Je travaille et je mets à la disposition des associations tout ce que je possède comme archives à caractère bénévole.

Connaissant votre dynamisme, vos projets ne se limitent pas au musée de la chanson kabyle, quels sont vos autres projets en préparation ?

J’attends des propositions pour la réalisation d’un site web dédié, exclusivement à la chanson kabyle.

Entretien et transcription : Djamel BEGGAZ

Said Doumane : « La Kabylie sombre dans la pauvreté »

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Saïd Doumane, originaire d’Aït-Hague (Larbâa Nath Yraten), ancien prisonnier politique en Algérie, maître de conférences à l’université de Tizi-Ouzou et chercheur à l’INALCO de Paris, a eu l’amabilité de répondre aux questions de Kabyle.com.

Existe-t-il, historiquement, un « modèle économique Kabyle » ? Si oui, a quelle période s’est-il développé ? Quelles en étaient les structures (agriculture, artisanat, commerce intra-régional, échanges avec les régions étrangères etc…) ?

Saïd Doumane : On ne peut pas parler de modèle économique Kabyle au sens de système économique reproductible dans le temps et dans l’espace. Ce que l’on peut dire, c’est que la Kabylie a pu (et a su) inventer et mettre en �Â�uvre au cours des siècles qui ont précédé la colonisation française, une forme d’économie pré-capitaliste ou de subsistance comme la qualifiaient les anthropologues, qui a fonctionné de façon relativement satisfaisante pendant tout le temps où les kabyles ont réussi à sauvegarder une certaine autonomie du  » pays kabyle « .

C’était une économie… kabyle dans la mesure où elle était fondée, pour l’essentiel sur des ressorts endogènes : utilisation intensive de toute la force de travail disponible et exploitation parcimonieuse et rationnelle du peu de ressources naturelles disponibles, notamment la terre. Les structures productives de cette économie étaient polyvalentes : autour de la production agricole, arboricole et le petit élevage se combinait un ensemble d’autres activités artisanales et manufacturières (forge, petite métallurgie, armurerie, orfèvrerie..) , réseau d’échanges internes (leswaq ou marchés hebdomadaires par dizaines) et externes (colporteurs par milliers et quelques comptoirs dans les grandes villes d’Algérie et même d’Afrique du Nord).

Cette économie, insérée dans une organisation sociopolitique appropriée (solidarité familiale et villageoise, mobilisation générale pour les grands travaux…) avait atteint un certain niveau de productivité et faisait vivre une population dense et nombreuse.

Quelle a été l’influence économique des Turcs (prélèvement d’impôts, coûts des guerres successives, revenus de la piraterie…) sur la Kabylie, entre le XVIe et le XIXe siècle ?

L’arrivée des Ottomans au début du 16ème siècle sur le littoral algérien était motivée officiellement par l’appel des habitants d’Alger pour solliciter de l’aide afin de se prémunir contre les incursions de la marine espagnole. En réalité, les Turcs avaient un objectif plus conforme à leurs intérêts : utiliser les ports et les mouillages de la rive sud de la Méditerranée pour les besoins de leur piraterie. Ce qu’ils firent sans état d’âme et surtout sans se soucier de l’intérieur du pays auquel ils tournèrent le dos pour l’essentiel. Du moins tant que la piraterie était d’un grand rapport pour eux. C’est dire que les Ottomans exerçaient des pressions fiscales sur les autochtones surtout lorsque leurs prises en mer déclinaient.

Concernant la Kabylie, l’emprise des Turcs n’était effective que dans les plaines, les vallées et les grands axes de communication où ils avaient édifiés des bordjs (fortins militaires) entourés généralement de tribus dites makhzen, à leur solde. Les tribus kabyles avaient échappé, dans leur grande majorité, à l’impôt turc, à l’exception de celles établies dans les vallées et les piémonts. Toutefois, elles étaient soumises, quand elles ne pouvaient pas se frayer le passage par la force, à d’importants droits et taxes de passage et d’accès aux marchés des villes, des plaines et des hauts plateaux.
Globalement, sous les Turcs l’économie kabyle était quelque peu perturbée mais demeurait encore vivace. D’une certaine façon, la présence turque avait, paradoxalement, renforcé le savoir-faire artisanal et manufacturier kabyle en poussant certains artisans des villes (Alger, Blida…) pressurés par le fisc turc, à se réfugier dans le massif montagneux kabyle.

Quant aux revenus de la piraterie, ils n’avaient servi qu’à entretenir les dignitaires turcs, leurs clientèles (militaires, marchands) et le sultan de Constantinople.

Détrôné par les français, le dey Hussein, en quittant Alger en 1830, avait pour seul souci d’emporter sa fortune (les Français l’autorisèrent à embarquer 50% de ses biens).

« Le corps expéditionnaire français met à sac la Kabylie »

Quel impact a eu la guerre de conquête française de la Kabylie (1853-1871) sur les structures économiques kabyles ?

Le maréchal Randon surpris en 1857 par les ouvrages de génie construits par les résistants kabyles pour se défendre, avait compris qu’au-delà de la bravoure humaine, il y’avait un soubassement économique et matériel. Il ordonna alors de « faire disparaître les instruments d’autonomie et d’indépendance de cette région » (cf C.A Julien : histoire de l’Algérie contemporaine…). Le général Lallemand aux commandes du corps expéditionnaire lancé contre le massif kabyle en 1871, tout autant surpris que son prédécesseur, décida d’en finir et mit à sac la Kabylie. Elle ne s’en relèvera pas économiquement et politiquement.

« la présence française en Kabylie n’a rien apporté au plan économique »

On ne peut donc pas dire que la colonisation française, avec son apport en savoir faire agricole moderne et en infrastructures (routes, éducation, aéroport de Vgayet, port pétrolier de Vgayet), a été bénéfique pour le tissu économique kabyle ?

La colonisation française en Algérie était, pour l’essentiel, une colonisation agraire ; l’exploitation minière et surtout celle des hydrocarbures sont venues sur le tard. La Kabylie, très peu pourvue en terres agricoles et dénuée de ressources minières et énergétiques n’était pas d’un grand intérêt pour les colons et les entreprises françaises qui l’ont, de ce fait, relativement épargnée. Par contre, les entrepreneurs français, fermiers ou industriels, oeuvrant en Algérie ou en métropole, ont remarqué depuis longtemps la dextérité et l’endurance des ouvriers kabyles (les enquêtes du capitaine de génie Carette ont signalé, dès les années 1840, les qualités du travailleur kabyle).

Aussi, après l’insurrection de 1871 et la répression qui s’en est suivie (tueries, emprisonnements, exils, déportations, destruction systématique des bases matérielles de l’économie kabyle), des milliers d’hommes quittèrent la Kabylie et envahirent les plaines et les villes, à la recherche de moyens de subsistance. Cette main d’�Â�uvre taillable et corvéable à merci fit le bonheur des colons, avant de faire celui des industriels métropolitains ; les uns et les autres se la disputèrent pendant des années. Si les colons purent s’approprier cette main d’�Â�uvre jusqu’au début du 20ème siècle, ce fut de moins en moins le cas à partir de la 1ère guerre mondiale (l’émigration kabyle en France métropolitaine s’élève à environ 20000 en 1915, 30000 en 1917 et 80000 à la fin de la guerre et ne cessera d’augmenter après, surtout depuis la 2ème guerre mondiale).

Ceci pour dire que la présence française en Kabylie n’a rien apporté au plan économique, sinon la prolétarisation des paysans et des artisans kabyles ; ce n’étaient point les quelques tentatives de relance de l’artisanat et les quelques infrastructures lancées à partir 1945 et à l’occasion du Plan de Constantine initié par le général de Gaulle (après 1958) qui allaient « relancer le tissu économique Kabyle ». En résumé, on peut dire que la Kabylie n’a survécu depuis 1871 que grâce aux transferts de sa diaspora, interne et externe.

Aujourd’hui encore, la Kabylie ne peut se passer de l’apport de ses émigrés. Mais cette « manne » s’amenuise d’année en année ; c’est la fin d’une époque pour la Kabylie. Son avenir réside, désormais, dans son développement interne ; mais le chemin est fort tortueux parce que la perspective qui lui est tracée par l’Etat algérien est celle de sa dilution dans le magma national.

« La Kabylie sombre de plus en plus dans la pauvreté »

Durant la période du « socialisme algérien » de 1962 à 1988, pensez-vous que la Kabylie ait connu un certain enrichissement économique (via la création d’un nouveau tissu industriel) ou un appauvrissement radical (du fait du sabotage systématique de l’agriculture durant la « Révolution agraire).

A l’indépendance, le pouvoir qui a succédé à l’administration coloniale a opté pour une politique économique centralisée, en conformité avec le modèle étatiste mis en place : monopoliste et jacobin. L’extinction des diversités régionales est, dès le départ, programmée.

La première conséquence qui allait en découler est l’éviction de la paysannerie et des petits entrepreneurs polyvalents à vocation régionale ou locale. La technobureaucratie étatique est préposée aux affaires économiques tandis que le parti unique (le FLN) est chargé du contrôle politico-idéologique.

Conçue et orientée de haut en bas, l’industrialisation du pays consistait, au départ, à implanter trois grands pôles industriels à Alger-Réghaia (métallurgie, et construction mécanique), à Oran-Arew (pétrochimie) et Annaba-Constantine (sidérurgie, mécanique).

Jusqu’à l’avènement du boom pétrolier des années 1970, rien d’important n’a été entrepris dans les régions de l’intérieur, sinon le saupoudrage de quelques rares unités industrielles destinées beaucoup plus à imprimer la présence et l’autorité de l’Etat qu’à promouvoir une politique de développement. A partir de 1973-1974, l’afflux de pétrodollars dû à la substantielle augmentation du prix du pétrole sur le marché international, a permis un certain élargissement de la base industrielle de l’Etat ; la Kabylie bénéficie, en gros, d’un complexe électroménager (Tizi-Ouzou) , d’une infrastructure pour l’exportation du pétrole (Vgayet) et de quelques unités de moindre envergure dans les vallées du Sébaou, de la Soummam et à Tuviret ( briqueterie, coutellerie, confection, meuble, minoterie… ). Durant cette période, le taux de chômage a beaucoup régressé et on a cru à une volonté étatique de favoriser le développement économique de la région.

Mais, à partir de 1980, on assiste à un net reflux des investissements étatiques, reflux directement lié à la protesta inaugurée par le « printemps berbère ». Une sanction politique pernicieuse non assumée dont la Kabylie continue à payer le prix et de façon encore plus draconienne depuis avril 2001. Aujourd’hui, délaissée économiquement par l’Etat et sans projet de développement propre, la Kabylie sombre de plus en plus dans la pauvreté. L’émigration de travail se raréfiant d’année en année, l’économie traditionnelle abandonnée, les subsides publics se tarissant, les investissements privés et internationaux découragés, la Kabylie est économiquement dans l’impasse et arrive à un tournant décisif de son histoire.

La révolte est quotidienne, la société se délite et les jeunes cherchent à partir. La débrouille individuelle tend de plus en plus à devenir la seul échappatoire à une crise collective. Il est plus que jamais urgent de réfléchir et d’agir aux voies et moyens d’en sortir. Une chose est sûre : il n’y a rien à attendre de l’Etat algérien dans sa configuration actuelle.

« La Kabylie est sur-administrée ! »

Est-il exact que la Kabylie possède le taux de recouvrement de l’impôt le plus élevé du pays ? Qu’est ce qui expliquerait un tel phénomène ? Est-ce aussi exact que pour 100 DA d’impôts verses à l’Etat central par la Kabylie, seuls 30 DA lui reviennent sous formes d’investissements publics divers ?

Divers observateurs, notamment des économistes spécialisés dans l’économie régionale et certains élus locaux de l’opposition ont fait ce constat.
S’il est connu que la Kabylie est soumise à un taux de recouvrement fiscal des plus élevés en Algérie, en raison du contrôle administratif et policier étroit dont elle a toujours été sujette (de ce point de vue là, elle est sur-administrée !), les données chiffrées et quantitatives en ma possession, tirées des bulletins statistiques officiels, nationaux ou de départements ( de toute façon peu fiables), ne me permettent pas de vous confirmer l’exactitude des chiffres contenus dans votre question. Il s’agit, peut-être, de résultats d’une étude ou d’une enquête privée dont je n’ai pas connaissance.

« En Algérie, la corruption est partout »

Les jeunes kabyles manifestent aujourd’hui une grande soif d’entreprendre, comme le montrent les chiffres de créations de petites entreprises. Quels outils (institutions financières, cadre juridique) seraient nécessaires pour voir cette volonté d’entreprendre se concrétiser de manière plus efficace ? Le gouvernement algérien et les autorités locales (Walis, APCs) prennent-ils des mesures dans ce sens ?

L’Algérie, dans son ensemble, souffre de la chape de plomb d’un Etat de type patrimonial c’est-à-dire où les détenteurs du pouvoir considèrent que les ressources du pays leur appartiennent ( la propriété se confond dans leur esprit avec l’autorité : plus on est élevé dans la hiérarchie étatique, militaire ou gouvernementale, plus on peut s’accaparer en toute bonne conscience des richesses nationales ).Dès lors, ils se comportent comme si les aspirations des citoyens à entreprendre, à investir, à accumuler ou à s’enrichir en dehors de leur sérail, de leur parrainage ou copinage, sont suspectes, voire dangereuses.

C’est la raison pour laquelle, à mon sens, l’investissement privé, régional, national ou international en Algérie n’arrive pas à se frayer un chemin dans les méandres de ce que l’on appelle de façon confuse et impersonnelle la bureaucratie. Il est plus difficile, en Algérie, de créer une petite fabrique de crayons que d’importer, à coups de milliards, des fournitures scolaires ou de bureau. Mais n’importe pas qui veut ! Dans ces conditions, que les jeunes de Kabylie ou d’ailleurs, rencontrent des difficultés ou des blocages dans leur désir d’entreprendre, de trouver du travail ou de s’organiser pour mieux s’exprimer et se défendre, n’a rien de surnaturel.

Les difficultés résident dans les différents obstacles administratifs à surmonter, des pots de vin à verser et des interventions à solliciter. Il existe parfois des textes et des lois adéquats, notamment en matière de crédit bancaire ou de procédure dite « guichet unique » mais encore faut-il que ces textes ou ces lois soient effectifs et applicables.

En Algérie, le détenteur du pouvoir, quel que soit son niveau hiérarchique, fait sa loi et il n’y a point d’instance de recours, à fortiori quand il s’agit de jeunes citoyens sans moyens ni appuis ; il reste pour les plus tenaces la débrouille ou le système « D » avec le risque de tomber dans l’infraction. Seuls ceux qui ont les moyens « d’arroser » et ceux qui ont des entrées solides dans les différents rouages administratifs tirent leur épingle du jeu. Dans ce contexte, la libéralisation de l’économie n’est qu’un trompe l’�Â�il et sert, en définitive, de paravent pour blanchir des fortunes amassées grâce à des positions acquises dans l’appareil étatique.

« La corruption est consubstantielle à la nature () de l’Etat (algérien) »

Le rapport de la commission Issad sur les événements du Printemps Noir de 2001 a révélé une corruption très répandue en Kabylie, affectant aussi bien les corps de l’état que la classe politique locale. Cette corruption est-elle un frein au développement économique ? Peut-on évaluer le poids de cette corruption et le manque à gagner pour l’économie ?

La corruption est consubstantielle à la nature patrimoniale de l’Etat ; tout postulant à l’entrée dans le monde des affaires ne peut être admis dans un créneau que s’il en paie le prix politique et financier. Elle est partout, en Kabylie pas plus qu’ailleurs ; ce qui fait qu’elle est plus visible en Kabylie, c’est, me semble-t-il en raison du contexte politique local : la corruption y est utilisée comme instrument de neutralisation de la contestation politique. On « achète » certains acteurs politiques, généralement les plus fragiles socialement et matériellement et on entretient l’insécurité et le désordre pour faire pression sur les investisseurs potentiels.

En matière de corruption, comme l’a écrit si pertinemment le Quotidien d’Oran en date du 28/01/2005  » l’erreur à ne jamais faire c’est d’étaler le problème en public, recourir à des journaux (…) car (…) vous ne pouvez rien prouver (…). Ce que vous récoltez, c’est le malheur d’être définitivement grillé dans le circuit des affaires (…). C’est tout le monde qui se ligue contre vous, même vos propres amis puisque vous leur portez préjudice. »

Il est évident que la corruption est un frein au développement, pire, elle est rédhibitoire (des études de la Banque Mondiale sur certains pays d’Afrique le montrent amplement). En Algérie, on parle occasionnellement de lutte contre la corruption mais tout se passe comme si l’évocation circonstancielle de ce fléau avait pour objectif de mieux l’occulter. Il arrive aussi, à certaines périodes, qu’on expose à la vindicte populaire un bouc émissaire (pas toujours du menu fretin !) pour mieux protéger l’ensemble du système. La dernière affaire en date médiatisée (les autres sont pour la plupart tues), l’affaire Khalifa, dont tout le monde sait qu’elle est un gigantesque détournement d’argent public, finira sans doute dans les oubliettes parce qu’elle implique de grosses pontes du régime.

Quand en 1999, Djilali Hadjadj, journaliste à El Watan et médecin de profession a dévoilé l’un des scandales du marché (importation) du médicament et du matériel médical (cf. son livre : Corruption et Démocratie en Algérie), l’affaire sera vite étouffée. Les exemples ne manquent pas. Tout le monde imagine le poids de cette corruption sur l’économie du pays mais personne n’est en mesure, pour l’heure, d’en étudier la teneur et en évaluer l’impact sur l’économie nationale. On sait, toutefois, comme l’a avoué un commis du pouvoir à Djilali Hadjadj qu’en matière de gestion des biens publics  » la règle est d’abord de s’enrichir avant d’enrichir son pays » (cf. le Monde Diplomatique de septembre 1998).

« Le développement économique des pays du nord de la Méditerranée a pris son envol à partir de régions disposant d’une identité propre. »

Récemment, le magazine britannique « The Economist » a établi un classement des pays « arabes ». Sur le plan de l’ouverture économique, l’Algérie est avant-dernière, juste devant la Libye. Et l’article ajoute « Dans un pays en guerre, occupé par des armées étrangères, la situation économique serait meilleure. » Que cela vous inspire-t-il ?

L’Algérie est, hélas, mal classée dans de nombreux domaines : couverture alimentaire, situation sanitaire, éducation, droits de l’homme, agriculture et industrie, taux de chômage…

Mais il y’a la manne pétrolière et gazière (bon an mal an, 20 à 25 milliards de dollars) qui sert de cache-misère et surtout de force de négociation avec les partenaires étrangers. Selon une expression utilisée par des observateurs avertis, l’Algérie est un pays riche où la majeure partie de la population est pauvre !

« Le partenariat euro-méditerranéen pourrait aussi constituer une opportunité pour la Kabylie mais encore faut-il qu’existent une économie kabyle »

Pensez-vous que les accords d’association Euro-méditerranée constituent une chance pour la Kabylie ? Ou bien la Kabylie, déjà réduite à être la banlieue d’Alger, ne risque-t-elle pas de devenir la banlieue de la banlieue de l’Europe ?

Le partenariat euro-méditerranéen tel que préconisé par la déclaration de Barcelone en 1995 est susceptible d’être une chance pour les 9 pays du sud de la Méditerranée qui y ont pris part. A fortiori pour l’Algérie dont le système productif, excepté les hydrocarbures, qui a évolué dans un cocon artificiel et un protectionnisme mortifère jusqu’au début des années 1990, a besoin de se frotter à la réalité économique extérieure. Mais encore faut-il adapter ce système productif désuet aux règles de fonctionnement de l’économie en vigueur dans le pourtour méditerranéen, dans la perspective de la zone de libre-échange euro-méditerranéenne prévue pour 2010.

Cela pourrait aussi constituer une opportunité pour la Kabylie et les autres régions d’Algérie mais encore faut-il qu’existent une économie kabyle et au delà d’autres économies régionales : aurésienne, oranaise, saharienne…, à même de pouvoir faire vis-à-vis et s’insérer dans un réseau d’échanges et de complémentarités de systèmes productifs différents.

Ce n’est, malheureusement, point le cas ; l’Etat algérien ayant entravé toutes les potentialités régionales au nom de l’homogénéisation territoriale et sous le fallacieux prétexte que les spécificités régionales (y compris économiques !) étaient néfastes à l’unité nationale. Les décideurs algériens ignoraient -ou feignaient d’ignorer- que le développement économique des pays du nord de la Méditerranée a pris son envol à partir de terroirs et de régions disposant d’une identité propre ; c’est cet enracinement territorial et régional qui est, en effet, à la base du foisonnement industriel national des pays développés (cf. F. Braudel : Civilisation Matérielle et Capitalisme…).

Que peut apporter aujourd’hui la Kabylie à la Catalogne où à la Toscane par exemple dans le cadre du partenariat euro-méditerranéen ou de coopération inter-régions méditerranéennes ? Pas grand-chose dans l’immédiat sinon la force de travail de sa jeunesse. A l’inverse, la Catalogne et la Toscane peuvent lui vendre une multitude de services, de produits industriels et agricoles, y compris de l’huile d’olives et des figues ! Pourtant, ce sont toutes les trois des régions méditerranéennes présentant des potentiels similaires, sauf que les deux régions de la rive nord évoluent dans le cadre d’Etats modernes tandis que la Kabylie est sous l’emprise d’un Etat anachronique. Là est la différence.

Entretien réalisé par Azzedine Ait-Khelifa et Yidir Djeddai

Confessions d’un « Kabylillois »

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Je rêvais de retourner chez moi avec [dans] l’idée d’acheter des meubles pour lesquels j’avais trouvé une place, d’avoir une belle voiture et beaucoup d’argent, car revenir au pays les mains vides est un sacrilège.

D’année en année, une fastueuse toile, un sublime canevas se tisse en moi. Une toile qui m’enveloppera sur mesure. De fil en aiguille et de naissance d’enfant en naissance d’enfant, l’envie de retourner au pays s’amenuise.

Une deuxième patrie se profile alors pour moi jusqu’au façonnage définitif. Le temps a fait son travail. Il m’a donné la chance de posséder deux patries : la première avec tout son charme de coeur ouvert à l’autre, d’un tempérament du Sud de la Méditerranée dans toutes ses dimensions, la deuxième celle de mes enfants, désormais mienne, avec sa très grande culture, l’humanisme de ses grands auteurs, sa tolérance et sa rationalité de grande nation. Son éthique est sans complaisance, j’ai souscrit foncièrement et totalement à sa laïcité.

En Afrique du Nord berbère, où je suis né, la laïcité est séculaire et y est naturellement pratiquée avant la séparation des pouvoirs politique et religieux, en France, au début du siècle dernier. Pour comprendre cela, il y a nécessité de rappeler que l’Afrique du Nord berbère fonctionne selon le schéma tribal : Taqblit-arch-taddart-adrum-taxarubt-axxam.

Dans ce système de fonctionnement, le pouvoir religieux est d’emblée séparé de tous les autres pouvoirs, à l’image de celui de l’Assemblée du village, « Tajmaât », où le religieux n’intervient que dans deux cas bien précis : le mariage et le décès. Le reste des pouvoirs qui régissent la société villageoise, par exemple, revient à « Tajmaât ». Pour ne pas tergiverser, ni chercher midi à quatorze heures, étant né dans ce contexte, par définition, je suis donc laïc sans équivoques. J’insiste que cela est ancré dans chaque tête d’un Nord africain (où qu’il vive). Tout autre discours est erroné et falsificateur de la réalité de cette partie du monde.

Cette précision donnée, la somme de mes deux patries construit ma personnalité, ce qui me rajoutera un petit soupçon de plus value d’un autochtone à un autre, et, à aucun moment, je ne me sens en errance « entre deux rives ».

La douce et musicale langue de ma fraîche patrie va me structurer et me transformer radicalement. J’en tirerais même un grand profit. C’est un prestige pour moi de posséder une merveilleuse langue avec toutes ses conjugaisons. Une langue précise et conceptuelle, qui véhicule tout, tout, absolument tout, de la civilisation de l’Homme. Elle me trace les voies de la faculté d’entrevoir, de m’exprimer, de comprendre, de composer, d’analyser, de pouvoir faire, même de rêver avec.

Oui, de rêver avec, n’en déplaise à l’ectoplasme Tahar Ouettar qui fait partie de cette caste de larrons et d’illustres olibrius iniques, de liberticides, d’ethnocides affligés d’une arriération soulignée qui sont aidés par une stratocratie ex cathedra, composée de faquins et de farauds. Ces vieilles badernes bâtées d’une idéologie panarabo-islamo-baâthiste, qui ont organisé une mainmise sur mon pays pour imposer leurs ubuesques logorrhées levantines absconses et abstruses, ravageuses et destructrices jusqu’à l’ilotisme du peuple pour parachever l’ex-tâche coloniale. Même exilé, je ne jette pas le manche après la cognée, devant ces pauvres hères : mon combat continu !…

Il m’arrive de rencontrer ma maman dans mes suaves nuits bleues quand je dors, où je lui parle en français, elle, qui m’a si bien parlé et appris la langue de mon tréfonds : tamazight (berbère en kabyle).

Le tandem kabylité-algérianité se renforcera par de nouveaux acquis pour devenir un « kabylille » vivant depuis plus de trente années dans ce que j’appelle « ma contrée kabylilloise », une terre d’accueil et de travail, et aussi terre de fractures balayée par les vents parfois violents, mais qui savent laisser place à des paysages apaisés. Avec ses champs versicolores et ses canaux, ce plat pays est devenu peu à peu le mien (Jacques Brel l’a si affectueusement et admirablement bien chanté qu’il l’a rapproché de moi pour me le faire sentir). Quel bonheur de vivre dans une région où il fait bon vivre ! Un région qui me fascine autant que me fascine ma Kabylie montagneuse, belle et rebelle, qui m’a vu naître et grandir. Bien sûr, je pense beaucoup à ma tendre enfance qui est revêtue par le cauchemar de la guerre, que la trame et l’épaisseur du temps n’ont pas effacé, comme ces agréables souvenirs des fragrances que mes narines avaient capté pour une éternité. Je pense également et surtout à ces très belles années de lycéen passées à Dellys au début des années soixante où j’ai croisé un excellent panel de jeunes compatriotes et camarades de classe, tous internes, venus de toutes les régions du pays, qui ont constitué ma culture de base aujourd’hui agrandie. Ces années de lycéen furent pour moi une période de mon affirmation d’homme au contact de ce monde que je ne connaissais pas. Une métamorphose, une découverte. J’y trouvais une force, grâce à l’enseignement de très bonne qualité dispensé dans l’établissement, une force de faire « quelque chose », décrocher la timbale sur ma terre natale. Mais le destin et les aléas de la vie ont fait autrement.

Tout s’est envolé vers l’exil, pour vivre parfois une tragique rupture avec mes origines, mon originalité. Le départ vers l’inconnu m’enracinera définitivement dans le déracinement. Un autre visage.

Ma consolation viendra du contact que j’ai maintenant avec les profondeurs de ma deuxième patrie que, pourtant, mon père avait autrefois combattue pour son colonialisme… elle m’offre aujourd’hui toutes ses largesses, avec beaucoup de points de repères qui sont recherchés de tous. Une chance.

La France que mon père avait autrefois combattue semble être renvoyée, hélas, aux calendes grecques… et puis le passé est au passé.

Azouz Hachelaf

Architecte chanteur

40 ans d’indépendance : Faisons le bilan et devenons sérieux !

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Jusqu’à présent, la revendication culturelle ou linguistique amazighe a été un « mal » gérable par le pouvoir et la population algérienne tant qu’elle demeure intégrable dans la sphère civilisationnelle arabo-islamique, c’est à dire tant qu’elle s’exprime à la manière arabo-islamique et sous l’autorité morale et religieuse arabo-islamique.

Ainsi, les Kabyles ne sont en fait que de banals opposants politiques beaucoup plus soucieux de la démocratie en Algérie que de leur réelle condition de Kabyles.

Au même titre que les islamistes revendiquent un état franchement islamique, les Kabyles revendiquent un état (le même) franchement démocratique.

La démocratie pour tous est plus importante à leurs yeux que leur propre existence en tant que peuple, ethnie et culture.

Ils sont encore convaincus d’appartenir à un grand peuple algérien, une grande nation héroïque et à un pays important et riche.

Un pays qui se cherche et qui se construit.

Un pays qui finira par dépasser ses querelles internes.

Un pays qui finira par virer les dictateurs.

Aucun kabyle ne pense que l’Algérie est accomplie.

Elle a accompli le projet de société qu’elle s’était donnée.

Les islamistes ne demandent que son perfectionnement.

Aucun kabyle ne pense que l’Algérie est dans son « état naturel de stabilité ».

Sa nature arabo-islamique fonctionne enfin à plein régime.

Elle n’est perfectible que dans le sens islamique comme le proposent Ali Belhadj, Djaballah et Abbassi.

Seuls les Kabyles espèrent encore « un pet du cadavre étendu », selon l’adage kabyle justement.

La cupidité et la lâcheté des kabyles sont plus fortes que leur supposé « nnif ».

La réalité est que le peuple kabyle n’a pas grande estime de lui-même.

Il ne se juge pas assez méritant, ni assez important, ni même assez compétent pour jouir de la liberté d’être.

Totalement soumis à la civilisation arabo-islamique, il demande à la tutelle de le reconnaître comme partie « tolérable » par la civilisation la culture dominante uniquement parce qu’il la sert sans autre condition et parce qu’il se montre pacifique envers elle.

Le thème du pacifisme omniprésent dans le discours des élites kabyles est révélateur en cela.

Ce message de peuple pacifique, tolérant et coopératif aurait sa signification réelle et sincère s’il s’adressait à une culture, à une civilisation qui connaît et pratique ces valeurs.

De la bouche des kabyles, adressé au pouvoir et au peuple arabo-musulman algériens, cet appel incessant ne peut être interprété que comme un message de soumission.

C’est pour cela que, de temps en tant, un intellectuel, un politicard, un officiel arabo-musulman tâte le pouls de la rue kabyle et lance sa ligne, histoire de voir la réaction des ces « farouches combattants de l’amazighité ».

Ce contrôle régulier est perçu par les kabyles comme de la provocation ou du dénigrement, alors qu’en fait il s’agit pour la culture arabo-islamique, absente dans la société kabyle, de vérifier que le peuple kabyle est toujours sous son emprise.

L’élite kabyle les rassure toujours.

Le dialogue est permanent et prend parfois des allures burlesques :

  • 1980, les kabyles manipulés par la France ont brûlé le « mas’haf » et le drapeau ! Écrivit un torchon gouvernemental arabo-islamique.
  • Manipulation ! Protestèrent les élites kabyles. Nous aimons ce drapeau qui nous nie et nous respectons ce « mas’haf » qui nous soumet.
  • Tant mieux, pensent les « arabo-machins », l’essentiel est sauf. Tout le reste, bah !
  • Les kabyles veulent un état, murmure la rue arabe dans les bus et dans les hammams.
  • Foutaises ! s’exclame l’élite kabyle, nous demeurons fidéles à l’État jacobin arabo-islamique.
  • Les kabyles veulent tamazight qui est même pas une langue, hasarde un intellectuel officiel de la RADP.
  • « Ji ti jire qu’ ci une langue », assurent les élites kabyles. Nous voulons aussi l’arabe et toutes les langues populaires. Et nous restons des « mizilmans ».
  • Rien à craindre, se dit l’officiel, il jouent à pile et face croyant que leur pièce finira par tomber à la fois sur pile et sur face. Laissons les jouer. Ils seront occupés longtemps.
  • Tel leader kabyle est un traître suppôt de l’occident, martèle un président hors service.
  • « Non ! Non ! » S’écrient en chÅ“ur les élites kabyles. « C’est un nationaliste, patriote qui aime son pays arabo-musulman et qui veut du bien à tous les algériens. Il a combattu la France, c’est un héros ! Nous avons donné des « chouhadas » plus que le reste de l’Algérie ! S’il vous plait, laissez nous encore être un peu des algériens kabyles ! Pitié, si vous plait !! »
  • « Ok, ces idiots son encore idiots ! y a rien à craindre d’eux », se dit le provocateur dans sa sénilité profonde.
  • « Les kabyles sont des « kouffars » qui boivent du vin en famille », dit la vox populi arabo-islamique.
  • Non ! Non ! S’écrient les élites kabyles en chÅ“ur. Nous sommes de bons musulmans. Nous avons une mosquée dans chaque village. Nous les construisons tous seuls, ces mosquées, avec nos sous, sans aucune subvention de l’état. Nous avons fourni les meilleurs théologiens de l’islam, les meilleurs prêcheurs, les meilleurs chouyoukhs, les meilleurs défenseurs de la langue arabe. Nous sommes des algériens ! Nous sommes des algériens ! Nous sommes des patriotes !
  • Tant qu’ils ne contestent pas l’essentiel, laissons-les gesticuler, se dit la vox populi, rassurée.
  • Les kabyles sont des juifs ! dit un arabiste, feignant l’énervement.
  • Non ! Non ! rouspètent les élites kabyles. Nous n’avons rien à voir avec les juifs. C’est les arabes qui sont les cousins des juifs. Nous, on est de bons musulmans, plus musulmans que les arabes, qui sont d’ailleurs nos frères, même s’ils sont les demi-frères des juifs. On n’est pas raciste, nous !
  • Tant mieux, se dit l’arabiste. Tant qu’ils ne balancent pas du coté de nos ennemis séculaires, y a rien à craindre dans la baraque.
  • Tel chef kabyle est un chrétien croisé ! Crache un gourou islamiste.
  • Quel scandale ! s’écrie le chef lui-même. Je suis un authentique musulman de père en fils depuis Okba et même bien avant, peut être depuis Massinissa. Je suis de famille musulmane honorable et je n’ai de leçon d’islamité à ne recevoir de personne.
  • Nos vassaux sont entre de bonnes mains ! Nous avons encore de beaux jours devant nous ! Y a même pas besoin de leur faire payer la dhimma ni la djizia, pense le gourou, en se frottant les mains.
  • Par allah ! S’écrient les électeurs arabo-musulmans lors d’un scrutin célèbre, nous instaurerons un état islamique où le coran sera seule constitution !
  • Mais non ! Mais non ! Répliquent les élites kabyles ! Vous dites ça seulement sous l’effet de la colère ! Nous savons que vous êtes au fond de fervents démocrates ! Tenez, on va vous aider à construire un état de droit, démocratique et moderne, où la laïcité et l’islamisme cohabiteront, l’arabe et Tamazight se côtoieront, le qamis, la cravate et le hidjab se frôleront, la charia et le droit positif régneront, la nuit et le jour se superposeront…
  • Vous ne perdez rien pour attendre, bande d’occidentalisés croisés ! Se disent les électeurs, dans leur barbe.
  • Et par la volonté d’Allah, nous iront faire le djihad en Kabylie ! Vocifère un islamiste dans un stade bondé.
  • « Hey ! Mollo ! » Répliquent les élites kabyles ! « On est des algériens, nous, des musulmans et des patriotes ! S’il vous plait, allez faire votre djihad ailleurs ! Allah n’a-t-il pas dit que le djihad contre les musulmans est illicite ? »
  • Ouf ! Soupire l’islamiste de service, un moment j’ai eu peur qu’ils répondent : chiche ! Venez donc, on vous attend de pied ferme !
  • « Les kabyles sont contre l’arabe, la langue sacrée du coran ! » Déclare un ambassadeur baâthiste.
  • « Nous ne tolérons pas ce genre d’accusation ! » S’indignent les élites kabyles. « Nous défendons toutes les langues du peuple ! Regardez donc, les meilleurs arabisants sont des kabyles ! Les plus grands défenseurs sincères de l’arabe sont des kabyles. Nous ne permettons pas qu’on doute de nous. Nous voulons juste ajouter tamazight à coté de la vénérable langue arabe, dans un souci de justice et de droit. Nous sommes pour la totale symbiose entre l’arabe et tamazight. Tamazight et l’arabe appartiennent à tous les algériens. Nous sommes tous des imazighen, nous sommes tous des arabes, nous sommes tous des musulmans, nous sommes tous les enfants de cette terre sacrée, belle et riche, douce et accueillante. Vivons en paix dans la fraternité et la tolérance ! »
  • « Ok, ok ! gentils toutous », note le plénipotentiaire de pacotille, « c’est bien, mais faudrait faire mieux la prochaine fois ».
  • « Les kabyles portent atteinte à l’unité nationale ! » Se plaint le ministre de l’Unicité et de la Phagocytose.
  • « Nous nous insurgeons », protestent les élites kabyles ! « Tant de fois nous avons mis en veilleuse nos timides revendications dans l’intérêt national. Nous vous assurons que nous protégeons les intérêts supérieurs de la nation arabo-islamique autant que vous, si ce n’est plus. »
  • « Bien, bien ! On est presque arrivés au but », remarque le ministre de mes deux. « Si on met un peu plus de pression, ils mettront leurs revendications en veilleuse pour toujours ».
  • « Les kabyles sont violents, méchants, terroristes et casseurs », accuse la demi portion de président.
  • « Nous protestons vigoureusement », s’écrient les élites kabyles. « Nous sommes des pacifistes. Nous sommes des légalistes. Y a jamais eu de terroristes ni parmi nous, ni parmi nos honorables concitoyens d’ailleurs. On ne sait pas qui tue, mais c’est les services qui tuent. Pour la casse, c’est juste parce que nous, les élites, on était pas là. On était pris dans un embouteillage et on n’a pas eu le temps d’intervenir. De toute façon, nous présentons toutes nos excuses ».
  • « C’est bien ce que je me disais », marmonne la demi portion de président, « ce sont que des nains et des chats miauleurs ».
  • « Les kabyles sont de dangereux séparatistes, qui veulent diviser la patrie, le peuple et la rente », déclare solennellement un écrivain aux écrits vains.
  • « Y a erreur ! » Répondent les élites kabyles. « Nous ne lâcherons pas un centimètre carré de notre chère patrie arabo-musulmane. Nous voulons juste décentraliser un coup, histoire de gérer nous même nos dividendes locaux et papoter un peu dans VOS tribunaux en tamazight. Dailleurs, nous réclamons cette régionalisation-refondation bienfaitrice pour toute l’Algérie, notre beau pays plein de soleil et d’amour, plein de richesses et d’hommes de valeur. »
  • « Tiens, ils ont oublié leur litanie sur tamazight », s’étonne l’écrivain public arabophone. « Pour la décentralisation, ils auront que dalle, mais laissons les rêver ».
  • « Les autonomistes sont les fossoyeurs de la fière Algérie héroique unie et indivisible », assène la classe politique pourrie.
  • « N’écoutez pas ces énergumènes, conseillent les élites kabyles. Ils ne représentent que leurs personnes. Y a pas de danger de ce coté, mais si vous êtes quand même inquiets, on pourrait leur administrer une bastonnade, histoire de freiner leur ardeurs. Nous nous en occupons, et surtout, n’intervenez pas vous mêmes ».
  • « Pas la peine de discourir autant », réplique la classe politique ripoux, « vous nous avez appris ce que nous voulions savoir, fermez-la maintenant ».
  • « Oui Missiou, naâm sidi », rassurent les élites kabyles en faisant des courbettes.

Dites moi mes amis, qui donc prendra au sérieux, en ce monde qui n’écoute que les gens décidés et efficaces , les revendications des kabyles ?

L’histoire s’arrêtera-t-elle avec le MAK? Y-aura-t-il quelqu’un enfin pour répondre « ccah! » à l’arabo-islamisme et le contrarier?

Ariless

Normand Lacasse, un québécois amoureux de la Kabylie

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« La reconnaissance d’une langue est primordiale pour un peuple ».

Normand Lacasse, ce jeune photographe Québécois, devenu Kabyle de coeur nous confie ici son amour pour la Kabylie, sa deuxième patrie après le Québec.

Kabyle.com : Azul Normand

N. Lacasse : Azul fellam, azul à tous les internautes de Kabyle.com.

Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Je suis photographe depuis plusieurs années et québécois de souche et Kabyle de coeur.

Vous êtes photographe depuis plusieurs années, comme vous venez de le souligner, vous rappelez-vous votre première photographie ?

Je n’ai pas gardé en mémoire ma première photographie, mais ma préférée c’est une photo prise dans le Centre-Ville de Montréal : une petite maison à moitié démolie avec un nouveau bâtiment d’un côté et la tour de la Bourse de Montréal, de l’autre. C’est la pauvreté versus la richesse.

Pour quelle raison faites-vous de la photo ?

Tout simplement par passion.

Quel est votre parcours photographique ?

Après avoir suivi une formation en photographie, j’ai fait la connaissance de la communauté marocaine. J’ai commencé à faire de la photo pour la Fédération Marocaine du Canada, pour le journal Maghreb-Observateur et j’ai couvert presque tous les évènements marocains à Montréal.

Qu’est-ce qui vous plaît dans cet « Art » ?

Ce qui me plaît le plus est le fait d’immortaliser les évènements, les garder en image. L’art de la photo, c’est un peu l’histoire en image.

Quel est votre meilleur souvenir de photographe ?

Mon meilleur souvenir est un reportage que j’ai réalisé au Maroc lors d’un voyage pour la Fédération Marocaine du Canada.

Si vous n’aviez à garder qu’une seule photo, laquelle choisiriez-vous ?

Honnêtement, si j’avais à choisir, je prendrais au moins 6 photos qui ont pour moi un intérêt particulier :

Les deux premières seraient : une de Baâziz, une autre de Takfarinas, lors de la marche de soutien à la Kabylie.

La troisième serait celle de Ferhat Mehenni : lors de la minute de silence au Gala du 12 décembre 2003 à Montréal.

La quatrième serait aussi de M. Mehenni : lors de son émouvante accolade avec Gilles Duceppe (Chef du Bloc Québécois) en fin de leur entrevue.

La cinquième photo serait celle de Massylia du groupe Tafsut : elle avait une telle grâce en présentant le foulard Kabyle.

La sixième photo serait aussi du groupe Tafsut : lors de la fête nationale du Québec au moment de la levée du drapeau québécois : toutes les femmes et fillettes étaient en robes Kabyles et avaient chacune un drapeau du Québec.

Comment avez-vous découvert la communauté Nord-Africaine ?

J’ai découvert la communauté Nord-africaine avec le Centre Amazigh de Montréal, le groupe Tafsut, l’association Tirrugza et avec Kabyle.com.

C’est à partir de là que j’ai commencé à faire la différence entre le Maghreb et l’Afrique du Nord et à connaître les problèmes de la Kabylie.

Mes lectures sur Kabyle.com m’ont beaucoup aidé à élargir mes connaissances sur la Kabylie, sur l’Afrique du Nord, sur la communauté Kabyle et Amazigh d’Europe, à comprendre les problématiques et de voir comment évolue la situation politique de ce peuple.

Vous avez fait la couverture photos de la plupart des évènements Kabyles à Montréal (marches, soirées, conférences, etc. …), quel est celui qui vous a le plus marqué ? Pouvez-vous nous en parler ?

Les deux marches de soutien à la Kabylie m’ont ému. En dépit de toutes les craintes, j’ai constaté que les Kabyles s’étaient unis en force pour dénoncer le pouvoir algérien.

Par ces manifestations, les Kabyles ont attiré l’attention des politiciens sur les problèmes de la Kabylie.

Vous êtes photographe attitré du groupe Tafsut depuis maintenant environ 3 ans et vous êtes présent à toutes ses représentations, pourquoi ?

Je suis avec le groupe Tafsut (chants et danses de Kabylie) depuis longtemps, je respecte la ténacité de sa fondatrice et de ses membres et avec Tafsut je découvre aussi les autres montréalais que je ne connaissais pas. Tafsut, c’est la richesse d’aller vers les autres, Tafsut ne s’est pas confinée dans un ghetto. Tafsut existe aussi pour la communauté Québécoise.

Vous avez fait la couverture photographique de tous les évènements importants de la visite de M. Mehenni au Canada, pour quelle raison ?

Pour connaître l’homme, son cheminement historique, ses idées politiques. M. Mehenni est le porte-parole du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie, il m’a fait redevenir un militant actif pour l’indépendance du Québec.

La visite de M. Mehenni m’a permis de me rapprocher de M. Gilles Duceppe, Chef du Bloc Québécois à Ottawa. Par mon assistance, la délégation du MAK a été invitée à l’Assemblée Nationale du Québec et reçue par M. Daniel Turp, Député de la circonscription de Mercier et porte-parole de l’Opposition officielle en matière de Relations internationales et des Affaires canadiennes.

Vous adorez la Kabylie, pourtant vous ne la connaissez pas encore, d’ou vous vient cette passion ?

C’est la ressemblance entre la cause québécoise et la cause kabyle qui m’a fait aimer ce pays et c’est aussi parceque les Kabyles me permettent de parler avec eux de politique. Pour les Kabyles, je ne suis pas juste un simple photographe « fais ta photo et tais-toi », je suis considéré comme un participant à la cause.

Le peuple québécois et le peuple kabyle ont la même soif de liberté.

Vous êtes pour l’Autonomie de la Kabylie, pourquoi ?

Oui je suis pour l’autonomie de la Kabylie, je suis aussi pour la cause berbère. La reconnaissance d’une langue est primordiale pour un peuple.

Que pensez-vous de la situation actuelle en Kabylie ?

Ce qui se passe avec le pouvoir en place actuellement en Algérie n’est pas reluisant, il n y a qu’à voir l’interdiction de ces derniers jours du livre de M. Benchicou : « Bouteflika, une imposture algérienne ». Ceci donne un large aperçu sur la pseudo-démocratie régnant dans ce pays.

Quels sont les souhaits qui vous tiennent à coeur ?

Le premier est de voir les Kabyles et les québécois unis ensemble pour un même combat.
Le second, c’est d’aller un jour en Kabylie, réaliser un reportage photos et en faire des expositions partout : en Kabylie d’abord, en France et au Québec, ensuite.

Vous êtes aussi reporter-photographe auprès de Kabyle.com, comment s’est faite votre relation avec ce site ?

J’ai pris contact avec M. Stéphane Arrami et je lui ai proposé mes photos, il les a acceptées et c’est ainsi qu’a commencé ma collaboration avec Kabyle.com. J’aimerais beaucoup que Kabyle.com ait une page « Québec » et donne une reconnaissance officielle à ses rédacteurs et reporters afin de faciliter leur introduction dans la vie politique et sociale du Québec.

Votre mot de la fin ?

Je tiens d’abord à dire un grand merci à Kabyle.com pour l’ouverture qu’il a eu à mon égard en tant que québécois. Si je suis connu aujourd’hui, ce n’est pas seulement en raison des photos que j’ai faites de la communauté, mais c’est surtout grâce à leur publication sur ce grand site Kabyle. C’est grace aussi à Kabyle.com que la classe politique peut connaître la Kabylie et les problèmes de sa communauté.

Je remercie aussi M. Ferhat Mehenni pour m’avoir fait retrouver ma fibre patriotique.

Je profite de cette opportunité qui m’est offerte pour saluer M. Gilles Duceppe, M. Bernard Bigras, M. Yves Beauregard du Bloc québécois, M. Daniel Turp, du Parti québécois et enfin, je remercie tous les Kabyles de Montréal pour m’avoir permis de vivre avec eux et de les connaître.

Je salue particulièrement Tassadit de Tafsut pour la collaboration mutuelle.

Interview réalisée par T. Ould-Hamouda, le 17 février 2004

Mezghanna (Alger), une capitale amazighe

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Elle fût construite sur le territoire de la confédération de Mezghanna. A cette époque, tout le monde parlait tamazight à Alger. Certains endroits parlent encore cette langue vernaculaire tels que les toponymes Telemly (vient de Tala melal, fontaine blanche), Tamentefoust (vient de Tamenyefust, le rive droite), Bologguin (nom du chef ziride, fondateur d’Alger), etc…

Mezghanna, Alger la blanche

On sait maintenant que ce sont les Kabyles (les Ketama) qui furent à l’origine de la création du 3ième Khalifat musulman : le Khalifat Fatimide. En effet, les Imazighen d’Afrique du Nord se sont alliés vers l’an 900 aux shiites Perses pour mettre fin à la tyrannie des Khalifes abbasside de Baghdad et Omeiyade de Damas. Ibn Khaldoun écrit « …

Quand les Fatimides furent parvenus à établir leur domination en Ifrikia, Ziri (fils de Menad, gouverneur de Tamazgha sous l’autorité Abbasside) passa de leur côté à cause des liens de clientèle qui attachaient sa famille à celle d’Ali Ibn Abi Taleb, et, dès lors, il se montra un de leurs partisans les plus dévoués… ».

Ziri devint chef des Sanhadja et bâtit la ville d’Achir sur le flanc de la montagne du Titeri. Il reçut le commandement de la ville d’Achir et de la province de Tahert. Ibn Khaldoun
écrit : »…

Quelques temps après, Ziri autorisa son fils Bologguin à fonder trois villes, l’une sur le bord de la mer et appelée Djazaïr-Beni-Mezghanna (les îles des enfants de Mezghanna), et l’autre sur la rive orientale du Chélif et appelée Miliana ; la troisième porta le nom de Lemdia (Médéa). Bologguin fut investi par son père du gouvernement de ces trois places, qui sont encore aujourd’hui (à l’époque de Khaldun) les villes les plus importantes de Tamazgha centrale. Ziri perdit la vie en juillet 971 dans un combat qui opposait les Fatimides aux Maghraoua (des partisans des Oméïades d’Espagne). Son fils Bologguin lui succèda et réussit à assoir son autorité sur toute Tamazgha et à faire disparaître la domination des Oméïades.

Après avoir établi leur autorité sur toute l’Afrique du Nord, les Ketama s’emparent de la Sicile et conquirent l’Égypte pour établir leur capitale au Caire en 973. Ils laissent le gouvernement de Tamazgha (Afrique du Nord) à leur lieutenant Bologguin, fils de Ziri, fils de Menad.

Bologguin mourut en mai 984 , à Ouarekcen, localité située entre Sidjilmessa et Tlemcen, pendant qu’il rentrait d’une longue expédition.

En 1045, les Zirides rejetèrent l’autorité du Khalifat Fatimide et proclamèrent la souveraineté de Tamazgha avec un retour à l’orthodoxie sunnite. Gabriel Camps écrit « …Pour punir cette sécession, le Khalife fatimide « donna » Tamazgha aux tribus arabes, trop turbulentes, qui avaient été cantonnées dans le Saïs, à l’est du Nil, en Haute Egypte. Ces tribus, Djochem, Atbej, Zoghba, Riyah, Rebia et Adi, se rattachaient à un ancêtre commun, Hilal, d’où le nom de l’invasion hilalienne ; les Beni Hilal, bientôt suivis des Beni Solaïm et des Beni Mâqil, pénètrent en Tamazgha vers 1051… ». Ibn Khaldoun avait dépeint ces Arabes bédouins comme une armée de sauterelles détruisant tout sur son passage. En tout leur arrivée devait transformer radicalement le visage de Tamazgha et l’arabiser en grande partie.

C’est de cette époque du Khalifat Fatimide que nous vient la célébration, jusqu’à maintenant, de l’Achoura (taâchurt)d’un bout à l’autre de Tamazgha. Dans les pays shiites, le 10 Moharram commémore l’anniversaire de la bataille de Kerbala en l’an 60 de l’Hégire (680 de notre ère) au cours de laquelle tomba Sidna l-Hocein fils de Sidna Ali Abu Thaleb et petit-fils du Prophète. La veille est marquée par le jeûne des ascètes shiites et le jour de l’achoura est un jour de deuil pour la shiaâ. Ce dernier élement est de très loin celui qui contribue le le plus à donner à cette fête, dans les populations rurales de Tamazgha, un caractère de gravité, inchangé depuis les Fatimides.

Par L’Hocine Ukerdis

Témoignage du jeune Belarbi Ramdane torturé par les gendarmes

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Les gendarmes ont voulu obliger le jeune Berlarbi, âgé de 22 ans à faire un faux témoignage devant les caméras.

Sauvé in-extremis, il nous raconte les conditions de son interrogatoire.

Que peut espérer un jeune algérien quand les institutions sensées le servir et le protéger vont jusqu’à le torturer pour l’obliger à mentir ?

Que ses parents aient eu à subir les interrogatoires musclés de l’armée coloniale, eux avaient cet avantage de savoir qu’ils avaient affaire à un colonisateur !

Peut-on imaginer un corps constitué de son propre pays, censé représenter la loi, la faire appliquer et protéger les citoyens et leurs biens, vouer de la haine et du mépris au point de tuer froidement ces mêmes citoyens ?

Deux cent morts et des milliers de blessés ne semblent pas convaincre le régime algérien et, malheureusement, l’opinion internationale que la gendarmerie nationale algérienne est la digne héritière de celle coloniale dont, par ailleurs, elle a occupé les locaux au lendemain de l’indépendance.

Faut-il rappeler que la gifle, le crachat, l’insulte et le passage à tabac systématique étaient le lot quotidien des citoyens algériens qui ont le malheur d’avoir affaire aux gendarmes avant le soulèvement de la population Kabyle qui exige le démantèlement des brigades de la région ?

Dans la commune d’Irdjen, une localité située à 15 km de Tizi Ouzou, un jeune villageois a eu la malchance de se retrouver dans les locaux de la brigade de gendarmerie le lundi 25 mars 2002. Le jeune Belarbi Ramdane est venu, à l’instar de ses camarades, demander le départ des gendarmes et défendre sa commune contre le renfort dépêché sur place et dont les éléments s’adonnent à la casse des magasins et les violations de domiciles de citoyens.

Pris par les gendarmes, il ressortira, une demi heure plus tard de leurs locaux, terrorisé, une blessure à la tête et des douleurs sur tout le corps. Six jours après sa torture, nous l’avons retrouvé et nous avons recueillis son témoignage :

« Nous étions, mes camarades et moi, en train de lancer des pierres sur les gendarmes pour les empêcher d’avancer et de rentrer dans le village et s’attaquer aux domicile quand ils sont arrivés sur moi. N’ayant pas pu leur échapper, deux gendarmes se sont emparé de moi et m’ont traîné devant leur brigade. Recroquevillé et protégeant mon visage, les gendarmes qui ont fait un cercle autour de moi commencent à frapper. Je recevais des coups de pieds de tous les cotés et partout sur mon corps, mais le plus douloureux reste celui reçu à la tête avec une barre de fer.

J’ai dû m’évanouir car je ne me souviens pas comment je suis arrivé à l’intérieur de la brigade. Un gendarme était en train de déchirer mon tricot plein de sang et demandait à ses collègues de lui laisser le temps de m’examiner car il y avait un risque que je meurs entre leurs mains.

Après le diagnostic, les gendarmes me proposent de répondre à leurs questions devant une caméra.

Je devais dire que ce sont les aârchs (mouvement des citoyens ayant élaboré la plate-forme de revendication d’El Kseur) qui me paient pour semer les troubles et détruire les biens publics ;

Que les gendarmes sont utiles à la société et doivent rester dans la commune mais aussi dans toute la Kabylie ; Que mon ami Belkacen, originaire du village de Adeni, possède des armes de guerre et des grenades chez lui.

Je devais aussi dénoncer les membres du mouvement des citoyens de mon village et dire qu’ils sont des manipulateurs?

Devant mon silence, la colère des gendarmes se déchaîne à nouveau et les coups commencent à pleuvoir sur moi. L’un des gendarmes me soulève de terre et commence à défaire ma ceinture en me disant qu’il allait « coucher » avec moi toute la nuit si je ne parlais pas.

Le gendarme-médecin revient à nouveau et, devant la caméra remise en marche, commence à nettoyer ma plaie en disant (à la caméra) que ce sont les manifestants qui m’ont mis dans cet état et que sans l’aide des gendarmes je risquais de mourir. »

Il poursuit qu’il était en train de me donner les premiers soins mais qu’il était impossible de me conduire à l’hôpital car les manifestants bloquaient la route.

« Après m’avoir obligé de signer un P.V, les gendarmes ont photocopié ma carte d’identité et m’ont délesté des 900 dinars que j’avais sur moi.

Je suis enfin conduis à la sortie de la brigade mais le capitaine qui conduisait le renfort dépêché de Tizi Ouzou n’était pas d’avis à me laisser m’en aller. Quand le brigadier lui explique que je risquais de mourir à l’intérieur de la brigade, le capitaine a rétorqué que je pouvais crêver car je n’étais qu’un fils de chienne de kabyle !

S’ensuivit alors une dispute verbal entre les deux gendarmes ; le brigadier n’approuvant pas la casse, les violations de domiciles et les sévices dont se rendait coupables les éléments venus en renfort !

Je suis enfin libéré et les manifestants que les gendarmes disaient m’avoir lynché sont venus me porter jusqu’à l’infirmerie où j’ai reçu des soins avant d’être évacué vers l’hôpital de Tizi Ouzou.

Sans l’appel lancé par mes camarades à l’ensemble des citoyens de la commune pour venir me libérer, appel qui a fait peur aux gendarmes, je ne sais pas si aujourd’hui vous ne seriez pas venus m’enterrer au lieu de m’interviewer !.. »

Aussi invraisemblable que peut paraître ce récit, des centaines de jeunes ont eu à le vivre parfois en pire alors que d’autres ont payé de leurs vies la haine de ceux qui sont qualifiés par le porte-parole de la gendarmerie nationale d’hommes de lois honnêtes et respectueux des lois, provoqués par la population.

Mais pour le chargé à la communication de la gendarmerie nationale, ces jeunes gens qu’on a torturé et abattu froidement ne sont pas ses enfants et moins encore ses frères, ils sont des enfants du peuple !

Hamid Serbouh – Tizi Ouzou

Toussaint 2001 : La Kabylie en marche

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Témoignage de Nicole Logeais, enseignante à Saint Malo.

Le témoignage de Nicole Logeais à propos de la marche d’Ighil Imoula le 1er novembre dernier.

C’est le 3e séjour que j’effectue en Kabylie depuis avril.

Cet automne, restaient encore bien présents et bien pesants les stigmates de la violente répression du Printemps noir : portraits de jeunes assassinés, drapeaux noirs et banderoles noires, gendarmeries calcinées…

Les marches de la Kabylie sur Alger étant impossibles , les Kabyles étant déclarés indésirables dans leur capitale, la coordination des comités de village a riposté en déclarant indésirable en Kabylie tout émissaire du pouvoir central .

C’est pourquoi cette Toussaint n’était pas une Toussaint ordinaire: pour commémorer le 1° novembre 1954, début de la guerre d’indépendance : pas d’officiels avec leurs gerbes et leur langue de bois.

La Kabylie a décidé de se réapproprier les dates marquantes de son histoire dont les valeurs de démocratie et de pluralisme ont été détournées, bafouées .

Comme le 20 août à Ifri, lieu du Congrès de la Soummam, ce 1er novembre, la coordination appelait à une marche à Ighil Imoula au pied du Djurdjura, lieu où a été ronéotée l’appel à l’indépendance du FLN. Les jours d’avant, partout en Kabylie des affiches en noir et blanc et des annonces au haut-parleur rythmées par des chansons de Matoub Lounès ont appelé à la marche et à la grève générale.

Le matin du 1er novembre, des centaines de fourgons ,de camions ,de cars ,banderoles au vent ( en berbère ou en Français, jamais en arabe) se mettent en mouvement sur la route des Ouadhias : image saugrenue en apparence que ce long cortège qui roule dans la poussière des routes défoncées et s’enfonce dans la forêt devant le barrage de l’armée figé sur place au carrefour de Taghourt.

Mais l’objectif est clair: à partir des Ouadhias, des dizaines de milliers de marcheurs sur 7 km montent vers le village d’Ighil Imoula et le Djurjura résonne de tous les cris de la Kabylie , ceux du printemps noir « pouvoir assassin, ulac smah ulac ( pas de pardon)… mais aussi “ allez , allez , allez , l’autonomie, l’autonomie” .

Les drapeaux berbères avec des immenses “AZA” claquent au vent

Les drapeaux berbères avec des immenses AZA claquent au vent. Image surprenante que ces jeunes , ceux qui ont harcelé jour et nuit la gendarmerie , symbole d’un Etat colonialiste et répressif, ces jeunes émeutiers donc, main dans la main, le regard fier, assurant la protection de la gendarmerie calcinée refermée sur les gendarmes séquestrés..

Au mémorial, la coordination lance un appel à continuer la lutte jusqu’à la satisfaction des revendications . Avant de se fondre dans les routes des montagnes les marcheurs ont crié et chanté leur volonté farouche de faire aboutir un combat ancestral pour la l’identité, la dignité, la justice.

Le lendemain matin à 11 heures ( un vendredi jour férié, moment où en général la vie s’étire doucement) une foule compacte d’hommes a envahi le théâtre de Michelet pour assister à un débat public sur l’autonomie à l’initiative des animateurs du MAK ( Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie).

« Notre langue reniée, notre peuple opprimé, la seule solution est de construire l’autonomie »

Ferhat Mehenni, chanteur, figure emblématique du printemps berbère de 1980, rappelle l’ engagement de la Kabylie dans le combat pour l’indépendance, puis pour l’identité berbère et la démocratie : “ devant l’impasse actuelle explique-t-il, pour ne plus voir nos enfants assassinés, , notre langue reniée, notre peuple opprimé, la seule solution est de construire l’autonomie” .

Le débat s’engage : c’est une longue chaîne qui attend patiemment derrière le micro pour discourir , polémiquer : des interrogations, de l’incrédulité parfois, de l’assentiment souvent, de la passion toujours et …des cris du coeur : “ vous me plaisez , je suis venu vous le dire” .

Il est 14 heures, la salle applaudit, Ferhat est chaleureusement entouré comme dans la marche de la veille. “ Depuis que nous avons lancé l’appel à l’autonomie le 5 juin m’explique-t-il, nous n’arrivons pas à répondre à la demande qui nous vient des villages les plus reculés de Kabylie. C’est comme si nous avions libéré une espérance longtemps enfouie ».

Au village juste au – dessus à Tiferdout le plus haut de Kabylie, la population commémore l’assassinat le 2 novembre 1982 ( déjà!)du 1er étudiant ( Kamel Amzal) assassiné par les islamistes à Alger pour son engagement démocratique. Les jeunes montrent avec fierté le journal de leur association , reflet de leurs aspirations et de leur combat ( hommage à tous les jeunes assassinés, hier et aujourd’hui, poésie berbère….). “ La conférence vous a plu? – évidemment ! on est d’accord.”

Trop de morts, trop de jeunes assassinés!

De marche en marche, de conclave en conclave, la Kabylie depuis ce printemps noir , endeuillée mais rebelle et inventive cherche la voie qui la libérera définitivement de siècles d’ostracisme et de répression.

L’horizon est encore bien incertain car rien n’est acquis sauf dans les têtes. Il ressort de cette Toussaint peu ordinaire une certitude : rien ne sera plus jamais comme avant, la Kabylie a pris son histoire et son avenir en main.

Nicole Logeais, enseignante à St Malo.

Tizi-Ouzou le 3 novembre 2001

Kamal Naït-Zerrad : « Tamazight : langue ou langues ? »

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Tamazight, voilà un mot dont le signifié symbolique a fait bouger les masses mais qui reste – paradoxalement – un concept flou, manipulé par les différents acteurs du mouvement amazigh, quil soit politique ou culturel. II nous semble que la conjoncture actuelle et (évolution de la situation concernant cette question, en Algérie et au Maroc, impose un essai de clarification. Nous allons donc tenter de préciser la situation actuelle de la langue amazighe et de présenter concrètement quelles sont les possibilités d’intervention sur la langue dans la perspective du statut qui lui sera conféré et subséquemment de son enseignement. L’action sur la langue – l’aménagement linguistique peut se faire de plusieurs manières, chacune pouvant procéder d’un choix politique.

Avant de commencer, rappelons quand même que l’on est fondé bien sûr à parler d’une langue amazighe, car la profonde unité des parlers amazighs est indéniable. Mais vouloir forger une langue avec la prétention de l’ériger comme langue de l’administration ou de fEtat pose des problèmes que nous allons aborder ci-dessous.

Nous allons nous restreindre à (Algérie, (analyse étant valable pour le Maroc. On peut y distinguer quatre grands dialectes t : le kabyle,

1 Dialecte signifie simplement forme de la langue parlée dans une certaine zone géographique. C’est de toute façon une simplification de la situation, certains parlers du centre, de l’ouest et du sud algérien n’étant pas pris en compte, comme d’ailleurs ceux se situant sur la frange de la Kabylie orientale.

le chaoui, le mozabite et le touareg. Chacun de ces dialectes est composé d’un certain nombre de parlers et c’est l’intercompréhension quasi immédiate qui permet justement de les regrouper. Le kabyle et le chaoui correspondent à des zones où la densité de population est la plus élevée et sont les dialectes comportant le plus grand nombre de parlers.

I – premier niveau : action sur le parler

Prenons l’exemple du kabyle pour fixer les idées. Tout d’abord, en général, que ce soit au niveau des parlers ou des dialectes, les divergences se matérialisent sur trois plans : la phonétique, le lexique et la morphosyntaxe.

  1. Sur le plan phonétique, on a par exemple les correspondances suivantes

–;> t : yettsu / yettu « il a oublié » d -;> t : ad, ar / thar « pied »

absence / présence de labio-vélarisées : agem / agem « puiser » g —>y : aggur / ayur « lune »

Il faut ajouter les assimilations entre phonèmes qui se réalisent de différentes manières suivant les parlers

/axxam n wergazl= axxam bb°ergaz / axxam gg°ergaz / axxam wwergaz / axxam pp°ergaz « la maison de l’homme »

  1. Sur le plan du lexique, les divergences sont assez faibles globalement, mais elles peuvent toucher des unités fondamentales très courantes comme par exemple le verbe faire, mettre : dans certains parlers, on utilise eell (Kabylie orientale) alors que d’autres ont plutôt wqem (Kabylie occidentale).
  2. Enfin, sur le plan de la morphosyntaxe, les différences sont minimes quelques conjugaisons différentes, absence ou présence de certaines particules ou coordonnants.

On voit qu’il n’y a aucun obstacle sérieux à fintercompréhension. Mais ces légères divergences sont importantes – en particulier celles concernant les assimilations – quand on passe à (écrit et à la standardisation, qui est l’objectif final.

La standardisation du kabyle passe par l’élimination de certains phénomènes particuliers à certains parlers et (intégration de certains outils grammaticaux, du lexique, … D’où une écriture à tendance phonologique. Même si on s’éloigne un tout petit peu de la prononciation réelle, (écrit sera lu et compris par tout kabylophone. L’enseignement de ce kabyle « moyen » se fera donc sans difficultés particulières.

Cette opération peut être réalisée pour tous les dialectes, que ce soit en Algérie ou au Maroc. Cette méthode permet d’ailleurs de les rapprocher implicitement puisque certains traits particuliers leur sont communs.

II – deuxième niveau : action sur le dialecte

La question est de savoir si ion peut reproduire le même schéma pour le dialecte. Pour (Algérie, je le rappelle, nous avons le kabyle, le mozabite, le chaoui et le touareg. Concrètement, on peut poser le problème dans ces termes : est-il possible de forger une langue à partir de ces dialectes, qui soit compréhensible par tout locuteur amazigh ?

Encore faut-il que les groupes amazighs aient des objectifs linguistiques (et probablement politiques) similaires. Si pour les Kabyles, il ne s’agit pas simplement d’enseigner !a langue mais également dans la langue, les choses ne sont pas aussi claires pour les autres groupes.

Reprenons donc notre démarche sur les trois plans : phonétique, lexique et morphosyntaxe.

  1. phonétique

La variation phonétique interdialectale est, comme on pouvait s’y attendre, beaucoup plus importante. Outre les variations intradialectales et parmi les correspondances les plus frappantes entre phonèmes, on peut citer

occlusives /spirantes : t l_t ; dld_ ; k/kh ; … métathèses : efk / ekf « donner » (touareg) k /ë : ikeeb I iceeb « renard » ; t ikli / ticli « marche » (Mzab) h/z/j : ihi / izi / i ji « mouche » (touareg) g/j : agellid / ajellid « roi » (Mzab) k/c : kra / cra « chose, quelque chose » (Mzab)

  1. lexique

Ici également, les divergences sont amplifiées : par exemple, le touareg a un stock de racines inconnues dans les autres dialectes, certains mots ont des significations différentes et enfin le lexique fondamental, celui de tous les jours, peut différer notablement d’un dialecte à un autre, par exemple pour le chaoui tisednan = femmes / anil = tombeau / a ss = attacher, lier / adef = entrer / b bi= couper / erg = sortir / r zeg = planter / z zegret = être long, …..

  1. morphosyntaxe

-changement de conjugaison
Mzab : af : y ufit I ufin « trouver »

Mzab : g er : griy / yegru « mettre »

-différence dans les systèmes verbaux / phrase nominale différente (en touareg) / outils grammaticaux différents ou utilisés différemment / ….

On est donc passé à des difficultés plus sérieuses sur tous les plans. On ne peut donc ici reproduire le même schéma que pour le parler, les divergences étant trop grandes pour l’intercompréhension. Nous n’avons pris en compte ici que les dialectes algériens. Si l’on englobe tous les autres dialectes, la situation devient encore plus délicate.

On peut envisager quatre types de solution, d’un coût économique très différent

  1. La première serait de forger une langue amazighe « moyenne » sur la base des dialectes existants. Les linguistes sont tout à fait capables de réaliser cet objectif. La convergence peut être assurée en essayant toujours de retenir ce qui est commun ou semblable. Les parlers ou les dialectes seraient en tout état de cause assez éloignés de cette koinè, langue amazighe commune. L’enseignement généralisé à tous les Algériens dans les écoles aboutirait après une ou deux générations à asseoir et consolider cette langue. Elle coexisterait avec les parlers, et ces derniers s’en rapprocheraient avec le temps, même s’ils ne disparaîtraient vraisemblablement pas complètement. L’inconvénient est qu’elle se coupera cependant des locuteurs amazighs et de la réalité sociolinguistique pendant une période assez longue. D’un autre côté, il est clair qu’il faudra un certain temps au linguistes pour élaborer cette langue commune, avant de l’enseigner. Ce n’est donc pas une solution pour l’immédiat. Plusieurs remarques sont ici nécessaires

a- Il faut bien comprendre que cette politique linguistique ne peut se faire que dans le cadre d’un Etat (et doit s’accompagner d’un volet juridique) et donc qu’il y aurait en l’occurrence une langue amazighe au Maroc et une langue amazighe en Algérie, sauf s’il y a une volonté politique de coopération entre les Etats, ce qui permettrait la collaboration des linguistes et chercheurs des deux pays.

b- Il faut de toute façon une volonté politique dans chaque pays, ce qui renvoie au statut de la langue, qui peut être

— soit officiel, c’est-à-dire que tamazight serait utilisée comme langue de travail de l’Etat, pour la rédaction des textes officiels, dans les relations d’Etat à Etat, etc. Nous serions donc en situation de bilinguisme arabe/tamazight avec une utilisation interne et externe pour les deux langues.

— soit national, et donc tamazight serait reconnue par l’Etat et enseignée, mais ne pourrait être utilisée dans le pays que dans les relations avec l’administration (utilisation interne uniquement).

c- Un consensus est nécessaire entre toutes les parties intéressées si l’on veut mener à bien cette solution, à moins de l’imposer purement et simplement.

  1. La deuxième solution est de choisir (ou d’imposer ?) un dialecte comme langue nationale et officielle. Le dialecte retenu serait si possible développé de telle manière qu’il se rapproche le plus possible des autres. Alors se pose la question : quel dialecte choisir sans risquer de voir une levée de boucliers de la part des locuteurs des autres dialectes. On peut apporter des arguments en faveur de tel ou tel dialecte, mais quelle que soit la méthode de choix, ils ne convaincront jamais les partisans d’un autre candidat.
  2. L’autre possibilité est que chaque région développe son propre dialecte, ce qui aboutira à autant de « langues » amazighes. On aurait donc en Algérie quatre langues régionales, reconnues légalement par l’Etat, c’est-à-dire enseignées dans chaque région en parallèle avec la langue officielle et utilisées dans la vie courante dans les administrations, les tribunaux, l’espace urbain et rural, etc. dans la région considérée.

Les conséquences sont différentes suivant que l’enseignement se fait en tamazight ou pas

–s’il se fait en tamazight et je pense que c’est (objectif – du moins en Kabylie -, cela implique normalement une autonomie linguistique et culturelle de la région. Il implique également (ouverture d’établissements publics spécifiques pour les locuteurs résidant en dehors de ces zones.

–si (enseignement ne concerne que la langue elle-même, il faut simplement prévoir dans les établissements scolaires des classes spécifiques.

  1. La dernière solution reprend la précédente mais dans une autre perspective : elle serait de développer les dialectes en les faisant converger de manière à obtenir à moyen terme une langue amazighe commune. La convergence se situerait surtout au niveau de la néologie et du vocabulaire fondamental. Le système graphique serait le même partout, ce qui est un facteur important de convergence. Cette solution est intermédiaire et permet la transition entre la région et la nation. A moyen terme, on rejoint la première solution en laissant donc le temps agir un peu plus pour la constitution de’ la langue. L’enseignement et (utilisation de la langue (ou plus exactement des dialectes ) serait donc évolutive jusqu’au moment de la convergence, où la langue serait stabilisée.

Ces solutions, comme on le voit, ne sont pas exclusives l’une de (autre : on a deux solutions extrêmes avec une autre possibilité qui permet le lien entre elles. Suivant le choix politique retenu, la vision que l’on a de (avenir (en supposant que l’on ait le choix 5, on optera pour l’une ou (autre solution).

Kamal Naït-Zerrad Enseignant à l’INALCO (Paris) 1996

La communauté kabyle: les lignes de fracture

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Marche sur Alger
Marche sur Alger

Malika, seg wawal agi i d-tennicj s teqbaylit, nwala belli tarumit ur kemtesseblee ara, d kem i (-yesbeleen, mater llan agas i tesseblee.

Les Kabyles vivent des fractures et moi-même en tant que kabyle, j'en ai subi deux. Je suis parti de Kabylie . . .

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La jeunesse kabyle dans l’immigration

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Je tiens, tout d’abord, à préciser que je n’ai nullement la prétention d’être représentative de l’ensemble de la jeunesse kabyle issue de l’immigration. Je souhaitais intervenir afin seulement de donner un exemple qui est mon témoignage. Comment définir la condition d’un jeune kabyle vivant en France? Pour ma part et en reprenant une expression de l’écrivain jean Amrouche, je pense que l’on peut nous qualifier d’hybrides culturels. Mais, cela ne doit pas être pris dans un sens péjoratif car elle traduit tout simplement une réalité qui fait que nous soyons imprégnés à la fois d’une culture kabyle et d’une culture française. Sans vouloir entrer dans des débats’ philosophiques ou encore sociologiques, je ne retiendrai qu’une seule définition de la culture vécue. Pour moi, être cultivé, c’est être construit par le langage, par la famille, par les traditions c’est à dire par tout ce que l’on peut désigner par le terme vague de a social ». Pour moi, le droit à la culture est un droit aussi fondamental que le droit à la parole.

Comment suis-je arrivée à travailler dans une association culturelle berbère en France? Je pense que le cheminement est propre à chacun. En ce qui me concerne, étant née en Algérie mais arrivée très jeune en France, mes rapports à la culture kabyle se résumaient à mon environnement immédiat : mes parents et surtout mes grand-parents. Tout en nous encourageant et en mettant tout en oeuvre pour assurer notre réussite scolaire, ils ont toujours insisté pour nous continuions à parler notre langue maternelle arrivés à la maison. Ils disaient que pour pouvoir avancer dans la vie, il ne fallait jamais oublier qui nous étions, ni d’où nous venions.

Cependant, en dehors de ce cocon familial, il n’existait rien pour pouvoir vivre sa culture à l’extérieur en dehors de la musique qui est un vecteur important de notre culture. Je me souviens d’un événement qui m’avait énormément marqué à l’époque c’est à dire au début des années 80. Des cours de berbère avaient été mis en place à côté de chez nous ce qui constituait un fait très rare. Heureux de cette initiative, mon père avait décidé de nous y inscrire. Mais, par la suite, des bruits sérieux se sont mis à circuler disant que ceux, qui les suivraient, seraient fichés au pays et seraient donc susceptibles d’être ennuyés une fois là-bas. Mon père a finalement cédé à la peur et a alors renoncé à nous inscrire. Ce fut ma première expérience de la censure. C’est un exemple, parmi d’autres, qui m’a fait peu à peu comprendre la place qui était accordée par l’Etat algérien à notre culture.

Ce n’est que plus tard, et par curiosité personnelle, que j’ai découvert les livres consacrés aux berbères. Ma première réaction fut: « ainsi, nous existons réellement puisque certains ont pris la peine d’écrire sur nousI ». Nous existions donc réellement avec nos spécificités, notre propre culture. La réflexion, que je me suis alors faite, peut vous paraître bien naïve : » Pourquoi donc l’Etat algérien s’est toujours efforcé de nous renier? ». Cela m’a fait prendre conscience de notre place au sein du peuple algérien.

C’est donc uniquement, grâce aux livres et à ma famille, que j’ai pu me réapproprier mon histoire, ma culture, en un mot, que j’ai pu me construire pour arriver à me revendiquer en tant que berbère, en tant que kabyle. C’est dans ce sens que doit aller le travail d’une association culturelle berbère. Elle doit permettre, aux jeunes issus de l’immigration, de renouer avec leur identité, de redécouvrir leur histoire, de se réapproprier cette berbérité. Il faut leur permettre de se réaliser en vivant leur berbérité par des activités très diverses telles que l’apprentissage de la langue, la découverte de la littérature, le théâtre, la danse ou encore la musique. Il faut donc leur redonner tous ces repères qui vont les amener progressivement à se construire, à se réapproprier cette culture et à en être fiers.

Saïd Mella étudiant

Je me prénomme Saïd, je suis étudiant en droit. Je suis né en Algérie mais je suis venu très jeune à environ un an et demi. Par conséquent, j’ai été scolarisé en France depuis la maternelle jusqu’à aujourd’hui. Mes parents, s’exprimant suffisamment bien en français, l’usage du kabyle a été relayé à un rang très secondaire, souvent à celui de l’expression de la colère.

Néanmoins, la présence, en France, de mes grand-parents, a contrebalancé ce manque dont je n’avais à l’époque pas vraiment conscience. En effet, ma grandmère ne s’exprimant en français qu’avec grand peine, nous ne pouvions communiquer qu’en kabyle. Je remercie donc aujourd’hui ce démon qui a empêché mon aïeule d’apprendre le « François » qu’elle comprend d’ailleurs très bien.

J’en serai certainement resté là si je n’avais pas eu la chance d’aller une fois l’an en Kabylie. Là-bas, au contact de mon innombrable famille, j’ai pu m’apercevoir de la vivacité de ma langue maternelle. Mais surtout j’ai pris conscience de ce qu’était ma langue, de sa situation peu enviable et j’ai réalisé à quel point l’histoire nous avait été défavorable et parfois même cynique. Paradoxalement, j’étais heureux et fier car nous étions inscrits dans l’histoire. De là mon désir de connaître notre héritage et de le faire connaître a été croissant. D’autant plus que je me suis senti isolé dans cette volonté tout d’abord dans ma famille parce qu’elle ne voyait pas l’utilité d’en savoir plus que je n’en savais déjà puisque pour elle il fallait acquérir un savoir utile c’est à dire un savoir qui servira à me nourrir et à me vêtir. Et j’en ai d’ailleurs personnellement toujours beaucoup voulu à ma famille de n’avoir jamais eu la démarche que j’ai eu et que j’ai aujourd’hui. Isolé, ensuite, à l’école, où malgré ma volonté sans relâche répétée de vouloir m’affirmer comme étant un tel et pas un autre.

L’institution et mes camarades ont activement, bien qu’inconsciemment certainement, nié mon identité. Néanmoins, la conception française de l’école ou son contenu plutôt a plus permis ma prise de conscience qu’elle ne l’a empêché.

C’est donc pour combattre cet isolement, que j’ai cherché à rallier un mouvement associatif. je dois avouer ma déception à l’issue d’un premier contact. Enthousiasmé, je me suis vu opposé, je cite: « on n’est pas là pour faire de la culture berbèrichone ».Il faut dire que cette association là, qui brasse beaucoup de deniers, est partisante du moindre remous. Il fallait encore prendre conscience du fait que les associations à vocation, autres qu’à vocation purement folklorique, étaient minées par des enjeux politiques. Mon dégoût n’en fut que plus grand. Et comme, en toute chose, malheur est bon, j’ai pu rencontrer d’autres personnes rebutées par les mêmes expériences. Ensemble, nous avons décidé de concrétiser ce que nous voulions voir dans un mouvement associatif et, après bien des péripéties, nous sommes là devant vous à organiser cette conférence.

Ce que je retiens de mon expérience personnelle, est que les hommes qui font cette culture berbère sont prompts à s’effacer sans pour autant disparaître derrière d’autres cultures. Est-ce qu’on ferait par hasard un complexe d’infériorité? A tel ‘point d’ailleurs que les enfants de l’immigration soient condamnés par leurs propres parents à voir leur culture, quand ils y consentent, que par le petit bout de la lorgnette. Le désir d’intégration ou plutôt le « désir de ne pas être différents » car cela voudrait dire inférieurs, entraîne-t-il nécessairement l’assimilation ? Et de là, une question, doit-on éduquer les enfants ou doit-on éduquer les parents ?

Tounsia Amrani, étudiante 1996

Esotérisme et Tifinaghs

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L’appellation Tifinagh veut dire « notre trouvaille ». Chacune des 25 lettres communes aux différentes langues berbères est en soit en symbole. Une fois combinées elles sont censées créer un effet magique, des formes extrêmement géométriques propices aux illusions d’optique.
On compte environ 300 signes complexes en Tifinagh résultant de l’association de caractères simples.

La dimension ésotérique importante chez les Anciens est encore présente dans la conscience des femmes Touareg qui l’utilisent pour des usages assez restreints comme des rites magico-religieux (épitaphes, plaques indicatrices, déclarations amoureuses).

Chaque lettre est énigmatique à l’image de la lettre Z (l’AZA) le symbole utilisé par tous les berbères. Si l’imagination est parfois le règne du vrai, on peut se laisser aller à toutes les dérives. Pour anecdote certains n’hésitent pas à expliquer la variation de la lettre aza en lettre greco-latine z par le seul concept du mouvement des lettres dans l’évolution historique.

Avec les nécessités de l’informatique l’alphabet tifinagh a été standardisé (néo-tifinaghs) .

Les lettres sont dotées d’un sens astral, humain et dans l’action.

Lettre N première lettre de l’alphabet tifinagh.

Ainsi la lettre N représentée par un trait vertical et qui se prononce en ou anou, symbolise le ciel, sur le plan de l’humain la science et dans l’action la puissance crée. Cette lettre possède en elle le souffle immense et unique de Dieu, la cause primordiale de tout, le début du nombre.

Lettre L illa, faîte de deux traits verticaux désigne la terre, la sagesse et la puissance fécondée. C’est le nom du Dieu suprême des Numides.

Lettre M iemm, en forme d’un croissant en trait rectiligne, a pour connotation l’eau, l’intelligence, la puissance fécondante. C’est la matière qui naît, grandit et meurt.

Lettre R ierou à la forme d’un cercle est ce croissant lunaire qui a fait sa révolution pour devenir la lune. Il matérialise le sexe féminin, l’enfant. C’est aussi le nom d’un Dieu des Libous qui n’offraient de sacrifice qu’à la lune.

Lettre S iess, un cercle avec un point en son centre, est la manifestation du soleil. Iess était le Dieu du Soleil chez les Berbères (jour se dit toujours ass). Il symbolise le mouvement, la diffusion, le perpétuel recommencement, la force virile et le principe fécondant.

La voyelle I en zigzag ou en aspect de foudre, signifie la force qui frappe. Il dirige les nuages, la pluie et apporte la réussite.

Lettre T « iette « en forme de + représente l’étoile « itri », ou la porte. Sur le plan de l’humain il est l’oeil, la vérité, la beauté. Dans l’action il est le jaillissement de la source. Iedd était la déesse nourricière des Numides.

Lettre G qui se prononce comme un G ou un K a une valeur symbolique d’activité humaine et par delà celle des forces de la Nature.

Lettre B « iebb » un cercle divisé en deux représente la malédiction, l’esprit négatif.

Lettre D sous la forme d’une flèche triangulaire dans le sens de la hauteur symbolise la substance, l’humanité, l’effort et la lutte.

Stéphane ARRAMI

Sources : Tifinagh vol. 1 n°3-4 juillet 1994
Libération, 27-28 juillet 1996, L’écrit Touareg du sable au papier
Gabriel Camps, « Recherche sur les plus anciennes inscriptions libyques de l’Afrique du Nord et du Sahara « Bulletin archéologique du C.T.H.S., n°s 10-11, 1974-75.
Salem Chaker, Texte en Linguistique berbère (Introduction au domaine berbère)

Concorde civile : Bouteflika provoque les Kabyles

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Bouteflika a beau faire tous les efforts dans sa stratégie dictatoriale il n’arrive toujours pas décidément à séduire les Kabyles.

Son discours de haine à Tizi-Ouzou ce jeudi 3 septembre 1999 est une déclaration de guerre aux militants de la cause amazighe. En France l’événement a été pleinement vécu par l’immigration (radios communautaires). Le décalage du discours fortement propagandiste a heurté la jeunesse berbérophone de France.

Voilà sans ajout de notre part quelques-uns des propos haineux tenus par ce Président : « je suis là, je vous habitue à dire ce que je pense, là où je vais » (l’extrait), « je suis capable de faire autant de grabuge que vous, moi au nom de la loi », «  »si parmi vous vous il y a un prophète qu’il avance et nous informe », « nous sommes tous musulmans, il n’y a personne qui ne peut pas dire il n’y a qu’un seul Dieu », « nous sommes entrain d’étouffer l’incendie dans ce pays ». On l’entends alors crier dans la salle, « je dis qu’il y a le feu dans la maison, éteignez le feu, après parlez… » puis « Dieu est avec nous! ».

Quand Bouteflika explose cela ne devient plus amusant du tout : « je n’ai pas la bombe atomique, la bombe atomique que j’ai c’est vous et votre esprit » (l’extrait). Le président fait peur, il instaure la terreur, il galvanise aussi les esprits. Les propos enchaînent se resserrent sur le public à qui il injecte de slogans propagandistes autour de l’unité nationale et de l’islam (l’extrait).

Sur la question de l’identité kabyle, après avoir entendu toutes les doléances (extrait 1 – 2) d’une quinzaine de représentants triés à la volée, voici les propos méprisants tenus par ce dictateur qui a été élu dans la controverse (trafic des urnes) : « sur la question d’amazighité comme langue nationale, je n’ai aucun complexe de mon côté, par contre je me dois de vous dire, de vous poser une question, est-ce que l’amazighité c’est la Kabylie ou la langue berbère parlée en Algérie, il y a en a 13. Je suis venu ici crever votre ballon de baudruche. Si elle devenait langue nationale, ouais, elle ne serait pas officielle ».

Bouteflika s’en est pris aux intellectuels :  » je m’inscris en faux de la désinformation, à la limite de la malhonnêteté intellectuelle ». »Le terrorisme intellectuel c’est une forme de terrorisme ». (extrait)

Pour revenir sur l’événement, Bouteflika est venu à l’improviste à Tizi-Ouzou (en secret d’Etat comme il dit),. Malika Matoub et sa mère de la Fondation Matoub Lounès qui n’étaient pas invités ont tout de même réussi à prendre la parole. Toutes les deux ont demandé en langue berbère et en français à éclaircir la mort de Lounès, qu’il y ai une notification de la part du pouvoir. Elles ont aussi demandé des explications quant à la somme qui leur a été proposée pour les faire taire (75 Millions d’indemnités).

S’agissant pour finir des doléances, une mise en scène loufoque nous a montré des représentants d’associations, de travailleurs. Ceux qui parlaient en arabe n’ont jamais soulevé la question amazighe. Quant aux berbères elle était clairement leur principale revendication: « l’amazighité ne peut pas vivre éternellement dans l’oubli et le mépris »,  » c’est une priorité élémentaire pour la peuple amazigh d’Algérie », « Tamazight ne peut être que langue nationale, il n’y a que la France qui refuse le modèle multilingue ».

Les Kabyles ont accueillis à bras ouverts, avec les you-yous le président algérien croyant qu’il viendrait annoncer ce qu’ils espéraient tous : à savoir la reconnaissance de leur culture et de leur langue et chez eux ont pris une véritable claque. Un des leaders politique, en l’occurrence Saïd SAADI s’est sans doute empressé trop vite pour répondre aux tractations de Bouteflika. La réponse des militants berbères ne saurait se faire attendre étant donné l’impatience manifeste du peuple kabyle. Sera-elle toujours aussi pacifique, souhaitons-le. Bouteflika a prévenu les Kabyles, s’il y en a un qui se relève il l’achèvera.

Stéphane ARRAMI 20 septembre 1999

  • chaque propos de cet article est illustré d’un extrait sonore prouvant l’authenticité et le caractère non diffamatoire des éléments recueillis. Pour Bouteflika l’unité de l’Algérie se fera avec ou sans les Kabyles.

Interview Saliha BACHIRI MISTOUTA

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MISTOUTA – DANSES TRADITIONNELLES D’AFRIQUE DU NORD

« C’est parce que l’on ne connaît pas la danse berbère, y compris même le public d’Afrique du ord que nous avons voulu enseigner, développer la recherche. »

Saliha Bachiri a grandi à Nanterre avant de découvrir la danse kabyle à l’âge de 14 ans au cours d’un voyage en Algérie, le pays de ses origines. Elle fonde dans sa ville des Hauts de Seine (Paris) l’association MISTOUTA en 1987. C’est pour elle et celles qui l’on rejoint un moyen de faire connaître l’histoire du peuple d’Afrique du Nord dans son authenticité, sa sensualité et sa gestuelle.

KABYLE.COM : Qu’est-ce qui vous a amené à créer l’association MISTOUTA?

Mistouta : Le nom MISTOUTA vient de la racine MSTOUT qui veut dire les commères au Maghreb. L’association existe depuis 1987 et a une certain vécu. C’est parce que l’on ne connait pas la danse berbère, y compris même le public d’Afrique du Nord que nous avons voulu enseigner, développer la recherche.

La recherche est-elle conciliable avec la danse traditionnelle?

Il s’agit d’une recherche dans le sens anthropologique. La publication d’ouvrages est l’un de nos principaux buts. On manque aujourd’hui d’écrits sur la danse berbère et ce que l’on trouve concerne surtout la danse orientale.

A ce propos s’agissant d’orientalité, ne pensez-vous pas que l’on a tendance à faire l’amalgame entre danses nord africaines et celles du Moyen Orient?

Il existe un problème identitaire au sein de la communauté maghrébine à la recherche de repères historiques. Certes, il y a eu l’influence orientale qui s’est manifestée dans l’évolution corporelle. Mais notre identité c’est un brassage de tout çà : de notre culture local et les apports. Il convient de remettre les pendules à l’heure par un vocabulaire corporel, dansé

On vous a vu danser aujourd’hui à la FNAC avec plusieurs costumes selon les musiques. Existe-t’il plusieurs danses et des costumes appropriés, même au sein de la Kabylie?

Chez nous chaque costume correspond à une région qui elle même a sa propre gestuelle. Mais les danses traditionnelles évoluent elles aussi dans le temps voire même en quelques décennies. On compte par exemple la danse algéroise, chleuh au Maroc, kabyle. Aujourd’hui la danse kabyle s’est faîte au profil de la Grande Kabylie en privilégiant les fesses. La fouta (tissu) se met sur les hanches dans la Haute Kabylie. Autrefois à Bougie en dansait autant avec le ventre. Mais rien n’est figé, on est dans le domaine de la danse, çà bouge. Pour nous la technicité est importante. Ce qui se transmettait par mimétisme nous essayons de l’amener aussi de manière académique, dans un autre contexte, dans une salle de danse. Les danses maghrébines peuvent être complémentaires de la danse contemporaine.

Entretien réalisé par Stéphane ARRAMI le 15 janvier 1999

L’ASSOCIATION MISTOUTA

Association loi 1901 dont le but est la promotion, la recherche et l’enseignement des Danses Traditionnelles d’Afrique du Nord

3, allée Fernand Léger 92000 NANTERRE

Membre du Congrès Mondial Amazigh

Membre de TRADDAMUS (Union des Associations des Musiques et danses traditionnelles des Hauts de Seine)

L’association propose différentes actions autour de la danse.

Professeur : Saliha BACHIRI

  • Stages de Danses Traditionnelles d’Afrique du Nord (Algérie, Maroc, Tunisie) tous niveaux
  • Stages de danses traditionnelles flamenco sévillane
  • Stages de chant kabyle -stages de danse contemporaine
  • Stages de danse contemporaine -des week-end de danse en Province -des stages de percussions d’Afrique du Nord
  • Création en cours d’un Spectacle de Danse anthropologie des Danses Traditionnelles d’Afrique du Nord
  • Exposition photos itinérantes d’Algérie (photographe Mahfoud Yanat)